The Backwoods (Koldo Serra)

Par Sylvain PERRET • 11 fév 2009 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Depuis quelques années, l’Espagne vit une sorte d’âge d’or du cinéma de Genre. Une déferlante de Balaguero, De la Iglesia, Nacho Cerda et autres Juan Antonio Bayona multiplient des oeuvres plus ou moins réussies mais toujours audacieuses. Mais en 2006, en coproduction avec la France et l’Angleterre, Koldo Serra sortait son premier long métrage sous influence.

Après El Tren de la Bruja, un court métrage de 20 minutes remarqué dans plusieurs festivals, Koldo Serra réalise The BackWoods. Racontant l’histoire de deux couples d’amis anglais dans les années 70 qui décident de passer quelques jours dans une maison en plein cœur d’une forêt ibérique, ils vont devoir faire face à l’hostilité des habitants avant de vivre l’horreur.

En raconter plus nuirait aux surprises que propose le film. sachez néanmoins que le début de l’histoire se présente comme un remake des Chiens de Pailles de Samuel Peckinpah. En effet, The Backwoods les grands thèmes du matériau original a tel point que le spectateur risque de décrocher durant la première bobine du métrage : l’arrivée en milieu hostile, le couple en conflit, la partie de chasse, un lieu coupé de la civilisation, la perte de masculinité, que le héros va devoir regagner, etc…

Cependant, deux différences de taille vont apparaître. En effet, il n’y a pas un mais deux couples. Du coup, le récit permet d’autres confrontations et comparaisons entre deux modes de vie. Ensuite, rapidement le récit bifurque vers une autre direction qui permet de relancer le rythme via une narration parallèle suivant deux groupes de personnages.

La famille a toujours été présente dans les grands thèmes de la nouvelle vague espagnole. C’est le cas ici où les confrontations au sein du couple Norman-Lucy, qui semble vivre un drame à propos de la perte sous-entendu d’un enfant par le passé qui sclérose petit à petit non seulement les relations mais aussi les actes et actions des personnages.

Dès lors le film se révèle passionnant où chaque scène possède un rythme qui montera crecendo pour ne cesser que durant les dernières minutes du métrage, qui pourront cependant décevoir plus d’une personne. Mais comment cela pouvait-il finir autrement ? L’auteur laisse au spectateur le choix d’imaginer lui-même comment vont vivre les personnages face à ce qu’ils ont vécu, vu ou fait.

En plus du film de Peckinpah, le film se situe dans la ligné d’autres grands films du genre, comme Délivrance de John Boorman ou La Traque de Serge Leroy, ce qui handicape un peu le film de Koldo Serra qui par de nombreux aspects est plus un hommage qu’une œuvre à part entière.

Cependant, là où le film est intéressant, c’est dans sa forme. En effet, là où tous les élément pouvaient laisser supposer un film dans les normes graphiques à la fois des références mais aussi des codes graphiques actuelles. Il aurait été facile et vulgaire d’observer une débauche de caméra portés, de plans cuts et de zooms. Cette esthétique à la mode voulant jouer avec des codes de pseudo cinéma-vérité est non seulement du plus mauvais goût mais aussi artificielle. Car là où un réalisateur lambda aura l’impression d’apporter du dynamisme, il ne se rend pas compte qu’il nuit en lisibilité.

Pour le coup, on ne peut que se réjouir de The Backwoods. La réalisation nous offre une image au cadre superbe, un montage de bonne tenue, un sound design riche et malin. Dès son premier long métrage, Koldo Serra impose un style à la fois simple, solide et remarquable. A ce titre, et toutes proportions gardés, il est évident que Sergio Leone a marqué le réalisateur espagnol.

Mais la direction d’acteurs n’est pas non plus en reste. En effet, le casting pour le moins surprenant est dirigé avec grande force. Aux côtés de Virginie Ledoyen, Paddy Considine et Aitana Sanchez-Gijon entourent de mauvaises trognes vraiment crédibles. Mais la véritable surprise vient de la part de Gary Oldman qui apporte une finesse et une force que l’on a rarement vu chez l’acteur plus habitué à des rôles plus secondaires moins dramatiques et parfois cabotins.

Vous l’aurez compris, The Backwoods n’est pas un chef d’oeuvre inoubliable. Cependant, il possède des qualités suffisament remarquables et qui méritent un visionnage. Pour ce premier long métrage, Koldo Serra paye son tribut à ses pairs en leur rendant hommage. Espérons le retrouver rapidement et cette fois sur grand écran.

En effet, non seulement le film est passé directement sur les écrans de télé chez nous sans sortie salle ou DVD (pour ce dernier, vous pouvez sauter sur l’édition espagnole sous titré anglais), mais en plus le réalisateur semble avoir rejoint le monde de la télévision. Souhaitons que cela ne soit que temporaire.

PS : attention à ne pas regarder sur Youtube le trailer de 2 minutes révélant la quasi intégralité des grands moments du métrage. Préférez le teaser ci-dessous qui montre l’ambiance sans spoiler.

  • Facebook
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • del.icio.us
  • Wikio FR
  • Digg
  • Technorati
  • email
  • Print

Laisser un commentaire