Zombies Anonymous (Marc Fratto)
Par Sylvain PERRET • 4 mai 2009 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurLes films de zombies se multiplient et se ressemblent bien souvent, à l’instar d’autres figures fantastiques. Or, une recette peut marcher même si elle n’est pas nouvelle, comme le sympathique remake récent du Zombie de Romero par le pourtant mauvais Zach Snyder. Pourtant, le mythe du zombie peut renvoyer à différentes lectures possibles, notamment d’un point de vue social et politique et des renouvellements sont possibles. C’est le cas de Zombies Anonymous.

Il faut bien admettre que malgré ses défauts, le film de Marc Fratto arrive à redonner un nouveau souffle salvateur à un genre que l’on croyait sclérosé et devant respecter une série de codes. Réalisateur et scénariste, Fratto nous livre ici son second film après le vampirique Strange Things Happens at Sundown. Auréolé d’un petit succès pour ce dernier, il s’attaque donc à une relecture complète du mythe du mort vivant en redessinant ses origines.
D’abord titré Last Rites of the Dead, Marc Fratto arrive à nous livrer non seulement un point de vue original et intelligent, mais en plus un point de départ vers de nouvelles possibilités. Dès le début, nous découvrons le malaise d’une société face à un phénomène inexpliqué, à savoir que les morts reviennent à la vie sous forme de zombie. La métaphore de notre société est assez habile : le racisme à la fois affiché et sous-tendu, la montée de groupuscules extrémistes, la création de clubs de Zombies Anonymes, et la montée en puissance d’une haine commune. On pense bien évidemment à la montée du nazisme ou des peurs post-11 septembre.
Marc Fratto a eu l’intelligence de montrer en parallèle deux personnages, à savoir Angela passée à l’état de mort vivant, et de Josh son amant, responsable de son passage à trépas, après lui avoir tiré dessus par pure jalousie.
Au lieu de désincarner ses créatures, Fratto compare donc plusieurs facettes de ce point de départ. Tout d’abord, la tentative de vivre avec des morts vivants comme voisins. Ces derniers tentent par tous les moyens de s’accepter, soit en se grimant, soit au travers de réunions de Zombies Anonymes. L’humour et le grotesque côtoient alors une réflexion sur cette discrimination, et ce à travers le d’Angela. De son côté, Josh va rejoindre une réunion d’extrémistes cherchant à éradiquer cette nouvelle race…
Avec son scénar béton qui certes s’essouffle un peu sur la fin, notamment son twist cherchant à refermer la boucle, Marc Fratto insuffle une certaine énergie à son film grâce à certaines séquences de montages parallèles plus qu’astucieux. Cela a pour effet de rythmer astucieusement son récit, mais aussi de lier les différents protagonistes entre eux.

On pense à Aux frontières de l’aube de Kathryn Bigelow, et il est fort probable que Fratto ait eu la même envie de recommencer à zéro afin de moderniser le personnage du Zombie. D’ailleurs, le personnage du Commandant semble tout droit sorti de l’univers de la réalisatrice de Point Break ou de l’esprit de son ancien mari James Cameron. On s’amuse alors à imaginer ce qu’aurait pu faire ce dernier avec un tel matériau de base.
Pourtant, un défaut pourra rebuter les fans du genre. Ce n’est pas le manque d’action, car Zombies Anonymous n’est pas avare de ce côté là dans sa seconde moitié, avec une séquence dans une clairière que les amateurs apprécieront et dont nous leur laissons le plaisir de la découverte. Le problème vient de la réalisation, qui probablement par un manque de budget et l’utilisation de la DV, donne au métrage un côté brouillon qui risque de mettre certains spectateurs sur la touche. De plus, la direction d’acteur est assez faible, probablement à cause des memes raisons pécunières…
Cependant, on a ici un exemple d’un réalisateur qui montre ses talents narratifs et sa passion pour un genre auquel il rend hommage tout en le redéfinissant. Il est même possible d’imaginer que Fratto aurait pu faire de son film une grande série dans l’esprit de True Blood…

Le DVD Neo Publishing peut être considéré comme la version définitive de Zombies Anonymous, tant pas son contenu éditorial (bonus, commentaires audios, etc…) mais aussi par le fait qu’il propose la véritable version Director’s Cut. Il existe en fait 3 versions de ce film. La première est plus longue et fut projeté dans certains festivals avant que Fratto effectue lui-même des coupes. La seconde est une version d’une heure trente que les diffuseurs américains firent derrière le dos du réalisateur afin de rentrer dans un format diffusable en salle au détriment de toute cohérence scénaristique.
Cette version définitive est celle qu’il faut donc acquérir si vous aimez le genre et si vous voulez découvrir ce qui pourrait bien être les balbutiements d’un réalisateur bourré d’idées…

[...] aussi notre critique de Zombies Anonymous, dernière sortie de Neo [...]
au delà du renouvellement évident du genre,satire sociale et politique,humour noir décalé,le film souffre d’un manque de moyens évident tant sur le plan de la réalisation que sur un plan financier.Même si tous les clichés et codes de ce genre de film sont ici pulvérisés,cela devient trop vite n’importe quoi;un film trop fouillis au bout d’un moment,sans compter la grossièrté systématique des dialogues,vite lassante.Je préfère les trés classiques films de Romero.