Mutants (David Morley)

Par Sylvain PERRET • 3 fév 2009 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

L’arrivée d’un nouveau film de genre en France est assez régulier depuis quelques années, avec au final plus ou moins l’effet d’un pétard mouillé : A l’intérieur, Frontières, Martyrs, Calvaire et le futur film de Yannick Dahan La Horde, tous affichent un point commun : la volonté de voir revenir derrière leur sillon des petits frères, en devenant le porte parole d’une nouvelle cinéphilie. Sincérité ou prétention ? Il est plus juste de parler de frustration face à une programmation hexagonale de plus en plus insipide et aseptisée.

Du coup, pour la plupart des films cités plus haut (exception faite bien entendu de la Horde que nous n’avons pas pu voir), le résultat a pour point commun la transgression : choquer à tout prix pour marquer le public, avec un talent variable, laissant généralement un goût artificiel en sortant de la séance, où la monstration de la torture et du sadisme rejoint la mode de films insipides comme Saw ou Hostel.

Du coup, il faut bien constater qu’à l’heure actuelle la France n’a toujours pas de porte étendard et une véritable légitimité du cinéma de genre aujourd’hui, contrairement à l’Espagne ou l’Angleterre par exemple.

Maintes fois reculé, Mutants était à l’origine prévu l’été dernier. Il ne sortira selon les premières infos qu’en mai prochain, reculé probablement au vu des (semi)échecs des précédents films cités. Pourtant le premier long métrage de David Morley ne se range clairement pas dans la même optique que ses comparses, même si il ne se posera malheureusement pas en étalon d’une nouvelle vague.

On retrouve un défaut inhérent à tout premier film de genre d’un réalisateur, à savoir la direction d’acteurs. Elle n’est certes pas mauvaise dans l’ensemble, loin de là, mais certains personnages n’arrivent pas à éviter de surjouer (voir la fliquette au début du film). Pourtant, Hélène de Fougerolles et Francis Renaud arrivent à donner de la crédibilité et de l’originalité à leur personnage. Hélène de Fougerolles pourra étonner par sa présence dans un film de genre. Néanmoins, elle avait réussi à étonner dans le sous-estimé Le Plus beau jour de ma vie, film qui compilait toutes les peurs de grandir de nombreux geeks, traitées sous le ton de la comédie. Elle est ici très crédible et émeut même à plusieurs moments. En effet, il est rare de voir dans un film de genre un acteur à contre emploi qui ne prend pas son rôle avec distanciation. C’est agréable de la voir croire au film jusqu’au bout, sans cabotinage, et elle contribue à la réussite du film, mais elle n’est pas la seule.

Pour Francis Renaud, toute la phase de mutation – qui renvoie ouvertement à la métamorphose de La Mouche de Cronenberg – est par certains aspects passionnant, car on observe le changement de son jeu d’acteur au fur et à mesure de l’avancée de son état et ce avec une certaine finesse. Durant une demi-heure, la psychologie des deux personnages évolue de manière pesante, et il faut avouer que le tout est assez hypnotisant. Toute cette phase quasi-théâtrale nous offre à travers ce couple Fougerolles-Renaud une mise en place scénaristique simple mais originale dans un film de zombies (pardon, de contaminés), qui néanmoins divisera certainement lors de la sortie en salle. Car en effet, le film se scinde en deux parties distinctes : le huis clos de deux amants confrontés à la menace de la contamination d’une part, et l’arrivée de nouveaux personnages avant l’assaut final.

Imaginé comme un western, la rupture de ton pourra étonner, bien que le rythme marche jusqu’au climax. C’est clairement ce dernier qui va décevoir les spectateurs, tant les bases établies par David Morley sont solides. En effet, malgré un montage clair, certaines sous-intrigues lors du troisième acte souffre du fait que celles-ci ne sont pas forcément nécessaires. Par exemple, deux personnages vont se retrouver assaillis dans une bibliothèque, mais cette séquence semble inutile, et au final peu lisible (ce qui n’est pas le cas du reste du métrage). D’ailleurs était-il nécessaire de voir arriver ce groupe, qui change le cap du récit, créant ainsi une dichotomie abrupte et sèche ?

L’ultime confrontation risque de paraître un peu étrange, mais elle mérite une petite explication. En effet, David Morley a voulu faire une citation au Suspiria de Dario Argento. Malgré tout, l’univers onirique du réalisateur des Frissons de l’Angoisse ne s’apparentait pas à cette résolution, qui aurait gagné à être un peu plus courte et en rapport à la diégèse établie.

Diégèse sous influence, il faut bien le dire. Mais quand ici la référence détonne, les autres sont dans l’ensemble assez bien digérées : 28 semaines plus tard, The Thing ou encore les films de Romero, bien entendu (Day of the Dead en tête).

Toutefois, malgré plusieurs défauts certains, Mutants reste très attachant, et son ambiance assez originale tant par les décors que par le magnifique sound design. De plus, la sincérité de l’aventure est au final agréable à suivre. Son absence de prétention ou de goût pour la transgression en fait même un des films de genre Français les plus réussis.

Au final, ce qui pourrait lancer les productions du même style en France, c’est peut-être bien la simplicité…

Retrouvez très bientôt l’interview exclusive de l’équipe du film sur 1kult !

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Enfin 6 commentaires. Et vous ? »

  1. croisons les doigts…

  2. [...] Malgré quelques défauts, la première réalisation de David Morley est remarquable dans le paysage du cinéma de genre français. Critique complète dans la section Films 1Kult. [...]

  3. [...] pour bien commencer, revenons sur le film Mutants, chroniqué il y a quelques jours. Projeté à Gérardmer, 1Kult a rencontré non seulement le réalisateur David Morley, mais aussi [...]

  4. [...] niveau du contenu, notons des articles sur Aldrich et Franju, et un dossier sur Mutants de David Morley. L’interview de l’équipe de ce dernier, pour rappel, est visible [...]

  5. [...] pour bien commencer, revenons sur le film Mutants, chroniqué il y a quelques jours. Projeté à Gérardmer, 1Kult a rencontré non seulement le réalisateur David Morley, mais aussi [...]

  6. [...] avec la même appréhension que nous critiquions il y a un an et demi Mutants. Et c’est de la même façon que nous allons vous parler de ce Captifs, nouvelle production [...]

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