Les Vampires de Mario Bava et Riccardo Freda

Par Sylvain PERRET • 11 juin 2009 • Categorie: Films 1Kult, FocusContacter l'auteur

Les Vampires de Riccardo Freda et Mario Bava est une œuvre séminale. Tout d’abord, c’est le premier film fantastique Italien après la seconde guerre mondiale. Ce sera dès lors le départ d’un âge d’or populaire Italien, d’abord gothiques, et qui prendra son envol jusque dans les années 90 par des films gores. Entre les deux, ce sont des bandes déviantes qui parsèmeront ces années, à grand renfort de giallis, de cannibales, de zombies, de polars, de mondos et autres.

De plus, il réunit deux talents du cinéma populaire transalpin (qui se retrouveront deux ans plus tard dans Catliki). L’un est déjà célèbre, et l’autre ne l’est pas encore, bien que sa renommée en tant que chef opérateur ne soit plus à faire dans la profession. Ces Vampires réunit donc le savoir faire de Riccardo Freda, qui a su donner ses lettres de noblesses dans le film en costume, sachant mettre en image des fresques historiques dans une poignée de décors, et de Mario Bava, qui arrivera à donner naissance à des effets visuels encore inégalés aujourd’hui. C’est d’ailleurs dans ce film que l’effet le plus célèbre du réalisateur du Masque du Démon qui grâce à un simple jeu de lumière et un peu de maquillage, Bava offre une transformation incroyable d’un visage.

Jean Pierre Dionnet lors de la présentation de ce DVD Carlotta revient sur ce jeu optique, et l’éditeur nous montre même un extrait d’une émission rarissime Italienne où Mario Bava explique ce surprenant procédé à la fois simple, génial et réussi. Pour l’anecdote, Dionnet nous apprend aussi que Freda avait enregistré avant le tournage une version audio de ce film avec sa femme Gianna Maria Canale (l’actrice du film). Cette bande probablement disparue aujourd’hui aurait servi à Freda à démarcher des producteurs.

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Le film comporte pleins d’autres trouvailles visuelles. En effet, censé se dérouler à Paris, et avec l’aide d’un ou deux Stock shots, les deux réalisateurs nous livrent quelques grands moments plastiquement superbes, tant au niveau des mouvements de caméra (passant d’un étage à l’autre) que des décors (peinture sur verre notamment) comme ces séquences dans le château (ou à l’extérieur), dans le cimetière ou à l’hôpital.

Ce film possède donc le talent de ses deux géniteurs, de par les thèmes abordés et traités. En effet, le film raconte l’enquête d’un homme face à une série de meurtres de jeunes filles. Les victimes sont exsangues ce qui attire la presse, notamment le journaliste Pierre Lantin, qui au cours de son enquête, va s’intéresser à la baronne Giselle du Grand…

Le film rappelle plus les crimes de la fameuse comtesse Bathory qu’un film fantastique classique. On pense aussi à L’effroyable secret du docteur Hichcock du même Freda avec sa version romantique de la mort. A mieux y regarder, ce film marticiel transalpin possède même certains codes du giallo (tout comme un autre film gothique Italien de Margheriti cette fois, sur lequel nous reviendrons dans quelques jours). L’enquête d’un journaliste en marge des forces de l’ordre, la traque des victimes dont le mystérieux assassin est ganté, certaines icônes empruntées au films noirs sont ici expérimentés, et connaîtront leur apogée dans La Fille qui en savait trop du même Mario Bava. On a aussi en mémoire le magnifique Corps et le Fouet pour son rapport étrange à l’amour, ou le Masque du Démon pour son atmosphère poisseuse et démoniaque.

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D’ailleurs imputer le succès artistique de ce film à ces deux hommes n’est pas rendre justice à la troublante Gianna Maria Canale, dans un double rôle qui envoute son spectateur de la même manière que Barbara Steele quelques années plus tard. Une horde de seconds couteaux parsèment aussi le casting de ces Vampires : Dario Michaelis, Carlo D’Angelo, Paul Muller, Antoine Balpêtré… des noms qui ne diront rien au cinéphile lambda, mais dont le visage rappellera western spaghetti, péplum ou polar français…

Roman Vlad et Franco Mannino font des merveilles à la musique, et finissent de sublimer les décors de Beni Montresor.

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Ne revenons pas sur le tournage chaotique, qui vit Mario Bava finir le film en quelques jours après le départ de Freda. Pour plus d’informations, nous vous renvoyons vers ce dossier. Sachez juste que Carlotta a bien indiqué le nom des deux réalisateurs sur la pochette du DVD. Au niveau de ce DVD, la VOST est limpide et l’image a été nettoyée, et permettent de profiter avec délectation du joli scope de ces Vampires. Et même si le tout est un peu trop granuleux et lumineux, c’est un bonheur de découvrir un tel film dans ces conditions, sachant que lors de sa sortie, il fut un échec cuisant.

Pourtant, il s’agit bien de la première oeuvre, celle par qui tout commença. Pour tout fan de cinéma populaire transalpin, il est désormais possible de découvrir le point de départ de 40 ans de cinéma.

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Enfin 2 commentaires. Et vous ? »

  1. [...] 24 juin 2009 par RobertoTobias C’est aujourd’hui que sont sortis dans les bacs 2 1/2 films de Mario Bava édités par la prestigieuse boîte d’édition : Carlotta, spécialisé dans les films noirs américains, les classiques hollywoodiens des années 50/60 et les films d’auteur. Je parle de 2 1/2 films (soit 3 DVD) car nous avons bien affaire à 2 authentiques films signés Mario Bava (Duel au couteau et La baie sanglante) et 1/2 film car il s’agit d’une oeuvre commencée par Ricardo Freda et achevé par Mario Bava (Les vampires). Sylvian d’1Kult en a abondemment parlé sur son blog : ici et là [...]

  2. [...] peuvent faire de la seconde partie de ce film un ancêtre du Giallo, à l’instar des Vampires de Freda. Pourtant ce dernier jouait plus sur les codes visuels, probablement mis en place par Mario Bava [...]

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