Avere Vent’Anni (Fernando Di Léo)

Par Sylvain PERRET • 22 déc 2008 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Lia et Tina, deux très belles jeunes filles, parcourent l’Italie des années 70 en voulant avant tout profiter de la vie et la mordre à pleine dents. Mais de désillusion en désillusion, est-ce que ce ne sont pas elles qui risquent de se faire dévorer ?

 

 

J’ai eu vingt ans. Je ne laisserai jamais personne dire que ce furent les meilleures années de ma vie.

Paul Nizan.

Ces premières phrases qui ont par ailleurs inspiré le titre du film le résument parfaitement bien. Œuvre scandaleusement inédite chez nous, le film de Fernando Di Léo porte un regard acerbe et pessimiste sur son époque post flower power. Le monde hippie et peace & love semble ici bien loin, et les gites sont maintenant payants, ses occupants fourbes et intéressés sont à double visage (le drogué, le gourou, la fille qui se cherche, le dragueur et le religieux).

Même le sexe est vain, excepté lorsque les deux héroïnes se retrouvent ensemble dans une scène de lesbianisme nullement gratuite. Cet acte montre une sorte de sentiment de refuge, une liberté qui constitue une pause dans le métrage, un des rares instants de bonheur que Lia et Tina ne trouveront finalement pas. Elles se livrent d’ailleurs dans une séquence-hommage à la Nouvelle Vague lorsqu’elles se livrent à l’équipe de journalistes face à la caméra. Elles soulignent cette différence entre les sexes dans la société, qui tournera au drame.

Arrivé à la fin des trente glorieuses, Avere vent’anni est une sorte de « film-gueule de bois » dans lequel le monde se réveille pour découvrir tout un pan d’un monde qui s’écroule et semble malheureusement déjà bien loin…

Le ton du film peut étonner et rebuter bon nombre de spectateurs. Commençant comme une comédie érotique à l’italienne, il dérive petit à petit en comédie de mœurs, puis en drame, et enfin en film de viol. Ce dernier, d’une rare violence, finit d’enterrer définitivement l’utopie et la soif de vie que les deux pauvres filles recherchaient. L’ambiance bicéphale est particulièrement intéressante, et a pour effet de déstabiliser le spectateur, qui pourrait se sentir perdu et bousculé.

Cet effet est, à coup sûr, totalement voulu par Fernando di Leo, qui s’amuse en permanence avec ses personnages et cet univers crépusculaire et pessimiste.

Après quelques jours d’exploitation, les producteurs retirèrent Avere vent’anni des affiches pour le remonter, non seulement en coupant certaines scènes, mais en inter-changeant les autres. Résultat? Un nouvel échec et un massacre. Il faut dire que les deux actrices principales sont généralement habituées aux comédies érotiques à l’italienne.

Voilà un film extrêmement dur, filmé parfois comme un documentaire, qui pour peu qu’on sache le lire, raconte un drame qui pourrait avoir eu lieu, qui pourrait encore avoir lieu. Pour tous ces éléments, on peut parler de chef d’œuvre méconnu.

Le meilleur moyen de voir ce film en France est en commandant le DVD Raro Vidéo, contenant pour moins de 15 euros sur le site de l’éditeur le coffret deux disques avec la version courte et la version longue. Attention, seule cette dernière est sous-titré en Anglais, mais la version courte ne présente que peu d’intérêt, tant son montage est incohérent et massacré. La copie est belle et au format, qui plus est en 16/9 et les bonus très intéressants.

 

AVERE VENT’ANNI

Fernando Di Léo – 1978Drame – 94 minutes – 1.85

Inédit en France.

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Enfin 2 commentaires. Et vous ? »

  1. [...] ou encore certains éclairages rappelant Suspiria et Inferno. Et comment ne pas penser à Avere vent’anni de Fernando Di Leo, et à sa citation d’ouverture : J’ai eu vingt ans. Je ne laisserai [...]

  2. [...] La critique d’1Kult est accessible ici. [...]

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