Amer (Hélène Cattet et Bruno Forzani)
Par Sylvain PERRET • 20 jan 2010 • Categorie: Films 1Kult, Focus • Contacter l'auteurAu vu de la production cinématographique actuelle, tout semble avoir été dit. C’est ce que veulent nous faire croire la déferlante de projets ne se résumant qu’à une sempiternelle routine de suites, remakes et préquelles tardives et le plus souvent opportunistes.
De plus, depuis que Saint Tarantino a eu les honneurs de l’intelligentsia, un amalgame entre cinéphile et cinéphage s’est mis en place. Alors que la question passionnante de la réévaluation d’œuvres d’exploitation a été lancée, en a résulté aussi une outrance parfois ridicule, où un obscur western spaghetti, un film d’horreur philippin ou un nanar Z étaient érigés au rang de grandes fresques cinématographiques.

Le résultat est aujourd’hui prégnant : on refait, on reproduit les succès et les codes d’antan, parfois même avec un cynisme ostensible, à l’instar du scandaleux The Hills Run Red, où le fan de cinéma seventies part faire un documentaire sur le film perdu d’un réalisateur oublié. La conclusion dépassera tout ce qui est combattu depuis des années par les amateurs d’œuvres extrême, où l’on nous explique tout bonnement que créateurs et amateurs d’extrêmes ne sont que des frustrés en plus d’être des monstres friands d’atrocités dans le monde réel. En gros, l’amateur de Halloween ou de Vendredi 13 n’aspire qu’à son premier massacre.
Bien évidemment, il existe de petites bandes beaucoup plus regardables, comme le sympathique Black Dynamite, qui pourtant ne fait encore une fois que reproduire la forme du matériau auquel il dit rendre hommage sans cependant à aucun moment en atteindre le fond.
Nous vous avions déjà exprimé notre véritable attente d’Amer, projet Franco-Belge de Hélène Cattet et Bruno Forzani, présenté comme un hommage à l’univers du giallo, qui compte beaucoup d’adeptes parmi nous. Ce genre, proche du polar et mélangeant sadisme, onirisme et érotisme pop prend naissance dans l’Italie des années 60 et 70 sous l’impulsion de Mario Bava et Dario Argento.
Les codes esthétiques inhérents au genre sont nombreux : tueur masqué ou silhouette, enquête complexe et alambiquée, fétichisme et violence des meurtres et érotisme palpable. Pourtant, la grande force du premier long métrage de Cattet et Forzanni, couple de cinéphiles élevé au biberon giallesque depuis longtemps (comme le prouvent leurs courts métrages baignant déjà dans cet univers) est de ne pas tomber dans le piège éculé et contemporain de la redite.
A tel point que Amer n’est pas un giallo. Il faut le voir comme un hommage, un des plus beaux que le genre ait connu, mais pas seulement. Avant tout, et ce malgré de très anecdotiques défauts, Amer est une incroyable expérience, un film unique, passionnant et passionné.

Décomposé en trois parties distinctes, la narration nous montre la vie de son héroïne principale à trois moments clés de sa vie. Nous la voyons errer dans sa maison de vacance familiale âgée de 10, puis 15 et enfin 30 ans, perdue entre expérience morbide traumatisante, éveil de la sexualité et frustrations exacerbées. Le film rappelle avant tout Repulsion de Roman Polanski, influence certaine sur le fond et la forme, sur le rythme et sur l’imagerie. Bien évidemment, certaines séquences évoquent aussi Le Locataire du même auteur.
Autre réalisateur à avoir nourri Amer, Sergio Leone. Son sens du rythme proche d’une partition musicale, son art du gros plan et de la narration par l’image a éduqué Cattet et Forzanni. Encore une fois, nous parlons ici de réflexion sur un langage et non pas une quelconque et vulgaire reproduction. Certes, ici et là, nous retrouvons des plans et des éléments déjà vus dans Suspiria ou Le Corps et le Fouet, une influence du segment La Goutte d’Eau des Trois Visages de la Peur sur la première partie, ou encore d’images rappelant certains films de Martino, Lado et consorts. Bien sûr, Amer baigne aussi dans la diégèse des Frissons de l’Angoisse, dont l’impact est conscient et revendiqué par nos deux réalisateurs.

Le résultat est d’une intensité charnelle et érotique rarement montrée sur un écran, rappelant les plus grandes œuvres du genre, comme Venus in Furs de Victor Nieuwenhuijs et Maart Je Seyferth, Subsconscious Crueltry de Karim Hussain ou encore le récent Innocence de Lucile Hadzihalilovic (lui aussi sous influence italienne). L’utilisation du montage, du découpage, de la photographie fait baigner le spectateur dans une volupté érotique hypnotique, que l’incroyable maîtrise et expérimentation sonore appuie. Et même si la seconde partie nous semble plus anecdotique et moins bien intégrée au récit, l”immersion pour ce voyage unique est totale. Imaginez une caresse intime d’une heure trente, raconté la plupart du temps en gros plans, un doigt sur un visage, un œil à travers une serrure, le vent dans une jupe, une goutte de sueur, le tout avec une pudeur qui n’a d’égal que son formidable pouvoir évocateur.
D’ailleurs,il faut vraiment préciser que Amer a été pensé pour la salle, et le meilleur DVD ou Blu-ray au monde, la plus précise installation hi-fi ne saurait rendre justice au film. Si vous ne devez voir qu’un seul film en salle en mars prochain, nous ne saurons que trop vous conseiller le premier film de Cattet et Forzanni, admirable de maîtrise, et qui deviendra très rapidement, nous en sommes certains, une œuvre culte. A vous de voir si vous voulez le laisser passer…
MAJ : Nous avions laissé passer une faute honteuse de notre part. En effet, le film Innocence a été réalisé par Lucile Hadzihalilovic et non pas Lucile Hazanavicius (mix improbable avec le réalisateur d’OSS 117). Vu le plus grand bien que nous pensons de la cinéaste, nous sommes profondément honteux de cette bourde véritablement inculte pour le coup…

[...] que nous venons de mettre il y a quelques minutes la critique du premier film de Hélène Cattet et Bruno Forzani, qui dépasse nos espérances et ne tombe pas dans [...]
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Si vous êtes aussi impatients que nous de découvrir cette œuvre alléchante, je rappelle que l’avant-première nationale française de Amer aura lieu le mardi 26 janvier prochain à Grenoble au Cinéma Le Club, dans le cadre du festival des Maudits Films dont 1kult.com avait si gentiment parlé ! Renseignements à cette adresse : http://www.festivaldesmauditsfilms.com/
Désolé de faire le pointilleux, mais employer un mot compliqué à mauvais escient, ça ne fait pas sérieux (mieux vaut employer des mots simples, à tout prendre). Une “diégèse”, c’est l’univers fictif spécifique d’une oeuvre de fiction. Donc, “Le Fléau” de Stephen King et sa saga de la “Tour Sombre” partagent apparemment la même diégèse, puisqu’on trouve Randall Flagg dans les deux (et dans d’autres livres de King aussi, d’ailleurs). “American Gods” et “Anansi Boys”, de Neil Gaiman, ont aussi la même diégèse, de même que, plus classiquement, tous les romans qui forment la série de la “Comédie humaine” de Balzac. Par contre, “Amer” ne “baigne” pas “dans la diégèse des ‘Frissons de l’Angoisse’”, sauf si c’est une suite ou un spin-off ou un cross-over, ou, de quelque manière, une histoire vraiment liée au film d’Argento par des personnages et/ou des événements en commun. D’après votre description du film, ça n’a pas l’air d’être le cas.
A part ça, merci d’attirer l’attention sur ce film qui a l’air, effectivement, trrrrès intéressant.
[...] que le film débarque dans un parc de salle et qu’on espère large, vous pouvez retrouver notre critique du film ici-même, ainsi que des teasers et extraits sur ce [...]
[...] est également l’auteur de l’affiche de notre premier coup de cœur ciné pour 2010, Amer). On aime ce genre de [...]