Nightmare Concert (Lucio Fulci)

Par Sylvain PERRET • 18 fév 2009 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Lucio Fulci, avec plus de 50 films au compteur, est un touche-à-tout : giallo, polar, western, comédie érotique… mais c’est surtout pour son apport indéniable dans l’horreur gore qu’il est apprécié et considéré comme un des plus grands artisans du bis transalpin. L’enfer des Zombies, Frayeurs, L’Au-delà, La Maison près du cimetière, voilà quelques films qui ont fait la réputation et le succès du réalisateur.

Il serait tout d’abord très réducteur de limiter la carrière de Lucio Fulci à ses incursions dans l’horreur, tant des œuvres comme Beatrice Cenci, Carole ou Le Temps du Massacre montrent un talent beaucoup plus large. Pourtant, les producteurs Italiens de l’époque n’hésitaient pas à lui confier des projets toujours à peu près similaires : beaucoup de bidoches et d’hémoglobine, du fantastique, du craspec coûte que coûte. La silhouette de Lucio Fulci fut connu dans son pays d’origine pour cela, à tel point qu’il apparut à plusieurs reprises dans ses propres films.

Figure populaire du cinéma gore, il a cependant été obligé d’accepter des budgets de plus en plus rachitiques et se retrouvant même parfois associé à des productions créditant malhonnêtement son nom comme garanti artistique.

Au crépuscule de sa vie, il réalise alors en 1990 ce Nightmare Concert, un film-bilan sur sa carrière. En effet, Lucio Fulci joue son propre rôle, à savoir un réalisateur tourmenté en proie à ses peurs et face à son travail. En effet, il revoit à travers la mise en scène de ses films les horreurs qu’il a pu nous montrer. Envahi dans sa vie personnelle comme professionnelle, et face à des visions d’horreur, il devient alors légèrement dépressif et va voir un psychologue à qui il confie ses peurs.

Sous cette idée intéressante, le réalisateur va aussi régler ses comptes de manière violente avec le milieu de la presse qui a très souvent méprisé et dénigré son travail. Dans Nightmare Concert, en plein tournage des Fantômes de Sodome, Lucio Fulci est appelé pour une interview. Déjà face à ses séquences de folie, il montre l’équipe de journalistes se transformer petit à petit en nazis et participer aux orgies du troisième Reich. Ce n’est pas forcément d’une finesse particulière, mais le message est clair.

Tout le film se déroule où des extraits de films faisant partie du catalogue de sa boite de production et la plupart du temps sans rapport avec Lucio Fulci. On assiste alors à un remontage détourné qui représente tout ce qui se faisait à cette époque dans l’univers du gore Italien. Assez ironique quand on sait que Fulci reprend dans Nightmare Concert des extraits de films qui ont parfois été considéré comme les siens.

C’est avec des effets de montages et scénaristiques que l’histoire avance. Très chaotique et mou, le résultat final est un peu indigeste. Pour donner un exemple concret, il est évident que la séquence de la femme en chaise roulante a été tournée pour pouvoir correspondre aux extraits suivants. Mais non seulement les raccourcis incohérents et ridicules ont mal été intégrés narrativement parlant, ce n’est guère mieux d’un point de vue technique. Au contraire, des changements secs de l’étalonnage, des personnages parfois barbus que l’on retrouve rasé de près un peu plus tard ou encore des raccords incroyables, comme la poursuite en voiture de l’autostoppeur, où d’un plan à l’autre le modèle de la voiture varie… Toutefois, il arrive néanmoins à rendre un hommage à son maître Alfred Hitchcock en détournant une séquence de Fenêtre sur Cour,Fulci joue bien évidemment le voyeur.

Le métrage se finit avec une ultime blague en nous mettant une fois de plus son travail en abysse, un film dans le film. Il partira en charmante compagnie sur son voilier (son autre passion avec le cinéma) qui porte comme nom… Perversion ! Référence directe à son giallo Perversion Story ou confession sur son esprit tortueux ? Image qu’il aime à alimenter sous laquelle  se cache un clown triste ? Ou encore dernier voyage pour un réalisateur proche de la mort qui sait qu’il réalise ici l’un de ses derniers films ?

Un peu de tout cela probablement… Toujours est-il que ce film restera si ce n’est intéressant, tout du moins une curiosité pour les fans de l’auteur de L’Au-Delà et L’Enfer des Zombies. Une étrangeté cinématographique où un réalisateur replonge avec fatigue sur son travail, sur son apport au genre auquel il a donné ses lettres de noblesse, et qui en retour l’a paradoxalement dévoré petit à petit, à l’image de ce chat noir dans la scène d’introduction dévorant le cerveau de Fulci.

Au final ce film représente la fin de son auteur, mais aussi sonne ouvertement le glas de l’âge d’or du cinéma populaire Italien. Une pierre tombale représentant la fin de cette époque bénie qui avait commençé près de 35 ans plus tôt.

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Enfin 6 commentaires. Et vous ? »

  1. Sympa cette petite critique… Et du coup je dois revoir le film, j’avais oublie le coup de l’hommage a Fenetre sur Cour, et vu que je prepare un papier sur les rapports entre Fulci et Hitchcock… Bref, merci pour le petit coup de pouce!

  2. Merci à toi. Un petit conseil, visionne le documentaire sur le DVD français (éditeur ONE PLUS ONE) qui en 20 minutes apporte des éléments de lecture de manière passionnante au sujet de ce film…

  3. Oui ce petit bonus est bien foutu, notamment au niveau des sources des extraits que Fulci utilise… Revu le film hier, malheureusement assez decu, j’en avais bizarrement un meilleur souvenir, j’avais etait plus touche par le cote “clown triste” de Fulci que cette fois. Mais bon, ca peut pas marcher a chaque fois!

  4. Moi, c’est le contraire. Sa réputation horrible a vu le DVD traîner chez moi pendant 2 ans encore dans son emballage. mais on arrive encore à retrouver des éléments Fulciens, sa thématique du regarde et des yeux, le sentiment onirique du tout… C’est plus un outil sur la décadence du bis Italien qui amorçait sa chute et sur la fin d’un réalisateur qu’on a malheureusement trop souvent limité à ses films de zombies, alors que son talent est clairement beaucoup plus large que ça.

  5. Justement je trouve que dans ce film il se limite lui meme a cette image d’operette de Maitre du Gore… Les extraits de films foireux n’aidant pas, c’est sur, mais il joue le jeu, il fait comme si sa carriere se constituait uniquement de pelloches trashs mal foutues. Je suis un grand amateur de Fulci, mais le dernier visionnage de celui-ci est mal passe… Bon en meme temps j’avais pas tenu devant Voix Profondes aux deux premieres tentatives, et y a six mois me suis mis a aimer le film, alors va savoir…

  6. Hey,
    Voila finalement le papier dans lequel je parle (entre autres) de ce Nightmare Concert:
    http://www.luciofulci.fr/pages/fulciologie_alfredhitchetlucioful.html

    Enjoy!

    HJ

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