Le Terminal (Steven Spielberg)

Par Sylvain PERRET • 24 fév 2009 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur
Voilà clairement un film qui traine derrière lui une réputation exécrable. On a très rapidement considéré ce film comme mineur dans la filmographie de Spielberg, de par son genre, son sujet, ses acteurs bankables. Et pourtant, malgré des défauts évidents, le film mérite d’être impérativement revisionné avec un oeil nouveau, pour découvrir que le film est par certains aspects un film prenant des risques et qui dépasse largement la simplicité proposée au spectateur.

Il est important avant d’appréhender Le Terminal de bien comprendre que le traumatisme du 11 septembre est encore présent, et que les pays occidentalisés sont perdus et cherchent à comprendre. Toutefois, le sujet douloureux n’est pas encore traité de front au cinéma. Et pourtant, Spielberg va se risquer à cet exercice difficile en livrant une certaine image des Etats-Unis qui a perdu son humanité en se croyant toute puissante.

Dès les premiers plans, on comprend que la vie de l’aéroport est bien réglée. Panneaux, bandes de sécurité, routine, à tel point que cette ambiance standardisée débouchera fatalement l’arrivée de la mouche de Brazil, celle qui va venir changer le rythme et les rouages de cette machine chaotique. Et cette mouche, ce sera Victor Navorski. Candide, il désire venir à New York afin de remplir la dernière volonté de son père. Il sera pendant tout le métrage la face humaine, le regard que Spielberg essaye de montrer aux Etats Unis, une critique au final acerbe de sa propre perte de repères.

Très rapidement, nous allons découvrir que le pays de Victor est en plein changement de gouvernement, l’enfermant au coeur d’un espace clos, reproduction réduite des Etats Unis : un centre commercial. La métaphore est violente, surtout quand Victor prendra conscience de sa solitude à travers un incroyable mouvement de caméra, ce travelling arrière le faisant disparaître au milieu d’anonymes et révélant la solitude d’un homme qui ne comprend pas ce qui lui arrive.

Evidemment, Spielberg va jouer aussi avec les langages et les problèmes de communication de manière très habile. Le fait que Navorski ne comprend pas ce qui lui arrive, ne pousse pas Frank Dixon (Nixon ?) à faire des efforts. Cet être sans humanité apparente va jusqu’à non seulement manger calmement devant un homme qui se retrouve perdu dans une faille juridique et qui perd son passeport malgré lui, mais il pousse le vice jusqu’à utiliser une métaphore violente : la Kracosie, pays de Victor, explose sur ce dernier, écrasé par la grosse Pomme.

Victor maintenant perdu et virtuellement inexistant, va tenter de se tourner vers des immigrés et des couches populaires, afin de comprendre et de réagir à ce qui lui arrive. Le résultat sera là encore inhumain (c’est à dire sans âme) durant la première moitié du métrage, ce qui est rare dans l’univers de Spielberg. Même le balayeur refusera presque jusqu’au bout d’aider Victor en utilisant les mêmes armes administratives : « Prenez un rendez-vous ! ». D’ailleurs c’est le même balayeur qui se méfiera encore longtemps de lui, en le considérant comme un espion, rappelant une fois de plus la tension post-11 septembre.

A ce moment-là du métrage, Victor ne cessera d’avoir peur, comme lorsqu’il est réveillé en pleine nuit par les lumières d’un avion. On n’est alors pas tellement loin de la peur de l’Holocauste. D’ailleurs est-ce que ce ne sont pas des coupons repas que donne Frank Dixon ? Ce dernier le surveille alors dans un univers proche du 1984 de Orwell, rappelant Big Brother, ses télévisions, ses caméras et sa salle de contrôle. Toute la compréhension des personnages se fera longtemps à travers un écran. D’ailleurs Victor est scannée à deux reprises : lors de la photocopie de sa main et surtout lorsqu’on le contrôle aux rayons X. On fait référence à une culture télévisuelle : Dixon cite la Quatrième Dimension, les amoureux se retrouvent dans leur passion commune à Star Trek… et Victor comprend ce qui lui arrive en regardant les informations à la télé et apprend l’Anglais via un résumé de Friends. Spielberg ,’essaye-t-il pas de dénoncer une société aliénée qui ne fait confaince qu’au sacro-saint téléviseur ?

C’est aussi à travers un langage simple qu’il arrivera à se nourrir auprès du conducteur de plateaux repas. En effet, celui-ci n’arrive pas à communiquer avec la femme qu’il aime. Victor, naïf mais sincère, arrivera à parler avec celle-ci. De l’aveu même de Spielberg, le film se réfère aussi ouvertement à l’univers absurde de Jacques Tati, dont Victor semble venir tout droit.

Victor montrera par la suite son humanité envers un immigré, en comprenant la langue américaine, c’est à dire la loi. Il utilisera une faille juridique à son tour (à ses dépends encore une fois) afin de sauver une vie. Dès lors il deviendra un héros auprès des petits travailleurs, l’acceptant parmi eux.

Parlons néanmoins d’un point délicat du film ultra codé de Spielberg : la romance avec l’hôtesse Amelia Warren, interprétée par Catherine Zeta Jones. Là où le film n’arrive pas à prendre auprès du public est simple : le comique n’est pas vraiment drôle (mais est ce vraiment le but ?) et la romance n’est pas touchante. L’alchimie entre les deux personnages ne marche pas, mais encore une fois, celle-ci est intéressante ; en effet, l’hôtesse de l’air représente une fois de plus une image des Etats Unis. Toute puissante, belle, mais sous bien des aspects aveugle.

En effet, Victor, durant tout le film ne cessera d’essayer de montrer aux autres. La beauté, l’horreur (les images de son pays à la télévision), le danger (l’attention portée aux panneaux sur le sol glissant) ou encore la simplicité (l’âge véritable de l’hôtesse) et l’humanité. L’exemple le plus fort et le plus violent porte sur le discours avec Amelia à propos de Napoléon. En effet, Amelia aime les gros livres historiques, car bon marchés, et pleins de batailles. Mais là où l’hôtesse admire Bonaparte, qui a réussi à prendre six fois la dose de poison sans mourir, Victor, plus pragmatique, lui fera comprendre qu’il suffit de mettre des lunettes (qu’il lui tendra) afin de comprendre que c’est dangereux.
Là encore, le message est limpide : les Etats Unis n’ont-ils pas trop souvent joués avec le feu ? Cette relation avec Amelia est avortée d’une manière peu morale : celle-ci est résolue à ne plus ressortir avec l’homme auprès duquel elle est attachée mais qui la fait souffrir. Elle avait dès lors jetée son beeper, symbole du libéralisme. Pourtant, elle finira par retourner vers lui par intérêt. Rattrapée une fois de plus par son propre système.
Le film se finira sur un climax étrange, à savoir la signature du chanteur de Jazz. Mais au-delà de l’humanisme de Victor, qui signe ce papier pour son père, le Jazz est aussi la musique des esclaves, de la société noire, discriminée dans ses origines. Pourtant cette différence fait partie de la culture Américaine et a façonnée les Etats Unis. Spielberg en frustrant volontairement le spectateur, montre que ce sont les plaisirs les plus simples, les plus humains qui donnent une raison de vivre. Et que le happy-end artificiel n’est pas forcément sans un sous entendu plus sombre.
Film ambitieux à la narration métaphorique, Le Terminal dissèque ses contemporains à travers les yeux de Tom Hanks. Toutefois, plusieurs défauts sont à souligner une nouvelle fois : le film n’est pas une comédie, ni une romance, ni encore un mélange de Forrest Gump-Seul au monde dans un aéroport. C’est une allégorie contemporaine qui s’engage sur le terrain houleux de l’après-11 Septembre. Sujet difficile, le film perd donc son rythme Hollywoodien traditionnel et est bien loin du divertissement Spielbergien.
Mais ce n’est pas pour autant que ce film plus qu’audacieux est raté ou creux, comme on a pu le lire trop souvent, bien au contraire.

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  1. [...] jeunisme peu concerné et de la peur de l’ennemi et de son voisin. A l’instar de Munich et du Terminal, Spielberg et son héros prennent quelques décennies pour offrir un miroir sur notre émonde [...]

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