Faut-il adopter le Blu-ray ?

Par Sylvain PERRET • 26 déc 2008 • Categorie: Dossiers, FocusContacter l'auteur

Alors que le DVD a envahi les salons, qu’il est disponible partout – même la supérette du coin possède son rayonnage ! – le Bluray pointe, mais a du mal à percer. La question, légitime, que l’on retrouve souvent, est la perénité et l’utilité d’un tel support aujourd’hui. Si ses qualités sont incontestables, est ce qu’il est utile d’adopter du Bluray chez soi ou bien faut-il attendre un prochain support..?

Déjà, rendons grâce au secteur vidéo qui cherche à diversifier de plus en plus ses titres HD. Même si il est naturel de ne trouver que peu de films plus anciens ou de petites bisseries, le support est encore jeune et coûte cher à produire. En effet, il est rare de trouver de masters HD pour des films moins faciles à vendre. Et si cela existe, cela signifie que celui-ci a servi à une précédente édition DVD qui a probablement noyée le marché. Quel intérêt pour le consommateur de repasser à la caisse ?

Lors de l’arrivée du DVD, la qualité technique n’était pas la seule à peser dans la balance du vidéophile. En plus du son et de l’image, il était possible de profiter de titres au format d’origine, mais aussi de bonus, de nouveaux montages supervisés par le réalisateur, de commentaires audios, etc. Le chapitrage permettait une approche nouvelle de l’oeuvre, une analyse possible. A tel point qu’on ne peut nier que le DVD a radicalement révolutionné la cinéphilie, et il était possible de voir un film réapparaître dans de conditions telles que la réévaluation de tout un patrimoine vidéo était obligatoire, même au détriment d’un master digne de ce nom.

Ou comment vendre des téléviseurs HD avec une norme déjà obsolète

Ou comment vendre des téléviseurs HD avec une norme déjà obsolète...

Le Bluray ne pourra pas rivaliser avec cette révolution. Déjà, encore une fois même si les qualités techniques sont présentes, il faut pour en profiter posséder toute la chaîne nécessaire, tant pour le consommateur que pour l’éditeur. Il est souvent dit que sur une télévision, même full HD de moins de 100 cm de diagonale, la différence sera plus que minime. malheureusement, les vendeurs ont abreuvé depuis la dernière coupe du monde le marché d’écrans HD ready. Là où la qualité se trouvait amélioré, les possibilités du Bluray se trouvaient encore limitées par un argument bassement commercial.

De plus, là où des éditeurs profitaient de masters VHS ou Laserdisc pour diffuser leurs DVD, il est dorénavant inutile de represser un film tiré d’un tel matériel. Les petits éditeurs risquent de tirer la langue, surtout qu’il faut ajouter à la facture un pressage beaucoup plus élevé à celui d’un DVD.

Néanmoins ce choix de titres ne cesse de s’agrandir, au-delà des sorties des films actuels. Il est dès à présent possible de trouver à côté des blockbusters actuels des titres comme Le Syndrome de Stendhal de Dario Argento, les Parrains remasterisés, Casablanca et la Prisonnière du Désert à l’image somptueuse ou encore plusieurs Kubrick. La grande avancée du support a été la sortie de 6 films Bond dont les premiers opus se révélaient incroyablement beaux.

Quelques titres de l'éditeur Blue Underground qui est quasiment le seul sur le marché HD à prendre des risques
Quelques titres de Blue Underground, un des rares éditeurs à prendre des risques sur le support HD

Pour la première fois depuis la sortie d’époque, il est possible de réapprécier un film dans les qualités proches de la projection initiale. Et même si cela a un coût, on peux dès à présent se dire que les Bond risquent de rassurer les consommateurs comme les éditeurs sur la pérennité du support. Dès à présent on rêve déjà des prochains titres de la licence, mais aussi de Hitchcock, de Mario Bava, de John Ford ou de films à l’image et la lumière sophistiquées.

Même si le choix commence à devenir de plus en plus intéressant, le film est généralement parallèle à une ressortie DVD. L’interactivité et le master ne sont malheureusement pas inédits. Néanmoins, le support de lecture se développe et s’implante de plus en plus, et ce grâce en partie à la PS3 qui offre pour beaucoup un lecteur de très bonne facture à un moindre prix. Mais il faut aussi compter sur la disparition des téléviseurs Hertziens 4/3 qui devient obsolète à l’époque où les programmes seront diffusés uniquement en HD.

Les solutions seraient de proposer une demande via des produits originaux (nouveaux bonus, montages, packages) et ce uniquement en haute définition, du moins dans un premier temps. De plus, Disney proposera apparemment Pinocchio dans ses versions DVD et Bluray dans le même coffret. De quoi passer en souplesse d’un support à l’autre si on n’est pas encore équipé.

Grâce à tout cela on peut déjà placer le Bluray comme une réussite supérieure au Laserdisc par son implantation. Mais serait-il beaucoup plus décmocratisable que ce format auprès du grand public ?

Un problème se pose pour l’avenir. Il est certain que l’avantage de la vidéo à l’ère d’Internet est l’import. Le HDDVD a d’ailleurs réussi à rentrer dans la bataille grâce à ses disques non zonés avant de disparaître, et même si le Bluray possède un système de zones, plusieurs titres sont lisibles sur tout lecteur. Le dernier film des frères Coen, Tropic Thunder ou Dark Knight sont dispos dans plusieurs boutiques d’import dès à présent, sous titrés dans notre langue. Et même si la Playstation 3 reste zonée à l’heure actuelle, il y a fort à parier que des petits malins arriveront à y remédier pour cette année 2009…

Canal Play : la VOD de Canal Plus, disponible que en France, avec une grande connection et sur PC...
Canal Play : la VOD de Canal Plus, disponibleuniquement  en France, avec une grande connection et sur PC…

Cet avantage de l’import risque de sauver ce format, comparé à celui qui veut concurrencer le Bluray : la VOD. En effet, il est certain que la dématérialisation ne permettra pas de profiter d’une telle liberté. Et ce qui est relativement peu intéressant pour de tels titres, qui ne sont que des avants premières devient réellement un argument pour tous ces titres encore inédits en France. De plus, là où des différences qualitatives de masters, de bonus ou même de montages (The Shining est plus long en version américaine par exemple et enfin au format cinéma) peuvent subsister, la VOD risquerait de limiter fortement la liberté du cinéphile… à moins que celui-ci se tourne vers les copies pirates, ce qui n’est pas souhaitables.

Donc même si le Bluray ne révolutionnera pas autant la vie du cinéphile que le DVD, il risque bien d’être la dernière possibilité légale de profiter au mieux des avantages pour le cinéphile complétiste.

Vous aimerez peut-être...

Festival Paris Cinéma 2010 : Intermède
1Kannes 2011 // Episode #01
DVD & BR // Schizophrenia enfin disponible

Laisser un commentaire