Les Introuvables de Septembre : la critique
Par Sylvain PERRET • 27 août 2009 • Categorie: Dossiers, Focus • Contacter l'auteurWild Side revient le 16 septembre prochain avec 4 nouveaux opus de sa collection culte des Introuvable. Tour d’horizon global de cette salve de ces DVD en avant première…
Commençons par un nouveau western de Sergio Corbucci, à savoir El Mercenario. Premier volet de sa trilogie politique dont suivront Companeros et Mais qu’est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ?, ce film aux qualités nombreuses est cependant globalement assez incohérent dans son rythme global. Non pas que la diégèse ne fonctionne pas, Corbucci arrivant à insuffler à son univers un graphisme et une ironie dont il est seul à avoir le secret. Les acteurs sont au meilleur de leur forme (Tony Musante – L’oiseau au Plumage de Cristal -, Franco Nero – Keoma, Django, A l’Aube du Cinquième Jour – et la belle Colomba interprétée par Giovanna Ralli), avec une mention spéciale à Jack Palance en bandit dandy homosexuel et sadique.

Pourtant, le scénario signé Salinas, bien qu’engagé et pessimiste, pêche parfois un peu au niveau du rythme global du film. En effet le personnage de Palance ralentit quelque peu le récit. de plus, la fin un poil poussive pourra laisser sur sa fin. Rien de grave, cependant, le film étant un agréable et intelligent divertissement, avec ses beaux cadrages et sa musiques Morriconéenne. Il faut savoir qu’à la base le scénario n’était pas prévu pour Sergio Corbucci, mais pour Gilles Pontecorvo (La Bataille d’Alger) selon Franco Nero. Les amateurs de westerns transalpins apprécieront ce film donrt le réalisateur nous offrira une sorte de remake dans Companeros, son film suivant.
Autre western, Hollywoodien cette fois,Du sang dans la poussière fait parti de ces films du genre crépusculaires, désenchantés et démystificateur. Une bande de 3 jeunes, après avoir sauvé Harry Spikes (l’excellent Lee Marvin en pistolero vieillissant), criminel recherché, et par soif de liberté et d’aventure décident de partir sur les routes. Mais rapidement, les désillusions les pousseront à devenir hors la loi à leur tour et rejoindre ainsi Spikes. Richard Fleischer s’essaye au genre avec réussite. En prenant les classiques à rebrousse-poil, il ne pardonne rien à ces jeunes perdus trouvant dans Spikes un père de substitution.

On pense sur des thèmes similaires à Impitoyable de Clint Eastwood et Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah. Le film prend alors son temps et par la caméra nous montre le monde du Far West avec plus de réalisme et donc ne prend pas de pincettes. Certes, ça n’est pas au niveau des films cités plus haut, et on est encore loin d’un Grand Silence de Corbucci, mais le tout dissémine ici et là une ambiance sombre jusqu’à un final cruel.
Passons à un autre genre avec Le Coup de l’Escalier de Robert Wise. Adapté d’un polar par Abraham Polonsky, le film présence encore une fois des personnages torturés et désenchantés. Un ancien flic mis sur le carreau pour n’avoir pas voulu dénoncer des communistes (ce qui est asez poche du sort de Polonski) décide de monter un hold-up avec deux voyous en manque d’argent. Le premier est un musicien noir de jazz qui s’est endetté aux courses et cherche à regagner une vie familiale plus stable. Le second est un homme qui est sous le joug de sa concubine qui l’entretient par amour. Le problème viendra du fait que ce dernier est raciste.

Ce film se présente plus comme une critique sociale qu’un simplefilm de casse à proprement parler. Bien évidemment, le trio va se confronter sans cesse, et Robert Wise se penchera plus sur la vie de ses protagonistes que sur le hold-up lui-même. Les acteurs sont excellents, notamment Robert Ryan (déjà vu dans Nous avons gagné ce soir du même Robert Wise) et la mise en scène est sublime. Non seulement une pellicule infra-rouge a été utilisée, donnant au film des couleurs étranges parfois imperceptibles mais que l’on ressent, mais en plus, Robert Wise (ancien monteur de Orson Welles) utilise l’image avec une intelligfence rare. Il faut voir ces choix de focales où parfois deux personnages à deux mètres d’écart semblent éloignés de plusieurs dizaines de mètres, ou encore sa netteté dans les profondeurs de champ pour comprendre que non seulement Wise est un grand technicien, mais qu’en plus, il la mets au service d’une réalisation millimétrée avec perfection.
L’univers désenchantée du film sera pour beaucoup dans sa réussite, mais mis au service d’un scénario impeccable sur le racisme et et les conflits des protagonistes, il devient tout bonnement une pépite du film noir.
Passons rapidement pour l’instant sur The Offense de Sidney Lumet, en disant seulement que c’est clairement le chef d’oeuvre de cette sélection. Rare, intelligent, osé et d’une noirceur ébouriffante, voilà le meilleur film de cette sélection pourtant de haute volée. Nous y reviendrons d’ici quelques jours plus en détails sur ce grand polar inédit chez nous à sa sortie.

Au niveau de la qualité, c’est plus que convenable. L’image est relativement propre, même si certains plans granuleux apparaissent sur Le Coup de l’Escalier, mais la compression est peu visible. Pour ce qui est du son, là encore pas grand chose à signaler si ce n’est que la version Italienne de El Mercenario mets quelques effets sonores un peu trop en avant, mais rien de grave. Les films sont au format et en 16/9 (excepté bien évidemment pour le film de Robert Wise, car filmé en 1.33, qui semble de plus reprendre le master du DVD américain).
Un point fort des derniers disques de la collection est son édition de bonus. En effet, en une ou deux dizaines de minutes, des vrais spécialistes parlent des films avec passion et sincérité, sans s’acharner à chercher la surenchère comme beaucoup d’éditeurs font trop souvent. Sur le fond, la palme revient à Jean Baptiste Thoret et François Guérif sur le film de Sidney Lumet. Par contre, notons que film de Robert Wise, le contenu du documentaire est un peu en deçà des autres, mais reste relativement intéressant.
Voilà donc une série de 4 films qui raviront les fans des genres sans trop de problème. Nous vous donnons rendez vous dans quelques jours pour la critique de The Offence, la très bonne surprise de cette sélection, et que l’on peut dès à présent qualifier de chef d’œuvre.
