Le Orme (Luigi Bazzoni)
Par Sylvain PERRET • 16 sept 2009 • Categorie: Films 1Kult, Focus • Contacter l'auteurIl y a plusieurs mois, nous apprenions que l’éditeur anglais Shameless comptait éditer une rareté pour le moins alléchante sur le papier. Un film Italien oublié, un réalisateur de confiance, un casting alléchant, une bande annonce étrange et envoutante… Il ne nous en fallait pas plus pour garder un œil attentif sur ce DVD anglais.

Alice se réveille après un cauchemar étrange, se déroulant sur la Lune. On y voit un astronaute abandonner un de ses collègues sur le satellite. A son réveil, Alice part travailler où elle apprend qu’il s’est passé plusieurs jours sans qu’on ait de ses nouvelles. Pourtant, elle n’a aucune nouvelle de ce qui s’est passé durant cette période. Des indices l’emmènent dans l’ile de Garma. Chose étrange : plusieurs personnes semblent la reconnaître…
Luigi Bazzoni est un réalisateur très rare mais qui possède quelques coups d’éclat à son palmarès, notamment L’Homme l’orgueil et la vengeance, adaptation de Carmen, la nouvelle de Prosper Mérimée, dans le monde du western transalpin, ainsi que Journée noire pour un bélier, sympathique giallo atypique. On peut considérer ce Le Orme, aussi connu sous son titre anglais Footprints on the moon, comme faisant parti de ce genre, même si il frustrera à première vue le fan des débordements graphiques et sanguinolents de rigueur dans ce genre de film. Pourtant, le déroulement narratif contient plusieurs similitudes communes avec ces polars seventies italiens : la quête d’un personnage de culture plutôt littéraire (ici, Alice est traductrice), qui recherche la vérité dans un pays ou un univers étranger, des indices en figure de puzzle conduisant tout le long du métrage jusqu’à la résolution, le tout dans un univers onirique. Bien évidemment, le prénom d’Alice renvoie au roman de Lewis Caroll.

Pourtant, le film reste en marge, Luigi Bazonni préférant faire vivre à son personnage principal un voyage en prenant son temps. Car soyons honnêtes, Le Orme est un film d’ambiance déroutant. Heureusement, il est mené avec beaucoup d’efficacité, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, son scénario éclaté distille de nombreux indices qui poussent le spectateur à être à la fois perdu et hypnotisé jusqu’à la conclusion incroyable et fascinante. Le personnage d’Alice est interprété par la charmante Florinda Bolkan (Les Damnés, Enquête sur un Citoyen au dessus de tout soupçon et le Venin de la Peur de Fulci), qui permet une identification à la fois curieuse et captivante. La tâche était pourtant ardue, de nombreux scénarios n’arrivant pas à tenir sur la longueur en dosant mal les indices. Ici, le tout n’est certes pas révolutionnaire, mais à la fois malin, bien mené et efficace.
La seconde force réside dans son cadrage. Au lieu des habituelles caméras portées, le chef opérateur Vittorio Storaro (Apocalypse Now, le Dernier Empereur) étouffe Alice en l’isolant dans des photographies étranges, la suit en plein cœur de la forêt ou dans des vieilles bâtisses comme un musicien suivrait la partition d’une symphonie. Avec ces éléments savamment dosés, on est proche du fantastique, univers que le réalisateur évoque sans jamais attaquer de front. Et c’est bien là où le film est passionnant : rêve ? réalité ? folie ? ce n’est que dans la conclusion quasiment surréaliste que la réponse nous sera donné. Le film est donc un pur produit contemplatif, une plongée dans une sorte d’épisode de la Quatrième Dimension sauce Italienne, appuyée par sa très jolie musique signée Nicola Poviani et sa galerie de personnages énigmatiques.

Très bonne surprise (surtout pour une rareté), Le Orme n’en est pas pour autant un chef d’œuvre. En effet, le film souffre d’un manque d’audace qui était de rigueur à cette époque. Surtout que les scénarios sur le même principe (empathie d’un personnage amnésique qui découvre la vérité en même temps que nous) pullulent depuis très longtemps. Disons plutôt que nous avons avec le Orme un film qui mérite un coup d’œil et qui possède de nombreuses qualités qui raviront les fans du genre appréciant d’être manipulés. Les amateurs d’hémoglobine passeront leur chemin. Précisons aussi que Klaus Kinski, crédité, ne doit pas apparaître plus d’une minute dans le métrage, astuce de producteur afin de mettre son nom en gros sur l’affiche.
Pour cette première mondiale sur support DVD, Shameless offre un film dans des conditions certes très moyennes (les sources du master sont diverses, notamment des passages tirés de VHS, et l’image a constamment une petite mouvance assez désagréable, rendant la photo de Vittorio Storaro très banale), mais qui ont plusieurs avantages. En effet, la version est apparemment complète, et elle a comme avantage d’être en Italien et sous titrée en anglais. Le son est clair, et les bonus tournent autour des teasers, trailers et autres éléments promotionnels d’époque du film, ainsi que les 20 trailers des autres titres de l’éditeur.
Voilà donc un DVD à acquérir si jamais vous cherchez un petit film atypique, qui mérite qu’on s’y attarde, surtout pour sa magnifique conclusion. Cependant, il n’est pas question ici de film culte ou essentiel. mais l’amateur saura certainement y trouver son compte.


Merci pour le conseil. DVD commandé à amazon.co.uk et reçu ce matin — en même temps qu’un autre DVD Shameless, « The Designated Victim » de Maurizio Lucidi, remake de « Strangers on a Train » avec Tomas Milian et Pierre Clémenti.
B
De rien, en espérant que ce petit film atypique qui mérite le coup d’oeil vous plaise… Designated Woman est un film à la frontière entre le giallo et un drame psychologique… Il est lui aussi un film qui mérite le coup d’oeil pour sa relecture du Hitchcock. il était passé sur canal Plus dans un cycle Cinéma de Quartier sur des Inédits d’Italie.
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[...] Plus d’informations via notre critique du film ici, disponible chez Shameless entertainment en VO sous titré anglais. [...]
[...] Shameless nous a proposé des petites pépites du cinéma italien, comme Femina Ridens, ou encore Footprints (Le Orme) de Luigi Bazzoni, dont nous vous parlions il y a déjà pas mal de temps [...]