Far West Story (Sergio Corbucci)

Par Sylvain PERRET • 13 mar 2009 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Sergio Corbucci est considéré comme l’un des trois réalisateurs majeursde westerns spaghettis aux côtés de Sollima et Leone. il est vrai que Le Grand Silence ou Django ont radicalement donné leur lettre de noblesse au genre, mais aussi au cinéma au sens large. Pourtant, l’apport de Sergio Corbucci dans l’Ouest transalpin ne se limite pas à ces deux chefs d’œuvre, loin de là. Le Mercenaire, Companeros, Le Spécialiste, Mais qu’est ce que je viens foutre au milieu de cette révolution

Certes tous ces films n’innovent pas à chaque fois, mais ils peuvent être vus au pire des cas comme d’honnêtes westerns qui se regardent sans déplaisir à défaut d’être de grands films. Far West Story est à ranger entre ces deux catégories, car par certains aspects, il est une réussite malgré quelques petits défauts mineurs…

On a souvent comparé Far West Story à Bonnie & Clyde. Il est vrai que les deux scénarios possèdent des points communs, à savoir les personnages de Jed, bandit de grand chemin se prenant pour Robin des Bois, et Sonny, une femme qui va le suivre un peu par amour et un peu par ennui. Mais le shérif Franciscus est à leur trousse afin de les arrêter…

En 1972, le western spaghetti amorce sa descente, depuis les fameux Trinita, et la parodie semble le dernier recours à des codes trop utilisés depuis Pour une Poignée de Dollars, sorti 8 ans auparavant. Il faudra attendre 1976 pour que Castellari nous livre l’ultime chef d’œuvre du genre avec Keoma. Pourtant, tout en respectant la recette qu’il a lui-même créé, Sergio Corbucci va y incorporer une modernité dans le fond comme dans la forme.

Une des grandes réussites du film tient d’abord dans son casting. La grande star est bien évidemment Tomas Milian, qui a toujours habillé ses personnages d’une certaine folie et de pastiches incroyables, à tel point qu’il est possible d’imaginer qu’il s’amuse plus à créer ses rôles qu’à se sentir concerné par les scénarios ou la mise en scène. Heureusement ici, Sergio Corbucci tient les rênes tout en laissant une évidente liberté à l’acteur Cubain, avec son look de bandit rustre mais sympathique et haut en couleur visiblement inspiré par Che Guevara. Susan George, déjà vue dans Les Chiens de pailles, quand à elle, apporte un certain calme, une beauté douce et touchante dans son personnage. Elle va réussir à créer avec Milian une véritable alchimie qui vont se chercher comme deux enfants.

Cette relation trouvera comme élément perturbateur la figure castratrice de Terry Savalas, dans le rôle du shérif Franciscus. Celui-ci représente les vieilles valeurs, et errera afin d’arrêter Jed et Sonny. Le couple représente une jeunesse plus libre et représentatif des années 70, plus insouciante que la précédente, que le Shérif poursuivra aveuglément. D’ailleurs, vu à travers ce prisme symbolique, la fin baroque du film devient logique.

Sergio Corbucci arrive à tracer un univers graphique qui reprend les codes du monde hippie : les habits, la musique langoureuse d’Ennio Morricone, les nombreuses séquences évoquant la nature (les personnes de cachent à un moment dans du grain, et couchent à la belle étoile) mais surtout la relation entre les deux (anti)héros. Sonny cherche à être l’égal de Jed. Autrement dit, la femme cherche à être l’égal de l’homme. Ce sera l’enjeu principal du film où dès le début Jed considèrera Sonny comme une chienne (au sens propre) mais où petit à petit, elle cherchera à être son égal en buvant, tirant, crachant, jusqu’à finir par s’émanciper complètement en arrivant assumer son propre rôle. En effet, durant tout le métrage, elle se cherche à travers un jeu constant d’ombres, de faux semblants et de reflets, et tente d’assumer un rôle qu’elle n’arrive pas à définir. Amie ? Amante ? Collègue ? Amour ? Mère ?

Autre réussite, le déroulement de la romance entre les deux protagonistes. En effet, Corbucci dépeint une réelle poésie qui se crée entre ces deux grands enfants, apparemment orphelins et en marge de la société, réagissant instinctivement et naïvement face à ce qui leur arrive. Leurs actes ne semblent pas criminels mais spontanés et candides. La scène traduisant le mieux cette romance est bien évidemment le baiser animal échangée sous la couette à la belle étoiles, quasiment animal.

Comme le rappelle Jean François Giré dans sa présentation du film, Corbucci a toujours incorporé des moments de comédie dans ses films, même les plus noirs. Dès lors, les rencontres entre le réalisateur de Django et l’acteur cubain ne pouvaient apparaître que comme une évidence tant leurs ruptures de tons sont assez similaires. Ici, les scènes de comédie sont très efficaces et bien réglés. Toutefois, il est possible de considérer que ce mélange des genres nuit un peu au rythme global de l’histoire. Surtout qu’un discours révolutionnaire des péones face à la bourgeoisie un peu rapidement caricaturée vient se greffer au tout, alourdissant un peu le film…

Voilà donc un petit film agréable qui ne fait pas partie des plus grandes réussites de Sergio Corbucci, à cause de son rythme un peu décousue. Cependant, il mérite vraiment le coup d’oeil pour les fans du genre, car Far West Story est une oeuvre originale et plaisante. Il est dorénavant disponible dans une copie magnifique et au format chez Wild Side Films via sa collection des Introuvables du cinéma Européen. Il n’y a pas meilleur moyen de découvrir ce petit film qui synthétise l’univers de Sergio Corbucci. Ajoutez à cela une présentation passionnante de Jean François Giré, auteur du livre Il était une fois… le Western Européen qui vient d’être réédité il y a quelques mois.

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