The Greatest Mother of Them All (Robert Aldrich)
Par Sylvain PERRET • 6 oct 2009 • Categorie: Films 1Kult, Focus • Contacter l'auteurNous vous parlions déjà de ce film il y a quelques mois lors du dossier consacré à la sortie du Grand Couteau. Pourtant, celui-ci n’existe pas en tant que tel. En effet, The greatest mother of them all n’est pas à proprement parler une œuvre, mais plutôt une maquette promotionnelle de 20 minutes qu’Aldrich a réalisé en vue de pouvoir lever des fonds auprès des producteurs. 20 minutes étranges, qui étaient projetées à la Cinémathèque dans le cadre de la rétrospective Aldrich, dans lesquelles on découvre ce qui aurait pu constituer une très grande réussite à coup sûr.
Voilà ce que nous vous disions il y a quelques mois à ce propos il y a quelques mois : Un autre de ses projets avortés est à rapprocher des trois films, évoqué dans la biographie de Jean Pierre Piton : The Greatest Mother of ‘em all, dont il tourna 20 minutes promotionnelles rarissimes. C’est une adaptation du livre de la mère de Beverly Aardland, qui vendit littéralement sa fille à Errol Flynn. « C’est une extraordinaire histoire d’amour, surtout si l’on considère la façon sordide dont elle a commencée » confia Aldrich à la revue Positif en 1976. Il est plus que probable que Aldrich aurait livré une nouvelle critique, un nouveau volume à ce qui aurait pu constituer une tétralogie. Nous nous contenterons de ces trois incroyables films d’exception.
La véritable Beverly Aardland, qui a servi d’inspiration à ce film
Dorénavant, nous pouvons vous parler de ces 20 minutes promotionnelles, reprenant l’univers de son auteur. On découvre le temps d’une bobine des séquences où une adolescente flirte avec un jeune garçon de son âge. Monté sur une musique de Simon & Garfunkel (nous sommes en 1969, en plein flower power et deux ans après le Lauréat de Mike Nichols), cette sorte d’habilage entrecoupe les passages narratifs, semblant donner une caution romantique à l’histoire tragique qu’attends la jeune fille. Tout d’abord, on la découvre sur une scène d’un cabaret de troisième zone, où elle réalise un triptease sous l’œil d’une femme plus mûre qui semble être son impresario. Mais elle est aussi repérée par un cinquantenaire intéressé qui l’invite à venir chez lui, en échange de quelques billets qu’empoche son agent tout en nous révélant que cette dernière est en fait sa mère. On retrouve la jeune fille chez le vieil homme, sous ordre de sa mère, qui se révèle très juvénile et enfantine.
Les deux protagonistes couchent ensemble. Plus tard, l’homme découvrira que la fillette est en fait âgée non pas de 18 mais de 16 ans, ce qui ne semble pas la gêner outre mesure. Son amant lui révèle sa gène, et lui confie son amour et décide de l’épouser. Pourtant, il s’avèrera que celui-ci est encore mariée, et après une confrontation où la fille découvre qu’elle allait littéralement vendue à un tripot sordide par sa mère et que son journal intime a été ouvert et va être confiée à des journalistes, elle retourne dans les bras de son amant. Or, ce dernier est apparemment toujours mariée, et sa femme vient se joindre aux ébats sexuels dont la jeune fille participe malgré elle.

Sensation étrange à cette histoire prometteuse racontée à la manière d’un Reader’s digest. Pourtant, à la vue de ces éléments, on comprend ce qui a pu plaire au réalisateur : le cynisme du milieu du spectacle, un récit sans concession, une approche atypique de la sexualité (une jeune femme avec un vieil homme, puis cette jeune femme avec la femme de ce dernier), une plongée vers un final fataliste et nihiliste, tous les éléments étaient là pour que le père du Démon des Femmes, d’Attaque et de Fureur Apache nous livre une nouvelle grande oeuvre.
Cependant, signalons que même si Ann Sothern (encore une actrice Hollywoodienne déchue) et Peter Finch (déjà vu dans le Démon des Femmes du même Aldrich) interprètent brillamment leurs rôles (encore une fois sans détour, mais avec finesse), on ne peut pas en dire autant de Alexandra Hey. Son personnage de lolita aurait été certainement tiré entre deux directions, surtout connaissant Robert Aldrich : une enfant perdue jouant à l’adulte, et une peur face à la découverte de sa sexualité, de ses désirs et de son charme. Pourtant, l’actrice semble bien incapable d’exprimer ses ressorts et de créer cette dualité. Suivent donc des séquences où elle joue une adolescente en sonnant faux, et une autre où elle semble trop à l’aise.

Notons pour finir un autre point important, qui rend cette œuvre intéressante, même si cette partie aurait disparue lors d’un vrai tournage. En effet, comme le film fut tourné en 35 mm et demandait certains moyens, Aldrich décida de tourner les séquences de foule avec des mannequins, ou encore avec des décors et des éclairages à peine esquissés. Il reste donc non seulement un aspect de maquette, formidable leçon des obsessions du réalisateur (qui ne gardait ici que l’essentiel, le superflu étant juste imaginable par le spectateur) mais aussi une ambiance expressionniste. On découvre alors des portes immenses donnant sur des pièces sans accessoire, des lumières rappelant l’univers de Bava, d’Argento ou même de Suzuki, et le cabaret devient angoissant avec tous ces corps sans vie.

Robert Aldrich sur le tournage du Vol du Phoenix
Ce film “publicitaire” qui n’aboutit sur rien est malheureusement très peu visible. Certes, il n’est réservé qu’à une caste assez restreinte de cinéphiles. Pourtant son apport est assez important pour les amateurs de Aldrich, car il permet de décoder, d’imaginer ce qu’aurait été ce projet au final. De plus, les obsessions du réalisateur sont bien là, et nous découvrons un film qui constitue un outil d’analyse fascinant, qui nous montre des visions, des couleurs, des formes auxquelles Big Bob tenait et qui se seraient probablement retrouvées dans ce qui aurait probablement été un nouveau grand film.

incroyable article. Merci beaucoup
Merci beaucoup ! cela fait très plaisir, surtout venant de ta part… Sinon, dans le même style, il y a un Tod Browning qui passe ce soir à la Cinémathèque… je ne pourrai malheureusement pas y aller, mais ça peut t’intéresser…
Je suis entièrement d’accord avec ton avis Sylvain mais juste pour faire mon chieur de base. Un bobine, ça fait plutôt 10 minutes
il y a 2 styles de bobines, mon cher Bruce… des pellicules de 600 mètres ça fait 20 minutes !