Indiana Jones IV (Steven Spielberg)
Par Sylvain PERRET • 2 mar 2009 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurIndiana Jones… Ce nom a fait rêver des cinéphiles depuis plus de 20 ans, à l’instar de John McClane ou John Rambo. Après le retour du flic cynique en débardeur et la confession de Stallone, on était en droit d’attendre une suite aux aventures du Docteur Jones.
Après un déluge de teasers et de photos enflammant la toile à chaque apparition, le film est enfin sorti sur les écrans. Et c’est un sentiment étrange qui envahit le spectateur en sortant de la séance. C’est qu’entre temps la trilogie a été pillée dans tous les sens, parodiée à tour de bras, multidiffusée en télé et DVD, et les incrustations et cascades périlleuses remplacées par des SFX numériques dans de nouvelles productions… Et c’est autour de cela que s’articule bien exactement la thématique du métrage. Spielberg, à l’image de son personnage fétiche, nous présente son passage à une époque différente, une nouvelle carrière, un regard neuf sur le monde, sur sa génération. Le wonderboy est devenu plus pessimiste, plus noir. Plus mûr aussi. Cela se traduit par un changement radical de l’univers de la saga.
Il aurait été facile de remplacer les années 30 par les années 50 et se dire que la diégèse était mise en place, mais cette simplicité se traduit par une évolution du personnage, qui n’est plus clairement qu’un clown triste perdu dans une génération qui n’est pas la sienne : celle du pouvoir politique et financier, du jeunisme peu concerné et de la peur de l’ennemi et de son voisin. A l’instar de Munich et du Terminal, Spielberg et son héros prennent quelques décennies pour offrir un miroir sur notre émonde contemporain.
Indiana Jones a donc changé. Mais surtout Spielberg et au final notre propre regard devenus du coup nostalgiques. Il est certain que la volonté de retrouver le héros de notre enfance dans une nouvelle aventure devait évoluer. Surtout que le réalisateur de La Liste de Schindler est passé depuis plus d’une décennie à des films plus matures. Cela explique le peu d’intérêt et de motivation qu’il avait à revenir sur la saga qu’il avait lui-même conclu il y a presque 20 ans maintenant. Le projet a traîné depuis tout ce temps là passant de scénaristes en scénaristes, traînant sur son compte des rumeurs plus folles les unes que les autres avant qu’Harrisson Ford ne lance un ultimatum : le film se fera au plus vite ou il ne reprendra pas le fouet…
Pour la première fois, Indiana Jones, forcément moins drôle, n’est plus dépassé par les évènements, mais par son époque. Que faire face à la présence militaire et politique toujours grandissante, Américaine ou Communiste ? Que penser lorsque sous nos yeux l’horreur humaine (l’explosion atomique, dont l’image sera mise en parallèle lors du départ des Aliens) semble acquise et normale, au sortir de 5 ans de guerre et de massacre ? Indiana Jones semble fatigué, non pas par son âge, mais par son expérience. Il est lucide et il sait qu’il ne peut plus cabrioler, qu’il est hors de son temps et las. A maintes reprises, le personnage n’est plus qu’une ombre, dès son apparition, un symbole d’une autre époque. D’ailleurs nous apprenons que le docteur Jones a rejoint le camp des services secrets durant la seconde guerre mondiale, ce qui n’empêche pas la CIA de se méfier de l’intégrité du professeur, agaçé de découvrir que son engagement a été vain… Ce regard se traduit tout au long du métrage, avec cynisme où les jeunes se divisent en deux catégories : les blousons noirs d’un côté et les jeunes patriotes de l’autre, tous vêtus de la même façon, standardisés, se battant pour les apparences.
Le film brasse au final les références de plusieurs univers. Années 50 oblige, on ne parle plus de Nazis, mais de CIA, de maccarthisme, de peur atomique et de blousons noirs. Les références aux fifties sont visibles à de nombreuses reprises : James Dean et son peigne, Marlon Brando et sa moto, les Tarzan avec Lex Barker… et les films de SF. La figure de l’Alien a toujours plu à Spielberg (mais ici surtout à Georges Lucas), qui y revient souvent à travers son œuvre.
On a repproché au film la présence des marmottes et autre animaux dont le film est bourré (serpents, évidemment, mais aussi singes, fourmis etc…). L’explication se trouve probablement du côté du maître de Spielberg, celui qu’il cherche à reproduire depuis de nombreuses années : Kubrick et son 2001. Dans ce dernier, l’homme est confronté à son évolution : d’où il vient, qui il est, où il va. L’homme était un animal, mais se retrouve confronté à plus fort que lui, la Conscience Supérieure, personnifiée par les Aliens. Spielberg a d’ailleurs déjà fait un remake officieux du chef d’œuvre de Kubrick avec A.I. Spielberg compare simplement l’animal, l’homme et le surhomme (l’extra-terrestre, donc, comparable aux idées de Nietzsche). Revenons alors sur la conclusion du film : Spielberg, par un cynisme artistique admirable et intelligent, filme le départ des Aliens “surhommes” de la même manière qu’il filmait une heure plus tôt une bombe nucléaire. Le vaisseau est obligé de partir, l’humanité est trop noire, n’est pas prête. L’homme au fouet n’est alors qu’un insert, spectateur comme nous de cette dichotomie entre ces deux plans.
Indiana Jones refuse de se laisser déborder par la génération en place qui ne lui correspond pas. Alors que Spielberg et ceux qu’on appelle le Nouvel Hollywood avaient justement éjectés dans les années 70 bon nombre de réals, il se retrouve maintenant dans la situation inverse… A ce titre, la dernière séquence du film est très astucieuse, car là où on était en droit d’attendre un passage de flambeau, Spielberg nous montre clairement qu’il a encore des choses à dire et à faire. Le fils d’Indiana Jones devra évoluer avant de récupérer le chapeau de son père. Car même si la vision du monde du héros et donc du réalisateur ont changé, même si ils sont moins aventuriers, ils vont rester en place encore quelques années, tant qu’ils n’auront pas de successeur de stature et d’envergure suffisante. Les prétendants des uns vont apprendre à poser leur cadre, les autres vont retourner sur les bancs d’école au lieu de foncer à moto, de tout baser sur l’apparence et la précipitation. Pour eux, aujourd’hui plus important se trouve dans le savoir et l’expérience.
Ce message se traduit donc par moins de combats d’Indy, qui préfère user de son expérience au lieu de son fouet : la séquence de présentation des personnages, où Indiana Jones se sert d’armes de manière intelligente, en les détournant de leur fonction première, mais aussi lors de la recherche du premier crâne. Le film contient quand même quelques séquences d’actions, certes moins nombreuses, dynamiques et évocatrices que les précédents, mais toujours iconiques et référentielles. La poursuite en voiture s’achève presque au bout de 20 minutes après une attaque de fourmis et une chute vertigineuse, qui ne laisse pas trop de répit au spectateur. Évidemment, c’est le fils qui prend petit à petit la main, marchant sur la trace de ses aînés (les quelques années de cours lui ont appris l’escrime, sa mère l’aidant en lui soufflant les prises) et des références (le saut de lianes en lianes ne peut que faire penser à Tarzan, autre grande figure du Sérial, et son apparition renvoie clairement à Marlon Brando dans L’Équipée Sauvage).
Le film pêche cependant par son rythme un peu décousu et quelques ficelles scénaristiques. On peut dire qu’à l’instar du King Kong de Peter Jackson, Spielberg a été trop généreux. En effet, le film possède la touche de son auteur, et par certains points reste fascinant. Un tel découpage des séquences, de tels mouvements de caméras font de ce quatrième opus de la saga Indiana Jones un épisode de qualité, mais à part dans la tétralogie. Le film oscille entre exercice de style, produit de commande et le besoin d’en finir définitivement avec le docteur Jones (ce que la fin laisse supposer clairement). Cela prend le pas sur le fun et l’action, mais montre combien Spielberg et son personnage ont changé le cinéma d’action, et bonne chance à ceux qui viennent derrière. Tout comme l’un garde son chapeau, l’autre garde sa casquette de grand réalisateur. Voilà donc l’opus de la saga le plus passionnant de Spielberg, bancal, moins fun mais qui mérite une révision au plus vite.
Car là où le film peut s’inscrire comme mineur dans la carrière du réalisateur, il contient quelques éléments qui en font, à l’instar d’un Rocky Balboa, au discours radicalement inverse (le boxeur laissait la place à une nouvelle génération) un divertissement plaisant, moins efficace, mais intéressant à supposer qu’on ait envie de lire entre les lignes le discours du réalisateur.
En terme d’image et de son, le Blu-ray est plus que satisfaisant. Sans atteindre l’excellence d’un Transformers, voilà un argument de plus pour passer à la haute définition. Les bonus, quoique en HD, restent sommes toutes assez promotionnels, mais montrent deux choses : premièrement, Spielberg n’était pas trop intéressé par ce quatrième opus, qu’il fit presque à contre-coeur. Il faut voir la mauvaise foi de Georges Lucas expliquant que ce ne sont pas des extra-terrestres dans le film pour comprendre ce que le film est pour Spielberg. Et deuxièmement, le film possède beaucoup moins de séquences virtuelles qu’on pourrait le croire.
Soulignons aussi que l’éditeur n’a pas hésité à utiliser 2 Bluray pour ne pas altérer la qualité de la compression. Ces documentaires n’apportent pas de vraies analyses du film, mais au détour de séquences gorgées de langues de bois et de mauvaises fois, il nous est possible de comprendre un peu mieux certains aspects de cette arlésienne que fut ce quatrième opus de la saga.





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Très bonne critique, vraiment… !
Spielberg ne te mérite pas. Le 4ème opus est surfait, lourd et indigeste. Un hersatz de la dernière croisade qui fonctionnait si bien.
Hey,
Je suis entièrement d’accord avec ce que tu as écrit. Ta critique est vachement bien. Mais si je peux me permettre, je trouve que tout ce qu’il y a de D’Indiana Jones dans cet opus, ça n’est que le personnage d’Indiana Jones. Quelque chose que je n’ai pas pardonné à Spielberg, c’est ses aliens à la fin. Pour moi, Indiana Jones c’est le mystique des religions mortes (ou toujours actuel) .L’introduction de ET avec des tronches en formes de ballon de rugby est pour moi forcée et sans intérêts.
L’interêt que procurre les films d’Indiana Jones c’est qu’il arrive à résoudre ses problèmes actuels en cherchant dans le passé.
Ici tu te retrouves confronté à quelques choses de futuriste, ayant soi-disant un lien avec les Maya. J’ai plus l’impression que cet opus tourne autour de ces ET car ils voulaient faire un buzz médiatique avant la sortie en salle du film (“t’as vu, y’aura peut-être des Alien dans Indiana Jones 4…”)
Indiana devant des Aliens…mon dieu…à quand James Bond en train de se faire enfilé par un gorille ? Mmmmm, un petite idée de pardoie dans l’air….
Bon, j’écris pas aussi bien que toi, c’est décousu.
Continue comme ça, ça fait plaisir de lire de bonne critique sur le net.
Eeeeet Tim relance la polémique.
Ca me rappelle nos débats au Red bar ou entre deux parties de CoD avec le Djé tout ça… Comme je le dis, le film fait référence aux années 50, à sa culture, et donc à tous ces romans et séries B de SF. De plus, c’était quelque chose d’imposé par George Lucas. Mais moi je trouve qu’il s’en tire plutôt bien, avec une relecture light d’un pan de 2001 de Kubrick (que Spielberg admirait).
Pour autant le film n’est pas un chef d’oeuvre, mais ce n’est pas la bousasse sur laquelle on a craché pendant des mois… ce que je voulais dire dans ma critique, c’est que le film est beaucoup plus cohérent qu’il n’en a l’air…
Et merci de savoir que je suis lu à Tahiti ça fait classe !
Iaorana,
Je précise que j’ai bien aimé cet opus. Mais cette fin me rapelle la fin raté de la Guerre des Mondes.
Sinon, au sujet du parallèle avec Peter Jackson, je suis entirèement d’accord. On y voit même un hommage à la scène du gouffre pour King Kong (que certains appelleraient Plagia). Lorsque que l’on observe bien cette scène du gouffre, on a l’impression de voir plan pour plan celle de King Kong avec les dinosaures : Plan large de trois quart en légère contre plongée puis gros plan de trois quart des voitures au bord du gouffre. La Scène est construite comme celle de King Kong. (rien que l’idée de ce gouffre avec les mecs à la limite d’y tomber….). Je ne pense pas que ce soit un plagia de la part de Spielberg d’autant plus qu’il travaille son prochain film avec ce génie New-Zelandais.
Bon, y’a pas de Red bar à tahiti, mais y’a des bombes en bikini. Bon aucun rapport mais je voulais mettre bikini et tahiti dans la même phrase.
Qu’importe les lieux pourvu qu’on parle cinoche…
Pour revenir à ce Indy IV, j’ai beaucoup aimé l’épisode de South Park (“the China Problem”) dans lequel Steven Spielberg et Georges Lucas passent leur temps à violer le pauvre Indiana Jones, ce qui délcenche des traumatismes et des pleurs de la part des fans, grands et petits !!!
le lien de l’épisode : http://www.southpark-tv.com/episode.php?id=175
[...] un coffret contenant la tétralogie, mais en attendant, les plus impatients (c’est à dire le peu de personnes ayant défendu ce film certes bancal mais passionnant lors de sa sortie) peuvent se délecter d’une image sublime, d’un son cristallin et de bonus remplis de [...]