Sexy Killer (Miguel Marti)
Par Sylvain PERRET • 6 juil 2009 • Categorie: Films 1Kult, Focus • Contacter l'auteurLe cinéma fantastique espagnol contemporain a depuis quelques années gagné le titre pourtant galvaudé de nouvelle vague. Les thèmes abordés, le ton plus libre, l’émergence d’auteurs et de solides artisans ont su convaincre non seulement les fans du genre mais aussi le grand public local et international.
Il y a quelques jours, le Forum des images proposait dans le cadre de son ultime Nuit Fantastique Sexy Killer qui ravira les fans du genres.

Barbara (la jolie Macarena Gomez), élève sur le campus d’une fac de médecin, est une fille à la mode. Ersatz de Paris Hilton, avec sa garde robe fashion et tape à l’oeil et ses apparitions provocantes, elle semble tout droit sortie d’un clip MTV. Pourtant, cette rêveuse nous narre de son point de vue un univers déjanté mais macabre où elle nous présente sa véritable nature. En effet, Barbara est en réalité la tueuse en série qui sévit sur le campus.
Avec un tel pitch il était possible de tomber sur une énième parodie multipliant les références comme l’ont déjà faits des personnes n’aimant pas ce genre de film. Or, Miguel Marti n’est pas de ceux-là. En effet, il est clair que le réalisateur Ispanique connait cette culture de films d’horreur au sens large, comme le prouve la troisième partie du métrage. En effet, il mélange plusieurs codes et tics d’une culture (les clips, le giallo, le slasher, le polar, la télé-réalité et les bluettes amoureuses) et ce de manière limpide et généreuse. Ce sont les deux grandes forces de ce film, qui utilise un montage éclaté et abyssale, mais pourtant ultra lisible. Barbara est alors notre conteuse et elle nous livre sa propre vision d’une série de meurtres qui n’a aucun véritable but que celui de tuer une personne qu’on n’aime pas trop.

Et au final, son imaginaire est assez attachant : démystifiant la fashion victim potiche, pour nous livrer une vision quelque peut cynique du monde où l’apparence est la seule raison de tuer. Mais à mieux y regarder, Barbara est une grande enfant, un peu rêveuse, vivant ses pulsions meurtrières comme une différence. Un dialogue révélateur s’installe avec un de ses amants qui, suite à un quiproquo, semble lui aussi avoir les mêmes pratiques sanglantes. En fait, Barbara est une grande enfant, comme son souvenir d’enfance où elle imagine un monde peuplé de Barbies dans lequel elle se complaît à vivre. C’est une fille seule, une rêveuse un peu sentimentale à la recherche d’un véritable amour. La conclusion du film nous révèlera un personnage triste et consciente de sa différence.
On n’est pas loin d’un personnage que n’aurait pas renié Tim Burton avant qu’il ne tombe dans le film pubard consensuel et moralisateur. On peut imaginer que Barbara ne fait qu’un avec Miguel Marti qui nous offre une grande part de références ouvertement geeks, comme ce dialogue avec le trekky dans les toilettes du restaurant. Parallèlement à ça, tout au long du film, nous découvrons que les autres protagonistes apparemment normaux et heureux cachent en fait de véritables frustrations : l’anorexique allant vomir son repas aux toilettes, le professeur aimant être dominé par son éfève, le flic frustré et profitant des meurtres pour lui aussi régler ses comptes, etc…

Mais même si les personnages possèdent une véritable profondeur, le ton donné est vraiment à la comédie efficace pure et dure, multipliant les références. Le climax rock n’ roll du film devient purement jouissif, mais est aussi représentatif de la volonté du réalisateur : généreux, mais foutraque. Mélange improbable de Crime Farpait, de Shaun of the Dead et de Scream, sorte de Gloubi Boulga réalisé par un sale gosse, le film arrive quand même à être crédible et plus que plaisant à suivre, bien qu’une baisse de rythme au milieu du film ait tendance à réellement nuire à la narration.

De plus, il faut reconnaître que le film n’est pas très beau esthétiquement parlant. L’image est un peu terne et triste, la réalisation est académique et le tout n’a rien de très original. Dommage, surtout que le réalisateur critique un monde onirique et artificiel, qu’il n’arrive pas toujours à dépeindre. Qu’importe, le film est tellement sincère au final que le tout se regarde avec un réel plaisir. Miguel Marti n’est certes pas un génie et son film ne fera pas date, c’est certain. Pourtant, si vous voulez vous offrir une petite comédie espagnole qui vous fera passer une bonne soirée. Le Public du BIFFF de cette année ne s’y sont pas trompés, lui décernant le grand prix.
