Kaamelott : fini de rire !

Par Sylvain PERRET • 17 nov 2009 • Categorie: Dossiers, FocusContacter l'auteur

La sixième saison de Kaamelott prend fin, clôturant ainsi les aventures télévisuelles du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, en attendant son retour sur grand écran. Le temps est venu pour nous de faire un point sur cette série qui a connu une véritable évolution tant sur le fond et sur la forme. Or, même si Kaamelott est apprécié du grand public et connait de nombreux fans, il est évident que les forces et faiblesses de la saga, détonnant dans le paysage télévisuel français pourtant mornes, ne viennent que d’un seul homme, Alexandre Astier. Pourtant, les deux dernières saisons avaient pris (volontairement) les spectateurs, et beaucoup avaient été déçus par cette évolution. Attention, ce dossier comporte des révélations…

Kaamelott - Livre VI

Retour sur les faits. Alexandre Astier réalise avant même la série le court métrage Dies Irae, reprenant déjà tous les éléments de la saga : les acteurs interprètent déjà leurs personnages, et les caractères de chacun semblent déjà bien définis. Le rythme et des dialogues prennent déjà la tournure que l’on connaîtra ensuite. Et déjà, Alexandre Astier multiplie les casquettes : acteur, scénariste, dialoguiste, réalisateur, compositeuir musical, et monteur de certains épisodes. Le projet, vendu à M6, voit sa durée réduite, mais la recette semble la même en apparence, et ce jusqu’au Livre III, qui voit se mettre en place des intrigues qui nécessitent de voir les épisodes dans l’ordre : le départ de Lancelot avec la reine, le remariage du roi, l’homme mystérieux dans les bois, trahisons, complots… Alexandre Astier montre déjà qu’il pense sa saga en amont. Très rapidement, les sous-entendus sur l’amour que porte Lancelot à Guenièvre est souligné, et ce dès la première saison. Plus tard, Léodagand découvre que Arthur est romain. De plus, certains détails, comme la bague que le roi porte à son doigt depuis le début, auront en fait un but ou une explication narrative.

Il est donc certain que Alexandre Astier, et c’est là la grande force de la série, en contrôlant tous les paramètres, cherche à mettre en place son univers comme il l’entend, et ce car il possède clairement une vision d’ensemble. Nous en avons la preuve sur les détails cités ci-dessous, mais aussi sur le rythme de la saga. Nous avons dit que le Livre V, par son ton plus noir, avait laissé plus d’un spectateur perplexe. En effet, Arthur devient de plus en plus dépressif, et verra cette saison se conclure sur le roi dans sa baignoire les veines ouvertes.

A la question “comment en est-on arrivé là ?”, il suffit de voir que chaque saison voyait son ton devenir petit à petit plus sérieuse. Vers la fin de la saison 4, Arthur quitte sa nouvelle femme et ce dans un monologue qui laisse en suspens le ton qui sera désormais celui de Kaamelott. De plus, cette évolution était nécessaire, tant pour le spectateur que pour son auteur.

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En effet, si l’on regarde les premières saisons, il y a deux solutions : soit on photocopie les épisodes jusqu’à épuisement de la saga et les personnages, sans réelle évolution ni point de vue d’ensemble globale. C’est ce que souhaite une chaîne de télé généralement, car cela permet une fidélisation relative, et cela n’oblige pas de la part des spectateurs de suivre tous les épisodes pour comprendre l’intrigue, car celle-ci commence et prend fin à chaque numéro. Seconde solution, celle d’un auteur : construire quelque chose de cohérent. Astier a été malin : sous couvert de n’être qu’une version supplémentaire de Caméra café ou de Un gars Une Fille, il s’est rapidement arrangé pour tout prévoir.

On peut même dire que son passage à la télévision n’est qu’une étape entre le court métrage et la trilogie de Kaamelott sur grand écran dont le premier volet arrive au cinéma en 2012. Si l’on pense à ça, tout devient logique : le passage du format de 3 minutes 30 à 7 minutes, puis à 40, puis à 52, la sérialisation des intrigues, les caractères des personnages qui s’intensifient, la forme de la série qui passe d’un simple champ-contre champ à des mouvements plus complexes et travaillés, comme des travellings, des plans de grues et une amélioration de l’esthétisme global, la délocalisation des lieux de tournage de Paris à Lyon, ville natale d’Alexandre Astier, etc…

Il est très intéressant aussi de se reporter aux bonus du Livre V de la série pour comprendre plusieurs choses. Tout d’abord, il existe une sorte de problème sur les premiers épisodes de cette cinquième partie. En effet, l’espace et le temps sont mal gérés, et l’on passe d’un récit à un autre, d’une intrigue à une autre assez difficilement. Il est clair que le changement de format a été imaginé pour permettre une diffusion en récits de 40 minutes pour les prime et la vidéo, mais aussi de 7 minutes pour les quotidiennes, ce qui a tendance à briser le rythme global de la narration.

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De plus, et ce sont les aveux d’Astier lui-même, le changement de ton a posé des difficultés de minutage global de chaque épisode. En effet, ici le dialogue s’efface parfois pour laisser place à des silences nécessaires à la diégèse. Bien évidemment, Astier a dû changer sa manière de monter, de filmer, de réaliser, et il est certain que le récit, plus cinématographique, s’est d’abord fait dans la douleur. petit à petit, le ton est trouvé cependant. Précisons aussi que le tournage fut clairement plus douloureux que d’habitude. On découvre ça dans les bêtisiers. Là, les fous rires ne sont pratiquement plus que nerveux, et ceux-ci sont plusieurs fois instantanément coupés par le réalisateur, qu’on entends hors champ relancer ses acteurs. Le ton de ce petit module prêtant généralement à montrer la bonne humeur de l’équipe montre des conditions plus tendues et stressantes que d’habitude.

Pourtant, ce Livre V, par sa dissonance évidente, prenant son spectateur à rebrousse poil, est admirable. Abordant des thèmes plus personnels (Arthur, c’est Astier), comme la peur et la fatigue face à son destin, l’envie de donner la vie, de transmettre un héritage, la peur de vivre, bref, Astier interroge son personnage et par là-même l’utilité de sa quête.

Les dernières secondes finiront de forcer le respect face, non seulement aux autres séries françaises, mais surtout quand on découvre l’évolution vertigineuse et la direction que prend celui que l’on peut appeler un auteur. De plus, là où la cinquième saison finissait sur la tentative de suicide d’Arthur, la suivante commence 15 ans plus tôt.

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L’explication est simple et sera révélée lors du neuvième et donc ultime épisode télévisuel de la saga : Arthur, à l’article de la mort, raconte et révèle sa vie afin que la légende soit inscrite avant qu’il ne rende l’âme. Comme nous l’avons dit plus haut, il est évident que l’exercice de préquelle, le plus souvent révélateur d’un manque d’idées scénaristiques, est ici admirable. non seulement celui-ci est justifié, mais aussi nécessaire pour découvrir le changement de caractère d’Arthur. De plus, il est évident qu’Astier ne fait que révéler ce qu’il avait en tête depuis le début de sa saga.

En effet, se déroulant à Rome 15 ans plus tôt, ces épisodes s’inscrivent parfaitement dans le récit, car Alexandre Astier connaissait à l’avance les grandes lignes narratives de sa saga. Il est donc évident que les films à venir étaient par là-même écrits dès le début.

Cette sixième saison, qui sur le papier pouvait donc tomber dans les écueils d’un tel exercice, réussit pleinement à se raccorder à la saga. Pourtant, et c’est le sujet le plus délicat, Alexandre Astier est-il un grand réalisateur ? Le point mérite d’être appuyé, mais il est plus que probable que, entouré et passionné par le monde des acteurs, et acteur lui-même, celui-ci préfère garder un plan techniquement plus faible face à une prise où un comédien est meilleur.

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D’ailleurs Alexandre Astier est un amoureux des acteurs. On le voit lors de la multiplication des plans-séquences lors de cette saison. Cependant, il faut aussi lui reconnaitre plusieurs idées de mise en scène. L’ouverture du premier épisode, et sa conclusion voyant Arthur enfiler pour la première fois une couronne et simultanément un masque, l’angoisse et la peur face aux responsabilités qui se révèlent à lui petit à petit, mais aussi de petits moments où sans un mot, l’émotion arrive à passer par des non-dits et des mouvements, une grande force lorsque l’on sait que Astier a connu le succès par ses dialogues et ses ambiances empruntes d’Audiard et d’acteurs jouant leurs textes généralement immobiles (autour d’une table, sur un trône, etc…).

L’exemple le plus frappant suit le premier mariage d’Arthur. Ne devant pas être vu avec sa femme, il marche derrière elle durant plusieurs secondes, selon les ordres de celle-ci. Et puis, celle-ci s’arrête et sans un mot est rejoint par celui qui est depuis peu son nouveau mari. Séquence magnifique montrant combien Astier ne cherche pas à juste dire par la parole, mais aussi par la mise en scène.

Mais il ne dit que peu par la caméra, et c’est bien là sa limite. En effet, au contraire d’un Lumet ou d’un Mankiewicz, Astier n’utilise pas (pas encore ?) sa caméra pour exprimer quelque chose, mais pour montrer. Précisons que le passage du petit au grand écran ne se fera pas directement, Astier souhaitant réaliser un film précédemment (film dont le tournage devait se faire il y a peu, avant que Alain Delon se retire du projet peu avant le premier tour de manivelle), peut-être cherche-t-il justement à parfaitement bien maîtriser le langage audiovisuel.

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Cependant les bases sont là, et il est admirable de découvrir le chemin qu’a réussi à parcourir la petite capsule servant à remplir l’espace télévisuelle entre deux séquences publicitaires. De plus, les défauts de la série en font aussi sa grande qualité. Si Astier multiplie les postes, c’est qu’il ne souhaite probablement pas voir son travail transformé par autrui. le récent succès critique et artistique d’une série comme Braquo montre que la vraie réussite d’un programme télévisuelle français est possible si celui-ci n’est pas protéiforme, comme c’est souvent le cas sur ce média, et de plus en plus fréquent sur grand écran : la multiplication des scénaristes, scritp doctors, coupes de producteurs, contraintes publicitaires et budgétaires, respect d’un spectateur trop large font que la plupart des programmes se transforment en des produits lisses et sans la moindre personnalité.

Cela, Astier l’a bien compris, et il arrive même à finir par une très belle séquence en appelant son public à le rejoindre plus tard dans les salles. Habité d’une nouvelle envie de vivre, il va dès lors suivre un nouvel entraînement, et ce afin de reconquérir la Bretagne. Il va devoir recommencer, comme 15 ans avant, à reprendre confiance en lui-même (après avoir reconquis celle du public). C’est alors qu’accompagné d’une musique Morriconéenne (sample du Jo avec Louis de Funès, à qui Astier rend hommage ici) , en montage parallèle, Arthur arrive à se souvenir de la première fois où il enleva l’épée (ce souvenir oublié depuis… la première saison), réapprend les bases dans l’ombre au ralenti (il doit rejoindre la lumière et cela de manière lente).

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Puis simultanément à un travelling arrière, des barres scope descendent sur l’écran, accompagné du texte suivant : Bientôt, Arthur sera de nouveau un héros. Par cette séquence, enterrant une bonne fois pour toutes le format télévisuel de la série, Astier nous donne rendez-vous au cinéma en 2012.


L’ultime séquence de Kaamelott. Attention aux révélations…

Et au vu de cette formidable conclusion, nous espérons de tout cœur le retrouver avec de telles idées cinématographiques.

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Enfin 6 commentaires. Et vous ? »

  1. Intéressant. J’ai lu l’article parce que je ne suis pas un amateur de Kaamelott — et de séries télé en général, surtout françaises ! Mais ayant entrevu par hasard la dernière saison sur M6, j’ai été très troublé par le ton, le format et les moyens qui semblaient avoir beaucoup changé de l’image lointaine que j’avais de Kaamelott, programme court au comique aléatoire plus tributaire de ses bons acteurs que de la qualité de ses dialogues (n’importe quelle ligne de texte se transforme en or dans la bouche de François Rollin).

    J’ai donc été scotché par cette fin de série, sans l’avoir jamais suivie, en me demandant comment elle avait pu évoluer dans ce sens. L’article me donne des éléments de réponse.

  2. Article très intéressant qui montre la belle évolution d’une des rares séries françaises qui vaille la peine d’être regardée. Pourtant, comme l’article le dit, l’évolution ne s’est pas faite sans problème. Et j’ai bien cru à un moment que le changement de direction d’Astier allait détruire sa série. Le pus difficile étant selon moi le début du livre IV. On y a des épisodes plus longs mais parfois pas très drôles car Astier fait avancer l’intrigue. Le pire, peut-être, les épisodes sur Lancelot et Guenièvre qui tombent souvent à plat. Astier se cherche et se trouve en réussissant très vite à donner une autre dimension à sa série… Les autres défauts resteront pour moi anecdotiques. Et le livre VI laisse espérer un long métrage maîtrisé. Les seuls reproches que j’aurai envers ce dernier seraient 2 moments où la réalisation m’a un peu choqué: la scène d’ouverture du 1er épisode et la scène où Arthur et Aconia se retrouvent seuls chez Sallustius. Dans ces 2 scènes des caméras épaules désagréables qui font qu’on se demande ce qui se passe côté technique et surtout pourquoi ? Mais comme je le disais, tout ça est anecdotique. Et même si je pense qu’Astier n’avait pas tout prévu d’avance, ce dernier livre lui sert abilement à justifier ou expliquer pourquoi il ne couche pas avec Guenièvre. Ou encore des choses qui relèvent plus du détail comme: Ce qui est vraiment arrivé au frère des jumelles du pêcheur, la fascination de Perceval pour l’espace et les étoiles… etc… Tout ça donne du corps à la saga. Éspérons donc une trilogie cinéma d’aussi bonne qualité :)

    Sinon petit détail, je crois que ce qui apparaît à l’écran à la fin du livre VI n’est pas: ‘Bientôt, Arthur sera prêt à redevenir un héros’ mais plutôt: Bientôt, Arthur sera de nouveau un héros.

  3. Très bon bilan en milieu de parcours pour cette série passionnante.
    Au fil de son évolution formelle, je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles avec la BD américaine, domaine que je connais un peu.
    La première formule de Kaamelott s’apparentait au comic-strip quotidien : un gag en trois ou quatre cases, brièveté, concision et humour ravageur.
    A mesure que les histoires s’étoffent, on passe à l’échelle du comic-book genre “continued story” à la Marvel, et peut-être même du “graphic novel”.
    Le Livre V, de par le cheminement d’Arthur, m’a rappelé le Sandman de Neil Gaiman, l’histoire d’un roi dépressif se dépouillant peu à peu des signes de sa puissance pour parvenir au suicide…
    B

  4. Merci pour tous vos commentaires… Effectivement, Breccio, ta remarque est assez pertinente (je ne connais pas trop l’univers des comics, mais je crois qu’à l’instar de son frère Simon qui y a consacré une série, Alexandre Astier en est très fan…).

    Et effectivement, j’ai fait une petite erreur Red Harling… je corrige ça dans la journée !

    Merci encore à vous, cette critique me tenait à coeur, car je suis un des seuls chez 1Kult à vraiment apprécier la série, que je considère comme cohérente et réfléchie.

  5. Un article très pertinent et une bonne analyse d’un otni(objet télévisuel non identifié), et que dire de la scène avec cesar/mondy racontant la plus belle journée de sa vie un grand moment d’émotion servi par une écriture au cordeau chapeau bas !!!

  6. histoire de voir la vidéo ailleurs… youtube.com/watch?v=DdwPwEiDfXw

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