Les Egouts du Paradis (José Giovanni)
Par Sylvain PERRET • 21 avr 2008 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurJosé Giovanni est considéré comme une valeur sûre du cinéma populaire français des seventies, aussi bien au poste de scénariste (Le Trou, le Deuxième Souffle, Les Grandes Gueules, Les Aventuriers…) que de réalisateur (Deux hommes dans la ville, le Gitan, Comme un Boomerang). Un très bon artisan sans la moindre autre prétention que celle de raconter une histoire solide et efficace.
Et c’est ce qui fait la force de son cinéma. Ses histoires, polars ou films d’aventure, s’inspirent généralement de son passé de gangster – passé trouble qu’il n’a jamais véritablement totalement révélé – même dans sa formidable biographie (Mes Grandes Gueules), sa dernière publication, deux ans avant de décéder.
Nous savons seulement qu’il a été condamné à mort avant d’être grâcié et libéré grâce aux efforts de son père. Sur les conseils de son avocat, il commence alors l’écriture, et le succès est tout de suite au rendez-vous, avant de devenir scénariste, puis réalisateur. Son point de vue original du monde des truands permet un style original et à la fois viril et sensible…
Pour ce film-ci, Giovanni est contacté afin de réaliser le livre du casse de Nice, considéré comme un des trois casses du siècle : celui de la Société Générale de Nice, par un certain Albert Spaggiari, dandy cambrioleur un peu allumé ayant disparu après une évasion spectaculaire.
Le sujet intéresse José Giovanni, et ce sera Michel Audiard qui s’occupera des dialogues. Avec cette équipe, il n’est pas étonnant que le projet devienne intéressant, avec ses valeurs de gangsters et son ton à la fois ironique et anarchiste.
Et bien ce fut le cas. Les répliques baroques du dialoguiste de génie se marient admirablement avec le style réaliste de l’ancien bagnard. Car c’est bien là la force principale de ce film : il sent la sueur, la poussière, l’effort. Il est tout sauf propre, et lors des travaux dans les égouts, on sent bien que les acteurs ont souffert en creusant, portant des caisses véritablement lourdes et en plongeant dans les eaux sales remplies d’étrons. Car ce n’est pas un trucage, Francis Huster ayant décidé au moment du tournage qu’il ne ferait pas appel à une doublure pour ce passage.
Celui-ci prête admirablement bien ses traits à Spaggiari, avec ses envolées lyriques et son charisme de criminel. Il arrivera même à être touchant lors de la perte de Charlotte, interprétée par de la charmante Lila Kedrova (Le Rideau Déchiré). Le reste du casting est du même acabit (mention spéciale pour André Pousse), habitant merveilleusement bien les membres de ce casse improbable et pourtant vrai. Les scènes les réunissant sous terre contrastent très bien avec celles plus intimes lors des moments de repos. A tel point que lors de la fin du film, c’est avec une légère tendresse que nous quittons cette équipe grande gueule et anar .
C’est en effet une des constantes des œuvres de Giovanni, littéraires comme cinématographiques : leur fatalité. Car le destin de chaque protagoniste semble marqué jusqu’à la dernière seconde, traînant derrière lui un sentiment amer et tragique.
Voilà donc une œuvre majeure d’un petit maître du film d’aventure à la française, qui réunit autour de lui un scénario solide, un dialoguiste inspiré et des acteurs très convainquants dans un film à la fois touchant, distrayant mais aussi efficace.
Notons que l’année suivante, une nouvelle adaptation sur le casse de Nice sortira sur les écrans, en provenance de l’Angleterre cette fois: The Great Riviera Bank Robbery, écrit et réalisé par Francis Megahy. Cela explique probablement la sortie de ce DVD Outre-Manche. Et pas chez nous. Car voilà bien un manque sérieux dans l’édition des films de genre à la française. A quand une édition chez nous ?
Probablement après que la version de Jean-Paul Rouve, actuellement sur les écrans, paraisse en DVD…


