Transmetropolitan : la vie cachée de H. S. Thompson ?
Par Sylvain PERRET • 26 nov 2008 • Categorie: Livres et bédés • Contacter l'auteur
J’ai une certaine tendance à être, comment dire… monomaniaque à caractère obsessionnel et compulsif. Autrement dit, lorsque je m’intéresse à quelque chose, c’est pour de bon. Nous en étions donc resté à une présentation sommaire de l’œuvre (et de la mort) du bon docteur Thompson, et au pessimisme que m’inspirait la récupération potentielle de celle-ci.
Tout bien considéré, ce n’est pas tant ça qui pose problème : déjà de son vivant, le bonhomme (du genre grincheux et procédurier) était entré en conflit avec un caricaturiste qui s’inspirait largement de son personnage publique : un risque sans doute inévitable pour une personnalité aussi loufoque et controversée. Ce qui m’attristais plutôt, c’était l’impression que H. S. T. avait creusé la propre tombe du style « gonzo » qu’il avait lui-même inventé. Pour mieux comprendre, disons que ce style de journaliste repose sur l’immersion totale de l’auteur dans son sujet, d’où une confusion entre réalité et fiction (les drogues aidant…) et une totale subjectivité de l’analyse. A la lecture des écrits de Thompson, ce fond de commerce apparaît tout à fait pertinent, surtout lorsque l’auteur à un point de vue aussi décalé et visionnaire. Malheureusement, l’implication du journaliste dans son sujet à un revers : l’identification. Thompson EST le journaliste allumé, et tout autre scribouillard se risquant à cet exercice ne peut désormais que pâlir de la comparaison. Comme en musique, développer un nouveau style est une chose, réussir à le faire vivre et s’épanouir au-delà de l’artiste qui l’a créé en est une autre (cf. Gainsbourg)…
Mais revenons-en à nos moutons. Transmetropolitan est une bédé (il paraît qu’il faut dire « roman graphique ») parue dans la collection vertigo, sous-marque « adultes » de Panini Comics (il faudra d’ailleurs qu’on m’explique un jour ce que Panini vient faire dans la Bédé …). Un bel ouvrage, librement inspiré (volontairement ou non) de H.S.T. et vendu pour la modique somme de 29 euros. Merchandising donc. Et pourtant, ça vaut le coup. Transmetropolitan repose sur un concept simple : l’histoire, dans un futur pas si lointain, d’un journaliste chauve et décalé qui dénonce les dérives de son époque : ça vous rappelle quelqu’un ? Le personnage en question, dénommé Spider Jérusalem (pourquoi pas), descend donc de sa retraite montagnarde (…) pour se replonger dans le chaos urbain et faire part au lecteur de son dégoût. Je ne vais pas ici déflorer le sujet, qui fera l’objet d’un prochain article (si tant est que ça puisse intéresser quelqu’un), mais simplement en arriver à ma conclusion. Cette bédé ressuscite purement et simplement Hunter S. Thompson et par la même occasion tout l’esprit du journaliste gonzo. Effectivement, impossible de succéder à H.S.T …a moins d’être H.S.T. ! Et c’est la le tour de force de Transmetropolitan : dépasser la biographie romancée ou le simple plagiat pour poursuivre l’œuvre en apportant une analyse jubilatoire et drôle, acerbe et malheureusement très réaliste.
Pour en savoir plus, lisez-le (ou attendez la prochaine chronique)…
Le premier opus de la saga
(Docteur) Damien Charabidzé


