The King of Comedy (Stephen Chow)

Par Sylvain PERRET • 27 nov 2009 • Categorie: Films 1Kult, FocusContacter l'auteur

Lorsqu’en Occident nous passons en revue le cinéma Hong Konguais, il est rare de s’attarder sur le Mo Tei Lau, humour cantonnais difficilement exportable, car généralement foutraque et très spécifique à l’ancienne colonie britannique. Pourtant, un homme a su s’exporter et voir plusieurs de ses films arriver chez nous. Nous parlons bien entendu de Stephen Chow, acteur et réalisateur de Shaolin Soccer et de Crazy Kung Fu. Mais même si le trublion a su faire rire les salles, limiter son succès et son talent à la comédie serait une erreur. En effet, la carrière du réalisateur est réfléchie et intelligente, mais surtout personnelle et touchante. Penchons-nous sur l’un de ses plus grands films, échec retentissant lors de sa sortie dans son pays d’origine, inédit chez nous mais aux qualités indéniables.

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Stephen Chow a commencé sa carrière comme animateur d’une émission télé pour enfant, et atteint rapidement une certaine notoriété. Il passe ensuite aux films d’actions, puis atteint la reconnaissance en tant qu’acteur avec All for the Winner, une parodie de God of Gambler, un succès local avec Chow Yun Fat. Il passe derrière la caméra dès 1994, avec Love on Delivery, une production Shaw Brother sympathique dans lequel il rend hommage aux mangas, à Bioman et autres Sentaï, à travers un personnage de livreur amoureux obligé de se cacher et de se masquer de sa dulcinée.

Vient ensuite Bons baisers de Pékin, pastiche de l’univers de Bond, avec son héros de boucher qui, malgré son échec au concours d’agent secret se voit recruté pour une mission périlleuse. Suivra God of Cookery où il interprète un cuisinier reconnu mais qui est en réalité un imposteur. Démasqué, il va essayer de reprendre son prix en s’entraînant.

Nous pourrions passer en revue toute la carrière de Stephen Chow et souligner déjà sur le papier une incroyable cohérence dans ses personnages. A chaque fois, que ce soit dans Forbidden City Cop, puis dans Shaolin Soccer, Crazy Kung Fu et CJ7, et bien évidemment dans The King of Comedy dont il est question ici, Stephen Chow aime les personnages de loser, des personnages populaires, dans le sens noble du terme, et généralement rejetés par la société.

C’est son univers, et c’est peut-être la lecture la plus intéressante de son cinéma. Stephen Chow réalisateur, s’entourant de la même équipe d’acteurs et de techniciens,  et avec une narration aux grands axes similaires, dépeint de son premier à son dernier film, une véritable œuvre sociale et autobiographique. Rien de plus évident dans The King of Comedy, véritable profession de foi de la carrière de l’artiste. Après une séquence pré-générique où Stephen Chow fait un vœux face à la mer, comme un enfant, ce dernier nous est montré dirigeant un film d’horreur, et motivant quelques figurants. On découvrira qu’il est lui-même figurant, sur un tournage de film d’action Hong Konguais dans le plus pur style de John Woo. Cependant, à l’instar de la Party de Blake Edwards, avec lequel il entretient plusieurs similitudes, Stephen Chow va faire systématiquement rater la prise, essayant avec sincérité et amour du cinéma de faire de son mieux dans cette production fauchée et commerciale.

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En 5 minutes, tout est là. L’humour, bien sûr, la parodie des succès du moment, les quiproquos. Mais au-delà de la blague potache propre au genre, Stephen Chow se montre tout d’abord enfantin, candide, puis proche des plus faibles, avant de se confronter au petit pouvoir, présenté de manière caricaturale par les œuvres qu’ils produisent (les mexican stand-off, marque de fabrique du père de The Killer et A toute épreuve, finissent au bazooka et une horde de pigeons volent en permanence) que par leur attitude eux-mêmes (les acteurs sont puants, le réalisateur possède des tics permanents). Notons aussi que le premier plan qu’il nous est donné de voir est ce plan impossible de film d’horreur. Impossible, car il est en fait montré via l’œil de la caméra et surtout le regard de Stephen Chow. C’est sa vision qu’il nous donne ici, peut-être une des plus intelligentes ouvertures d’un film réalisé par un acteur.

Or, un personnage le remet à la place, en nous apprenant de Chow est figurant et non réalisateur. Là encore, on sent clairement que Stephen Chow exprime sa difficulté à accéder au stade de réalisateur. Il faut ici préciser que le Mo Tei Lau est un genre généralement possédant un scénario non linéaire, passant sans soucis de la blague potache à la parodie, en passant par le film de Kung Fu, la romance et le film d’action. Ce mélange de genre est le plus souvent utilisé dans un seul but, celui de l’effet comique.

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Ici, Stephen Chow ne déroge pas à la règle. Mais en plus, il arrive non seulement à garder (tout du moins durant la majorité du métrage) une même ligne directrice, tout en offrant son propre point de vue doux-amer. D’ailleurs, les séquences se découpent afin de se répondre afin de comparer le statut de Stephen Chow dans le monde du cinéma de Hong Kong. On découvre donc entre un caméo de Jackie Chan, d’un pastiche de film de John Woo ou d’un final tournant au polar, un univers dans les bas-fonds d’un quartier pauvre où Stephen Chow donne bénévolement des cours de théâtre à des marginaux et des démunis. Il tentera par exemple d’apprendre Stanislavski à des Yakuzas de pacotille dans certaines séquences hilarantes.  Mais surtout c’est via ce cours que naîtra une idylle amoureuse entre notre héros et une hôtesse d’accueil (la belle Cécilia Cheung) venant prendre quelques leçons pour mieux soutirer quelques billets de plus aux clients.

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Encore une fois, on voit la passion de Stephen Chow pour les freaks de toute sorte, les rebuts de la société, qui prend la suite de l’univers de Tim Burton à ses débuts (depuis bien malheureusement oublié à grand renfort de dollars). Stephen Chow est un humaniste, et tout au long de son cinéma, il ne fait que décrire à travers son regard un univers grotesque et parfois un peu méchant, mais toujours enfantin. D’ailleurs, le montage de certains gag parfois un peu scabreux (lorsque Stephen Chow joue avec le sexe d’un enfant, ou alors la séquence où il doit pleurer au-dessus de l’actrice), mais toujours très cinématographiques (en montage parallèle, jouant avec le hors champ, comme lorsque l’hôtesse s’agrippe systématiquement à lui) montrent le réel talent de Chow, et renvoient aux grandes heures du slapstick du temps du muet, rappelant Chaplin, et son personnage de grand enfant un peu scatophile, inadapté social et à la recherche d’identité.

Un autre hommage, celui-ci clairement évoqué dans pratiquement tous ses films est bien évidemment Bruce Lee, maître à penser de Stephen Chow. Ici, il apparaît lorsque l’acteur interprète sur scène La Fureur de Vaincre. Ultra référentiel, donc, Stephen Chow, de par sa passion pour le Petit Dragon et certainement le cinéma muet, est réellement un cinéaste du mouvement. Son talent est dans la rupture de ton, un peu à la manière de Takeshi Kitano (toutes proportions gardées), qui ont un peu la même carrière, avec une reconnaissance en tant que pitre à la télévision, et le travail afin de réussir à s’exprimer en tant qu’artiste.

Tout cet univers arrive à se mélanger et exprime la folie un peu schizophrénique (et sadique) de Stephen Chow, mélangeant une séquence profonde ou parfois même banale, afin de briser l’univers mis en place par une blague parfois grasse, un jeu de mot ou un instant réellement romantique ou émouvant, livré comme une évidence.

Cette évidence, c’est le talent de ce réalisateur. Et même si la conclusion peut sembler tomber un peu à plat, il faut y voir un passage à l’acte, une certaine critique permanente au cinoche de Hong Kong, tant par la starification et l’oubli du jour au lendemain, que l’oubli du vrai travail d’acteur. Certes, c’est un peu branlant, mais le résultat, surtout après 80 minutes grandioses devient anecdotique pour ce film indicible sur le papier, par son ton purement visuel, mais à découvrir d’urgence.

Le film est disponible en DVD sous titré anglais de bonne qualité en import avec des sous titres anglais.

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Enfin 3 commentaires. Et vous ? »

  1. Très difficile de se procurer des Stephen Show à part ceux sortis chez nous et c’est bien dommage !!!
    Vivement que King of Comedy sorte … chez HK ou autre …

  2. [...] films de Stephen Chow (dont nous vous parlions déjà il y a quelques mois avec l’excellent King of Comedy), il n’est pas rare que le public occidental reste de marbre devant des films qui peuvent [...]

  3. [...] ces oeuvres se cache derrière le trublion un véritable auteur, selon nous, comme l’atteste The King of Comedy que nous vous présentions il y a quelques [...]

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