Forgotten Silver : Interview de Jérôme Wybon

Par Sylvain PERRET • 6 mar 2009 • Categorie: Dossiers, FocusContacter l'auteur

1Kult a toujours gardé à l’esprit de ne parler que du cinéma que nous aimons et des gens qui le font vivre. Dès lors il était évident de rapidement donner la parole à Jérôme Wybon, cinéphile passionné et passionnant qui, à travers son blog et son fanzine Forgotten Silver, met en lumière un cinéma maudit, tronqué et rare. Il travaille aussi sur des documentaires et des éditions vidéos (récemment Pirates de Polanski et la série le Prisonnier) et dans la presse (Mad Movies).

Comment vois-tu ta cinéphilie, quelle est ta vision du cinéma ?

Je suis un enfant des vidéo-clubs. J’avais 9 ans en 1982 quand mon père a acheté son premier magnétoscope, un Akai VHS qui pesait une tonne avec chargement sur le dessus. Avec mon frère, on louait tout et n’importe quoi. Les Bruce Lee, Epouvante sur New York, Les Branchés du bahut… On s’est même fait rouler en louant Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, pensant qu’il s’agissait d’un Bud Spencer/Terence Hill ! Plus qu’un cinéphile, je suis davantage un cinéphage. J’ai besoin de ma dose quotidienne. Que ce soit à partir d’un vieux transfert VHS, un dvd, un Blu-Ray, un DIVX ou une projection en salles. Bon après, si c’est un vieux master recadré, avec une VF pourrie, et un copie censurée, il faut vraiment que le film soit rare pour que je le regarde, comme Bronson Lee, Champion, que j’ai découvert récemment.

Que penses-tu du cinéma tel qu’il est aujourd’hui ?

Je ne suis pas de ceux qui pensent que c’était mieux avant. J’aime autant Jason et les Argonautes que Hellboy 2, les Eastwood des années 70 que Gran Torino. Après, c’est vrai que les films d’horreur actuels ne m’intéressent plus autant que par le passé. Mais c’est surtout pas goût plus que par une baisse de qualité quelconque. Et puis j’essaye d’explorer des genres que je connaissais mal il y a peu comme le policier italien et je rattrape mon retard sur le western européen ou la brucexploitation.

Pourquoi avoir monté un blog ?

J’ai commencé par faire un fanzine du nom de Forgotten Silver dont deux numéros sont sortis, le troisième s’écrit actuellement. Mais il y a avait plein de petites choses dont je voulais parler mais qui ne méritaient pas forcément un dossier de 20 pages, donc je me suis dis qu’un blog serait parfait pour cela. Et puis cela permet de proposer des vidéos trouvées sur le net ou que j’uploade moi-même. Je vois donc mon blog comme un complément à la version papier. D’ailleurs, en ligne, je ne propose quasiment pas d’articles détaillés, juste des brèves, ou des liens vers des choses qui me semblent intéressantes à aller lire.

As tu des informations sur le contenu du numéro 3 de Forgotten Silver Fanzine ?

Je bosse sur trois dossiers actuellement (les scènes coupées de La Vie privée de Sherlock Holmes, le téléfilm Dr Strange de 1978 et les scènes coupées d’Il était une fois en Amérique) Il y aura aussi un papier sur Dark Intruder un pilote de série TV avec Leslie Nielsen. Un forumeur de devildead m’a écrit un très bon papier sur une séquence coupée des Marins des mers de Chine 2 de et avec Jackie Chan. Sinon, j’écris le reste. Il y aura encore d’autres choses mais rien de définitif.

As tu une date de publication ?

J’aimerais bien !

Les deux premiers numéros sont aujourd’hui épuisés. Comptes-tu les rééditer ?

Je ferais sans doute un best of un jour ou l’autre, avec des articles mis à jour comme pour Superman II ou Argoman. Ce dernier sort bientôt en Zone 1 dans une édition officielle, à laquelle je donne d’ailleurs un petit coup de main à l’éditeur, juste pour le fun.

Peux-tu nous parler de tes disques de bandes annonces, dont des jaquettes circulent sur le net ?

A la différence des disques de Synapse en Zone 1 ou ceux du site Previews of coming attractions (ma seule correspondance régulière avec un type suédois !), mes DVD de bandes-annonces sont des projets persos, pas du tout destinés à se retrouver sur la toile. Je les fais pour le plaisir et je fais tourner le disque auprès des potes ou pour une soirée. Il y a deux ans, j’avais fait 2 DVD sur les comédies françaises des années 70 et cette année, je me suis attaqué aux années 80 avec deux disques : Elle voit des bandes-annonces partout (1980-1982) et On s’éclate et on se mate des bandes-annonces (1983-1989). C’est amusant de rechercher les bandes-annonces, de les mettre dans l’ordre de leur sortie en salles et ce que je trouve par-dessus tout fascinant, ce de voir comment la comédie évolue au fil des années. Les années 70 ont marqué le passage de flambeau entre De Funès et Pierre Richard principalement, tandis que les années 80 ont vu le triomphe de l’équipe du Splendid ou l’arrivée de Max Pecas sur le terrain de la comédie fauchée. Je ne ferais pas les années 90 car je n’ai pas vraiment aimé ce qui s’est fait dans ces années-là mais je compilerais sans doute les années 60. Mais cette année, je vais sans doute faire une compil de polars français des années 70-80.

Est ce que tu as des projets vidéos ?

En général, j’essaye d’en parler sur mon blog quand je bosse sur un truc professionnel, mais je suis quand même tenu par un contrat de confidentialité, donc j’en parle uniquement quand l’éditeur m’en donne l’accord ou lorsque le projet est fini ou annoncé à la presse, comme dernièrement pour le documentaire sur Pirates. Là, je bosse sur le Blu-Ray du Prisonnier et sur un film rare d’un grand réalisateur contemporain que j’adore mais je ne peux et ne veux pas encore en parler.

Y a-t-il un acteur ou un réalisateur que tu aimerais interviewer ?

Je ne suis pas du tout intéressé par les acteurs. J’en ai rencontré pas mal mais en général, cela me laisse froid. Sauf quand j’ai serré la main de Sophie Marceau après une interview. Sinon, comme tout le monde, j’aimerais bien rencontrer : John Carpenter, McTiernan, etc…

As-tu aidé à la réalisation d’une director’s cut ?

Non. Il m’est arrivé de chercher des scènes coupées avec plus ou moins de succès ou de retrouver des images rares, comme les essais 35mm de Gareth Hunt et Joanna Lumley pour The New Avengers.

Et sur quel(s) titre(s) aimerais-tu le faire ?

Escape from L.A. ou Il était une fois Amérique. Pour ce dernier je sais qu’il y a eu plusieurs tentatives pour proposer une version longue du film, avec notamment les scènes incluant l’actrice Louise Fletcher, mais cela ne s’est jamais fait. Je pense de toute façon qu’il faudrait proposer ces scènes inédites en bonus, et pas réintégrées dans le film. Leone n’est plus là pour nous dire où les placer, et cela pourrait mettre en péril le rythme quasi parfait du film.

Le DVD a clairement révolutionné le monde de la vidéo, et par ce biais la cinéphilie. Comment définirais-tu ce changement ?

Le premier grand choc, au-delà de la présence de la VO ou du 16/9 qui ont été des éléments importants, a été pour moi la sortie de Rabid Dogs de Mario Bava (Chiens enragés chez nous – ndlr). C’était en 1998 et c’était la première fois qu’un film réputé invisible faisait son apparition sur un support accessible. C’était un DVD allemand proposant le film en italien sous-titré en anglais. Jusque là, on avait entendu parlé du film et d’après ce que je sais, des copies muettes circulaient sous le manteau en VHS. Mais là, c’était un produit officiel et disponible. Et puis il y a eu les 35 minutes inédites du Jeu de la Mort. Personne ne pensait qu’on les verrait un jour. Et Superman II de Richard Donner… Cela continue aujourd’hui avec le Director’s cut de Revolution ou la version uncut de La Conquête de la planète des singes.

Bien sûr, aujourd’hui, il y a des dérives avec des faux director’s cut, des versions longues sorties d’où on ne sait où mais il y a aussi des choses intéressantes dans le tas. Et puis contre les chroniqueurs DVD qui nous rabattent à longueur de temps dans leur papier que les scènes coupées d’un film sont décevantes, il faudrait un peu réfléchir et se dire qu’en règle générale, si les scènes ne sont pas dans le film, c’est qu’il y a une bonne raison ! Et puis le DVD a donné la parole aux réalisateurs dans les bonus, les commentaires audio, les Making of, pour défendre leurs œuvres. Cela avait été amorcé avec le laserdisc, les Criterion et la collection Signature chez Universal, avec les documentaires de Laurent Bouzereau, mais cela a pris une ampleur phénoménale en DVD. Les documentaires sur Blade Runner, La Mouche, Top Gun sont des documentaires passionnants.

En France, cela a été plus timide, à cause d’une rentabilité limitée à quelques territoires. Au début du DVD, il n’y avait pas d’économie pour faire des bonus. Je me souviens qu’on avait décidé de faire un commentaire audio de Philippe De Broca pour Le Magnifique plutôt que de sortir une caméra, car cela coûtait moins cher. Les objectifs de vente étaient moindres. Mais cela a été une expérience que je n’oublierai jamais. Etre pendant une heure et demi à côté de De Broca, l’écoutant parler de mon Belmondo préféré. Maintenant, sur des gros films de patrimoine, on peut davantage proposer de vrais documentaires. J’ai eu le plaisir de faire avec l’équipe de L’Atelier d’images un 55 minutes sur Emmanuelle pour Studio Canal International (qu’on verra sans doute un jour en France, il est présent sur des DVD étrangers pour l’instant) et des docus sur Diva ou Pirates.

Est ce que tu penses que le Bluray possède un intérêt après ce raz de marée ?

Déjà cela permet de corriger ou d’améliorer des éditions assez pauvres ou anciennes. Le Septième voyage de Sinbad est nettement supérieur en Blu-Ray. Le format 1.66 est désormais respecté et la copie a été restaurée au maximum. le succès du DVD a montré aux studios que restaurer son catalogue pouvait être rentable. On n’a jamais vu les classiques hollywoodiens aussi bien traités et le western européen est désormais proposé, dans la plupart des cas, dans des copies intégrales, restaurées, avec plusieurs versions sonores. La VHS c’était sympa, mais entre les recadrages, les coupes, l’absence de VO et un définition limitée, ce n’était pas génial. Là, on attend fébrilement des sorties comme Le Bon, la brute ou le truand qui, si le travail est bien fait, devrait être spectaculaire. La haute définition va permettre d’aller encore plus loin dans la restauration et le rendu cinéma.

Et pour ce qui est de la VOD ?

Je pense que la VOD décolera vraiment lorsque la fibre optique sera dans tous les foyers. Et plutôt que de concurrencer le marché DVD et BluRay, je pense surtout que cela va faire fermer tous les Video Futur et autres videoclubs.

Pour finir, qu’est ce que tu nous conseillerais comme film pour ce soir ?

Sherlock Holmes attaque l’Orient Express qui vient de sortir en zone 2, dans une copie très convenable et avec un vost. Une édition supérieure au dvd zone 1 et au dvd zone 2 anglais. Une petite pépite qui était jusqu’ici introuvable en vidéo, et invisible ou presque en TV.

Un grand merci à Jérôme Wybon pour le temps consacré à cette interview et sa passion qu’il nous fait partager.

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Enfin 9 commentaires. Et vous ? »

  1. toujours très intéressant ce genre d’entretien !
    Jérôme fait un boulot formidable.

  2. Merci pour cette excéllente interview, je savoure depuis un petit moment la prose de Jérôme Wybon, et ça me permet de creuser à la recherche de films rare, et de m’aiguiller vers des films dont je n’avais pas conscience de l’existence…

    Ce qui me fait bizarre c’est que lorsqu’il parle du vieux magnétoscope Akai à ouverture par le dessus, j’ai un gros choc, parce que mon père à la même époque avait le même, c’est d’ailleurs grâce à ce même magnétoscope que j’ai pu voir Maniac, l’Aube rouge, et les Deux Supers Flics, quelques exemples des perles accessibles en VHS…

    Longue vie à Forgotten Silver !! et un grand merci à 1 Kult !! pour ce cadeaux

  3. Petite précision : sherlock holmes attaque l’orient express vient de sortir à 9.99 euros

  4. Interview toujours aussi passionnante !

    Personnellement, le boulot de Jérôme me fait rêver…un de mes buts dans la vie serait de bosser dans la découverte, le partage et la restauration d’anciennes bobines en péril… une activité qui me passionne au plus haut point…

    En tout cas merci et bravo Jérôme ! Et 1kult aussi évidemment !

    PS (une petite question pour Jérôme) : Est-ce que tu (pardon, je me permet le tutoiement) vis de cette passion ?

  5. vivre de ma passion, on peut dire ça comme ça. Bien sûr, on ne peut pas bosser que sur ses films préférés, mais dernièrement, même si le film n’est pas ma tasse de thé, le boulot éditiorial sur Possession de Zulawsi a été passionnant.

  6. pour ton boulot de rêve, faut postuler Aux archives du film, chez Eclair ou à la cinémathèque

  7. Merci pour ces renseignements !

    Je ne suis malheureusement pas pour l’instant sur la capitale, je vis dans le sud de la France mais je ferais tous pour, un jour, travailler dans ce domaine… Mon but ultime dans la vie serait de devenir réalisateur…mais je me sens comme un devoir de faire partager et de sauvegarder le cinéma, qu’il soit ancien ou obscure, pour les générations à venir, la plupart des personnes de mon âge ne s’intéressant pas beaucoup à ce cinéma…

    Des paroles bien utopistes je vous l’accorde, mais je suis un rêveur… :)

    L’un de mes fantasmes : partir à la recherche de « Four devils », le film perdu de Murnau depuis des décennies…

  8. tu as là une matgnifique collection de héros tous plus ringuards les 1 que les autres ( quoique, non, je n’oserais pas le dire de bruce lee – ? – ), n’empeche que les heros collant avec le slip par dessus le pantalon, c’est un Must sixties dont on ne se lasse as. Super blog, plein d’erudition sur un sujet que je ne connais pas assez ‘ le ciné-bis’ mais qui ne manque jamais de me mettre de bonne humeur. une façon de vivre en soi, le « bis ».

  9. je voulais dire de vivre en soie ( et en soit ) – aussi ! arf, les tofs de frappe, ça ne pardonne pas ! LOL

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