HDVision : Interview exclusive de David Fakrikian
Par Sylvain PERRET • 9 oct 2008 • Categorie: Dossiers • Contacter l'auteurC’est cet hiver que la revue HDVision, déclinaison haute def de sa petite soeur DVDvision. Cette sortie laisse pourtant planer des questions. Alors rien de tel que de demander directement à David Fakrikian rédacteur en chef (déjà responsable de l’ancienne formule) de revenir sur son nouveau bébé, mais aussi sur le Bluray, la cinéphilie et le cinoche de genre…
1Kult : Ca fait environ 5 ans que DVDVision s’est arrêté. Pourquoi ? Regrets ?
David Fakrikian : L’aventure DVDvision s’est terminée, principalement, parce-que nous avions besoin de passer à l’étape suivante, c’est à dire être publié par un éditeur de presse, à la différence d’un éditeur de DVD. Après plusieurs offres venant de groupes de presse qui tous on été mis en liquidation judiciaire depuis, le magazine a été repris par un éditeur que je nommerais pas, qui s’est mis en tête de “transformer” la revue, à coups d’études de marché et de remplacements aux postes clés. Après avoir licencié une partie de la rédaction, ils ont placé un transfuge de Studio au poste de directeur de la rédaction, et j’ai donc décidé de démissioner.
On connaît la suite… Le tirage est monté à 100 000 ex, mais les ventes sont tombées à 3 000 ! Bien évidemment, il y a eu de nombreux regrets, le moindre n’étant pas que le magazine faisait vivre de nombreuses personnes, qui ont dû, tout comme moi, aller chercher du travail ailleurs. Mais ainsi va le monde de la “presse”…
Quelles seront les différences entre DVDVision et HDVision ?
David Fakrikian : DVDvision parlait du cinéma à travers le DVD, et HDvision parlera du cinéma à travers la HD ! On ne va pas réinventer la roue, il s’agit d’une continuité, adaptée au marché d’aujourd’hui.
Aura-t-on encore des rubriques sur les DVD ?
David Fakrikian : Non, parce que je pense le DVD est un format en bout de course, promis au garage dans moins d’une demi-décade, comme en témoignent les éditions récentes, toutes plus bâclées les unes que les autres, les images filtrées de leur informations, et les prix de plus en plus bradés. C’est malheureux de le dire, mais dans la bataille pour la qualité, DVDvision a perdu celle du DVD. Nous n’avions pas d’autre prétention que de visionner les films que l’on aime, dans les meilleurs transferts existants, et de demander aux éditeurs et aux lecteurs de partager notre exigence. Et aujourd’hui, qu’en reste t’il ? Des westerns en scope, mais en 4/3 vidéo au lieu de 16/9, tirés de masters datant de l’époque de la VHS ! Des blockbusters comme le dernier Indiana Jones, dont l’image en DVD est si filtrée qu’il n’y a aucune différence avec un DIVX bien encodé ! On nage en plein surréalisme. Que vaut un DVD aujourd’hui ? Quasiment plus rien. Le DVD a été ravalé au rang de nouvelle VHS, juste plus commode à manipuler. C’est pourquoi on a décidé de parier sur le format du futur, c’est à dire la HD, qui est, elle; une vraie continuité de l’esprit initial du DVD.
Maintenant, la plupart des Blu-Ray, qu’ils soient des films récents ou anciens, sont édités conjointement avec une édition DVD tirée du même master. Le magazine sera donc lisible même pour ceux qui n’ont pas encore sauté le pas de la HD, et continuent à acheter du DVD, les critiques étant interchangeables, en dehors des considérations techniques. Quand un vieux DVD reste la version de référence du film, parce-que son équivalent Blu-Ray est raté, (ça arrive), il aura bien entendu droit de cité, et nous réfléchissons à une rubrique dédiée.
Est ce que ce sera un mensuel ?
David Fakrikian : Non, pour l’instant, HDvision sera un périodique, qui ne sera pas distribué en kiosques, uniquement via internet, et sur un réseau de magasins spécialisés. L’idée est de poser un nouveau magazine, sur ce nouveau support, et d’évoluer avec le marché.
L’équipe rédactionnelle d’origine est-elle présente de nouveau ?
David Fakrikian : Le secret de la réussite d’un bon mag, c’est d’être bien entouré. J’ai eu la chance avec DVDvision, de rallier autour du concept parmi les meilleures plumes existantes dans le domaine de la presse cinéma. J’ai donc rappelé un grande partie des mêmes, et ils ont répondu présent. Certains se sont même équipés sur mes conseils, exprès en vue de leurs premiers papiers sur la HD !
La mort de Ciné Live et Studio et le rachat des Cahiers du Cinéma montrent la fragilité de la presse Française. N’est il pas risqué de sortir un magazine aujourd’hui ?
David Fakrikian : Il est surtout risqué de distribuer une revue consacrée au cinéma dans le circuit des kiosques, qui est dominé par des magazines à grand tirages, s’adressant à un public qui recherche des lectures kleenex, à lire aux toilettes ou dans le métro et à jeter à la sortie. Pour t’expliquer comment se passe une distribution en kiosques, on tire disons 25 000 exemplaires, et 12 000 se vendent au mieux au final (une bonne moyenne étant de 50%). Là dessus l’éditeur ne gagne que 40%, voir 35% du prix marqué, payés plusieurs mois plus tard. Il doit ensuite déduire ses frais de production et salaires, de retour et de stockage des invendus sur ce qu’il perçoit ! En bref, ça relève de l’inconscience pure. Le problème de la presse cinéma, (tout comme la presse musicale), c’est qu’elle devrait zapper la distribution en kiosques, pour être vendue exclusivement dans les lieux dédiés. C’est pourquoi j’ai choisi une voie alternative pour distribuer HDvision. Maintenant il y a des magazines a vocation culturelle, comme l’excellent PARK, Technikart ou Brazil, qui réussissent à survivre dans ce système, et j’en suis admiratif.
Quels sont selon toi les véritables atouts du Blu-ray comparé au DVD ?
David Fakrikian : On ne va pas revenir sur la qualité de contraste, lumière, couleur, et la résolution, qui parlent d’eux mêmes. C’est le même pas qu’entre la VHS et le laserdisc, et le laserdisc et le DVD. De plus, la qualité sonore, longtemps négligée en DVD, ou elle est équivalente à du mp3, revient enfin au niveau du laser, avec l’usage du PCM non compressé, ou des codecs lossless (quand ils sont présent, ce qui n’est pas toujours le cas). L’autre véritable atout, c’est que le Blu-Ray, et la HD en général, va balayer cette tendance à la médiocrité qui domine dans le DVD. La HD ne pardonne pas un travail approximatif, qui devient apparent même au spectateur non féru de technique, là ou le DVD permettait de lisser les défauts, qui au final n’étaient notés que par les journalistes et quelques amateurs. Le DVNR ou le Edge Enhancement en Blu-Ray, ne pardonnent pas !
Vois la polémique autour de l’édition récente de Patton par exemple. On a déjà vu, aux USA, des sorties annulée sur la seule base de quelques critiques négatives online, comme le 5e Elément, ou Robocop, par exemple. C’est énorme, et le signe sûr d’un changement dans les mentalités des éditeurs outre-atlantique. Chez nous, ca vas être plus difficile… Même en Europe, jette un oeil a l’édition Optimum UK de New York 1997, qui est tout simplement un master DVD upscalé ! Ces gens se foutent de la gueule du monde, c’est du vol pur et simple au prix où sont vendus ces Blu-Ray.
Ne risque-t-il pas de devoir faire face à des spectateurs qui après s’être équipé en home cinéma, devront tout racheter une nouvelle fois ?
C’est pas par défaut d’avoir prévenu le public, je disais déjà en 2000, je ne sais plus dans l’éditorial de quel numéro, qu’on rachèterait tout en HD !
Si tu aimes le cinéma, l’offre du Blu-Ray est irrésistible. Maintenant, il y a l’upscaling, une étape intermédiaire qui permet de patienter, en sélectionnant les achats Blu-Ray selon ton envie du film, et la qualité du remaster. Les deux formats vont co-exister pendant un certain temps, avant que le DVD ne disparaisse, tout comme la VHS a survécu jusqu’à très récemment. Tous les lecteurs Blu-Ray permettent d’upscaler les DVD, donc il y a une rétro-compatibilité.
Que penses-tu de la VOD ?
David Fakrikian : C’est génial, puisque cela permet de tout rendre disponible, même les films les plus obscurs qui risquent de n’interesser qu’une centaine de cinéphiles, et sans frais énormes pour l’éditeur. A supposer que l’offre présente de vrais encodages HD, AVC ou VC1 même compressés, plutôt que de l’upscaling de DVD. Et que les prix soient ajustés. En attendant, de nombreux sites illégaux présentent des téléchargements de nombreux films qui sont introuvables autrement, souvent avec des sous-titres fait maison d’excellente qualité. Plutôt que de se pencher sur eux pour les sanctionner, les éditeurs feraient mieux de voir ce phénomène comme une étude de marché, et de caler en parallèle une offre légale irrésistible, un peu comme itunes store l’a réussi avec la musique.
Maintenant, pour être franc, je suis pessimiste pour la France, je pense qu’on va perdre du temps à sanctionner et réprimer, en collant des amendes ou des suspensions d’abonnement à une poignée d’internautes qui avançent en même temps que la technologie, plutôt que d’assimiler leur travail, en les embauchant par exemple !
Quels sont pour toi les meilleurs Bluray disponibles ?
David Fakrikian : Il commence à y en avoir de plus en plus, mais comme la couverture du premier numéro l’indique, Casino Royale est mon Blu-Ray de chevet, juste a côté de Blade Runner, qui est un rêve de collectionneur éveillé, et Rencontres du troisième type, dont l’édition est du tonnerre.
Les plus attendus ?..
David Fakrikian : Personnellement, j’attends plein de films, Duellistes, True Lies, la saga Alien, en résumé n’importe quelle oeuvre signée Scott, Cameron ou Fincher ! Des vraies éditions aux masters réussis des premiers Argento et Carpenter, sans oublier les deux premiers Mad Max, seraient aussi bienvenues. La totale de Melville aussi, qui mérite un coffret ! Sinon les Hitchcock période américaine, ou les classiques du western italien. Il était une fois dans l’Ouest, dont Scorsese est en train de financer une nouvelle restauration, devrait être impressionant… Les Mario Bava des sixties devraient constituer de très beaux Blu-Ray aussi, au vu de l’édition limitée allemande DVD de 6 femmes pour l’assassin ! Côté français, c’est récemment Martyrs, qui m’a vraiment mis une vraie claque. Le film ayant été réalisé en Super-16, la version HD devrait être transparente du master.
…Et, bien évidemment, les plus décevants ?
David Fakrikian : La liste est très longue, je déconseille principalement aux acheteurs tout Blu-Ray compressé en mpeg2, type Robocop, Predator, Terminator ou Black Hawk Down. La différence avec le DVD est très mineure, et à moins d’avoir les moyens d’upgrader en attendant les rééditions inévitables… Il y a aussi le problème de Kingdom of Heaven version française, qu’il est préférable d’acheter dans sa version Blu-Ray anglaise, puisqu’il ne s’agit ni du même master, ni de la même compression. Ma plus grande déception est Mad Max 2, le master HD n’étant absolument pas étalonné comme le film l’était en salles à sa sortie, on a l’impression de visionner un bis rital et non l’original. J’ai créé un débat autour de ce master, qui a été rapporté, avec images comparatives, dans la chronique du disque sur blu-ray.com. C’est dommage, parce-que le Blu-Ray présente la version intégrale pour la première fois sur support disque.
Moins fort que le DVD ? le Bluray !
Comment vont faire des petits éditeurs DVD pour faire face aux majors et pour trouver du matériel disponible satisfaisant, comme HK vidéo par exemple ..?
David Fakrikian : Dans le cas de films dont les droits leur appartiennent, le matériel est à portée de main, donc il ne devrait pas avoir d’autre problème que celui du budget. Pour les licences, ils devraient se contenter en général d’imprimer une jaquette en français, et mettre dans la boite le disque américain, ou asiatique. Dans certains cas, il s’agira du même disque, mais avec des sous-titres et pistes son différentes, directement importés de l’étranger. Le problème va surtout être de s’assurer que l’ayant droit fait un bon travail sur la restauration HD. On peut s’attendre à voir quelques interessantes variations entre les éditions, dans le cas ou l’éditeur français refusera le matériel étranger, et décidera que le potentiel commercial vaut l’investissement d’un remaster HD fait maison, avec les éléments qu’il possède, comme HK l’a déjà pratiqué avec succès, sur Hard Boiled de John Woo par exemple.
Le DVD a changé la cinéphilie. Est-ce que selon toi cela risque d’être le cas demain avec le Blu-ray ?
David Fakrikian : C’est certain que le Blu-Ray redéfini la façon de voir les films, tout comme le DVD l’a fait en son époque. Revoir aujourd’hui Dr No en HD tiré d’un transfert 4K offre une autre vision, absolument différente de celle du DVD même tiré du même master. Quand j’ai découvert le Blu-Ray de Dirty Harry, j’ai enfin revu le film que j’avais visionné 12 fois au cinéma dans mon adolescence, et retrouvé les mêmes sensations. Je pense que pour de nombreux vieux films, le passage au Blu risque par contre d’être difficile… Dans d’autres, on pourra enfin les voir tels qu’ils étaient à l’origine.
DVDVision a toujours défendu des films de genre. Existe-t-il en France ?
David Fakrikian : Entre les productions de Luc Besson, et les nombreux réalisateurs et scénaristes qui font des tentatives, il continue tant bien que mal d’exister. J’ai lu récemment un article dans Chronicart, qui dressait un bilan subjectif et négatif du film de genre en France particulièrement de celui fait par ceux qu’ils désignent comme la “génération Starfix”. Ils auraient pu faire le même en parlant des innombrables comédies ratées produites chaque année dans notre pays. Le cinéma de genre ne doit pas être considéré comme un ghetto à l’intérieur du cinéma français. Il en fut autrefois l’un des moteurs principaux. Il n’y a pas plus de films de genre ratés en France qu’il n’y a de comédies ratées, il y en a même proportionellement moins. Le problème, c’est que chaque tentative prend une énorme importance, et est passée à la loupe par le public, alors que pour la comédie, les films ratés sont justes ignorés et oubliés. Je comprend qu’on puisse être déçu par Eden Log, ou Dante 01. Mais pour chacun de ces films, il y a des films comme Le Pacte des Loups, qui malgré son côté complètement foutoir, reste un film jouissif, avec une bande-son de démo en Blu-Ray, ou Martyrs qui encore une fois m’a scié. J’attend avec impatience les deux Mesrine de Richet. Le système devrait accomoder plus de projets de genre, mais pour ça, il faudrait que quelqu’un fasse enfin un film qui soit à la fois une réussite artistique dans le genre, et un grand succès commercial, au point qu’il imprime la culture de notre pays comme certaines comédies le réussissent si bien. Ce n’est pas impossible…
Merci à David Fakrikian d’avoir bien voulu répondre à mes questions. Et en attendant la sortie tant attendue de ce premier numéro, à qui l’on souhaite longue vie : Enjoy… or Die !





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