Le L.U.F.F. réouvre ses portes
Par Sylvain PERRET • 23 sept 2009 • Categorie: News, Séances spéciales • Contacter l'auteurTout au long de l’année plusieurs évènements tournant autour du cinéma ont lieu un peu partout en France et dans les pays limitrophes. Alors même si nous n’avons pas nous-même le temps de nous rendre dans tous ces festivals et séances spéciales, nous ne pouvons que vous conseiller de vous y rendre. Car même si en sortant des grandes villes il est un peu moins aisé d’avoir accès à toutes ces projections, le travail que font ces organisateurs est remarquable.
Arrêtons nous un moment sur le LUFF, ou Lausanne Underground Film and Music Feestival. Alors que la huitième édition va ouvrir ses portes au Casino de Montbenon du 14 au 18 octobre prochain, le hasard nous a fait rencontrer Julien Bodivit, son organisateur lors de l’Etrange Festival. Il nous a décrit la programmation et l’état d’esprit de ce qu’il en serait de cette édition. Ca tombe bien, nous avons depuis quelques jours ouvert une rubrique où nous mettons en avant les rassemblements de ce genre.
Voilà les informations que nous avons reçu à cette occasion :
Jack Smith and the aesthetic of camp cinema
L’enthousiasme flamboyant du camp théâtralise le quotidien. La posture de dandy excentrique adoptée par le milieu gay avec des figures telles que Jack Smith et Andy Warhol est relayée par la génération suivante et le glam trash de John Waters. Les vulgaires séries B hollywoodienne des années 1940 et les costumes kitsch de la plantureuse Maria Montez, deviennent le registre favori de Jack Smith (1932-1989), figure centrale de ce programme. Le luxe de pacotille qui prolifère dans son film culte Flaming Creatures rejoint la surenchère de frivolité des frères Kuchar ; le jeu de travestissement des identités sexuelles est tout ce qu’Hollywood ne peut se permettre. En contrepoint aux films de Smith présentés par l’auteur des fameux films flicker Tony Conrad, les projections de Camp de Warhol, Chumlum de Ron Rice ainsi que Blonde Cobra de Ken Jacobs refléteront la sensibilité camp. Enfin, le spécialiste Jack Stevenson tiendra une conférence avec des extraits de films rares.

The Dark Side of Swiss Cinema
Il était inévitable que dans sa quête de pellicules “différentes”, le luff se penche un jour sur le patrimoine cinématographique national. Plutôt que de nous focaliser sur un type de film précis, nous avons opté pour une approche plus globale, avec la volonté de mettre en avant des films qui tranchent avec l’idée généralement répandue d’un cinéma suisse se cantonnant aux documentaires rangés et aux drames minimalistes. Une idée fausse, que notre programmation vient pulvériser en s’orientant, entre autres, vers le cinéma d’horreur avec le sanglant Bloodlust, inspiré du tristement célèbre vampire de Nuremberg (un sadique nécrophile qui sévit au début des 70’s) ; la fable fantastico-écolo L’Araignée noire – jadis gros succès populaire, aujourd’hui oubliée de tous – ; le documentaire culte engagé Züri brännt ; ou encore, les expérimentations de Peter Liechti autour de la musique du mythique duo Voicecrack avec Kick That Habit… ainsi qu’une sélection d’œuvres contemporaines, allant du film musical à l’expérimentation sataniste.
Kerry Laitala : Muse of Experimental Cinema
Kerry est sans doute l’une des réalisatrices expérimentales les plus inventive et originale de la scène américaine contemporaine. Experte en impression optique et en manipulation des photogrammes, elle se spécialise dans l’altération de found footage pour produire ses propres films. Son inspiration, elle la tire de cinéastes d’avant garde, comme Phil Solomon et Paul Sharits, dont on peut retrouver certaines textures et propriétés physiques du médium, au sein desquelles elle injecte une dimension biologique et médicale, héritée de son parcours professionnel dans l’industrie médicale. En résulte une oeuvre envoûtante, dont les images obsédantes et les bandes originales plongent le spectateur dans un état proche de la transe. Pour s’en rendre compte, Kerry Laitala sera parmi nous afi n de nous présenter deux programmes : Journey into Darkness, qui regroupe ses films les plus sombres et les plus angoissants ; et Muse of Cinema, qui propose de plonger aux origines mêmes de la technologie du septième art.

Jack Stevenson presents : Fall of the Wall
Il y a vingt ans, le mur de Berlin tombait, ensevelissant avec lui la quasi-totalité des régimes communistes européens. Afin de commémorer cet événement majeur de l’Histoire moderne, le luff et l’historien et écrivain Jack Stevenson vous proposent de vous pencher sur quelques bandes de propagande américaine anticommuniste. Dans les années 1950 –1960, le cinéma de science-fiction était le domaine de prédilection des métaphores antirouges, avec des petits classiques comme The Angry Red Planet, ou Invaders from Mars. En revanche, moins connu est le film à l’affiche du luff : Red Planet Mars, réalisé par Harry Horner en 1952, dont l’idéologie outrancière laisse penser qu’il fut produit par un mouvement d’extrémistes religieux ! Un must pour tous les étudiants de science Po et théologie. À cela s’ajoute une compilation de bandes propagandistes comme le mythique Red Nightmare et son portrait d’une famille us modèle sauvagement annihilée par le péril rouge !
The New Lost Films of JX Williams
En 2005, le luff invitait Noel Lawrence, l’homme à la tête des archives de jxWilliams, afin de vous faire découvrir les quelques rares films visibles de ce réalisateur maudit. Après quelques années de recherches effrénées à travers le globe, Noel Lawrence revient avec un nouveau programme composé de fragments de longs-métrages, aujourd’hui disparus, ou d’extraits de films actuellement en phase de restauration. Parmi ces bandes, la démarcation pornographique des 400 coups de François Truffaut par ce cinglé de jx : The 400 Blow Jobs, l’un de ses nombreux films x, mais probablement le dernier visible aujourd’hui. En complément à ce programme sera projeté JXWilliams’ LA, documentaire signé Noel Lawrence et Chris Manz, portant sur la relation particulière que le cinéaste blacklisté entretenait avec La Mecque du cinéma. Une parfaite mise en bouche en attendant The Big Footnotes, le documentaire définitif sur la vie de Williams, actuellement en cours de production.

Carte blanche à Stephen O’Malley
O’Malley, l’une des deux têtes pensantes de Sunn O))), possède une culture musicale gargantuesque, mais est aussi très friand de films musicalement orientés. L’occasion pour nous d’accueillir une section Music in Films un peu inhabituelle, puisque majoritairement programmée par un musicien. Son premier choix s’est porté sur la perfo JO de Cameron Jamie et Keiji Haino. Un morceau énorme qui risque de marquer les annales du luff au fer rouge. Pour le reste, sa sélection empreinte des directions inattendues avec les documentaires In Between the Notes, ayant pour sujet l’œuvre du musicien indien Pandit Pran Nath ; et Mellodrama, à propos du… mellotron, un instrument de musique à bandes magnétiques très usité dans les 70’s. Et comme pièce de résistance : Until the Light Takes Us, qui se penche sur la scène black métal, qui vit le jour en Norvège à la fin des années 1980, avec des interventions de membres des groupes fous furieux et brûleurs d’églises que sont Mayhem et Dark Throne…. Et où on apprend qu’enfer en norvégien se dit helvete. Dingue…
Cameron Jamie’s social theatre
En parallèle à la projection de JO (2004), le LUFF accueillera d’autres films de Cameron Jamie : BB, (1998-2000), Spook House (2002-2003) et Kranky Klaus ( 2002-2003). Trois courts-métrages aux images fascinantes et percutantes, portées par les riffs tranchants comme des scalpels des mythiques Melvins. Trois pièces qui illustrent ce que l’artiste nomme le théâtre social et qui respectivement mettent en scène le phénomène du backyard wrestling ; la préparation de maisons hantées en vue de la célébration de Halloween ; et la célébration païenne du Krampus – sorte de démarcation monstrueuse du Père Fouettard – se tenant tous les 6 décembre à grands renforts de processions costumées. Le résultat, mentalement explosif, oscille entre le poème visuel cauchemardesque et la peinture de moeurs décalées.

Film de clôture : Otto; or, up with Dead People, de Bruce La Bruce
Et si la scène alternative berlinoise était envahie de zombies homosexuels avides de sexe et de sang ? C’est le sujet du dernier opus de Bruce La Bruce, réalisateur culte de la scène gay underground. Après des projections aux respectables festivals de Sundance et Berlin, le provocateur canadien viendra le présenter à Lausanne. Qu’on se rassure, malgré ces prestigieuses sélections, l’auteur de Hustler White n’a rien perdu de son humour sarcastique et de son goût pour la satire socio-politique. Il a juste assaisonné son style à l’hémoglobine !

Evénement spécial : JO, de Cameron Jamie
Performance solo du guitariste culte Keiji Haino sur le film JO (2004), de l’artiste ethnographe des sous-cultures Cameron Jamie, dans le cadre de la carte blanche O’Malley. Séance-performance extraordinaire pour laquelle la salle Paderewski se verra munie d’une installation sonore et d’un écran géant spécialement adaptés pour l’occasion.
Rajoutez à cela des concerts, des courts métrages, des petites perles à découvrir et surtout des débats cinéphiliques entre fans lors de la troisième mi-temps. Et même si nous regrettons déjà de ne pas y aller (on me souffle qu’Amer, dont nous vous parlions hier, sera projeté) ce n’est pas une raison pour ne pas vous en parler, non ?
Plus d’information sur le site du festival :

