Pour une poignée de Gialli…

Par Sylvain PERRET • 5 mar 2010 • Categorie: Dossiers, FocusContacter l'auteur

Double actu giallesque avec la sortie de Amer en salle et des deux éditions DVD chez Néo Publishing consacrés au genre, avec L’Etrange Vice de Madame Wardh et Toutes les couleurs du Vice. Pour l’occasion, nous avons voulu mettre en avant 7 gialli plus ou moins connus, plus ou moins intéressants mais inédits chez nous en DVD, et représentant parfaitement le genre qui nous intéresse ici.

  • La longue nuit de l’exorcisme de Lucio Fulci

Lucio Fulci est un réalisateur qui s’est penché plusieurs fois sur le giallo, et certains de ses plus grands films sont inédits chez nous, malgré un réel travail éditorial de la part de Neo Publishing. Carole ou Les Salopes vont en enfer, Perversion story… ou cette Longue Nuit de l’Exorcisme, qui s’amuse à transgresser les codes du genre afin de le situer en marge des productions plus classiques. La campagne profonde cède la place aux grandes villes modernes, les points de vues se multiplient, mais l’essentiel reste là : un mystérieux meurtrier assassine des enfants, de manière sadique et cruelle, dans une atmosphère pesante et poisseuse, comme seul Fulci sait créer. Entre le benêt du village s’improvisant maître chanteur, la sorcière illuminée, et le journaliste en manque de potins sulfureux qui trouve de l’aide auprès d’une femme aux forts penchants déviants, le film n’épargne ni ses personnages, ni le spectateur pour un film sans équivalent à découvrir d’urgence. Au casting, nous retrouvons Tomas Milian, Florinda Bolkan et Barbara Bouchet, et Riz Ortolani signe une composition musicale magnifique d’un film qui n’est pas un ersatz de l’Exorciste comme voudrait le suggérer le titre français.

Le film existe en DVD chez Blue Underground en version anglaise sous le titre “Don’t Torture a Duckling”.

  • Quatre mouches de velours gris de Dario Argento

Roberto, un musicien, est pris sous le joug d’un maître chanteur. Il fait appel à un détective privé, mais celui-ci se fait assassiner sauvagement par ce dernier…

Des problèmes de droit rendent ce film quasiment inédit sur support numérique, et confèrent au troisième opus de sa trilogie animale un statut culte et mythique. Cependant, celui-ci, malgré ses nombreuses qualités, est le moins bon des trois épisodes. Certes, des grandes séquences ponctuent le métrage et les références au cinéma américain préfigurent l’univers tarantinesque (la Via Fritz Lang, l’ouverture à la Rio Lobo de Howard Hawks, l’assasinat dans le jardin d’enfants rappelle L’Homme Léopard de Tourneur, etc…) . De plus, Dario Argento s’amuse à démystifier certains codes (le personnage du détective homosexuel interprété par Jean Pierre Marielle) et préfigure les Frissons de l’Angoisse. Mais malgré tout cela, malgré un casting impeccable (Mimsy Farmer, Bud Spencer), le film n’est pas un chef d’œuvre, comme on peut le lire ici et là, la faute à des baisses de rythme régulières. Reste un très bon film cependant, qui mérite non pas d’être élevé au sommet du genre, mais qui reste ce que Dario Argento n’arrive pas à retrouver : un maelstrom d’idées visuelles et scénaristiques prouvant que le réalisateur était un véritable auteur. Il y a longtemps, malheureusement…

Le DVD paru chez Mya Communication est encore trouvable. En version anglaise uniquement, et dans une copie loin d’être irréprochable et coupée de quelques secondes en début et fin de pellicules…

  • The Killer Must kill again de Luigi Cozzi

Un homme décide de faire tuer sa femme afin de toucher un héritage. Pour cela, il fait chanter un tueur, qui doit s’exécuter de la tâche. Pourtant rien ne se pase comme prévu, et un long périple commence pour le meurtrier afin de retrouver la victime qui se cache dans sa voiture que l’on vient de dérober…

Luigi Cozzi, qui n’en est qu’à ses débuts, signe ce giallo efficace et rare, qui une fois encore décale les codes du genre en nous identifiant au tueur dans sa traque. Le suspense est relativement efficace, et l’originalité du film est à noter, ainsi que le jeu impeccable de Michel Antoine, qui vole la vedette à George Hilton le temps de cette traque.Une étrangeté certes loin d’être exceptionnelle, mais qui montre que les frontièrs du giallo peuvent être tordus afin de livrer un matériel original.

Le DVD paru chez Mondo Macabro possède une piste anglaise et Italienne, ainsi que des sous-titres anglais.

  • Qui l’a vue mourir ? de Aldo Lado

Réalisateur du très bunuelien Je suis vivant !, Aldo Lado remet le couvert avec Qui l’a vue mourir ?. Situé dans un Venise sale et moite, une jeune fille est tuée violemment. Le père, absent au moment des faits, va tenter de découvrir la vérité.

Décrivant le parcours d’un père meurtri en recherche de rédemption, Aldo Lado choisit de s’attarder sur une famille déchirée qui aura du mal à se recomposer. Interprété brillamment par  l’ancien 007 George Lazenby, Lado propose une marche funèbre superbement par une musique lancinante de Morricone, et dont les chœurs de cette contine enfantine vous envouteront longtemps après la vision de cette superbe œuvre quasi-intimiste et réaliste dans l’avancée de l’enquête.

Le film est disponible chez Blue Underground en version anglaise uniquement, comme c’est (trop) souvent le cas chez l’éditeur.

  • La mort caresse à Minuit de Luciano Ercoli

Valentina, un mannequin accepte d’essayer une nouvelle drogue pour un ami journaliste effectuant un documentaire sur le sujet. Mais sous son effet, elle a la vision d’un meurtre. Alors que son identité est révélé dans la presse qui publie les photos, elle découvre que non seulement le meurtre qu’elle a vu a bel et bien été commis il y a six mois, mais qu’en plus le tueur la recherche…

Si la réalisation n’apporte rien de particulier au genre, il faut noter que le scénario tordu, écrit par Sergio Corbucci, est prenant et efficace. Mélangeant le réel et l’imaginaire, il en découle un film pop respectant les codes du genre, et posédant quelques délires formels notables. Rien d’extraordinaire, mais le giallo c’est aussi ça : de petits films surfant sur des codes sans trop d’originalité, mais suffisamment de savoir-faire pour mériter le coup d’œil des afficionados.

Un DVD existe chez NoShame en VO sous titré anglais mais est aujourd’hui épuisé, ainsi qu’un autre chez Mondo Macabro UK, mais aussi plus disponible. Même si ce dernier possède une piste française en bonus, il est préférable de privilégier la version de NoShame qui est au format.

  • La Victime désignée de Maurizio Lucidi

Stefano, un publicitaire, cherche à faire vendre les actions de sa société mais sa femme, qui a des parts dans l’affaire s’y refuse. Alors en voyage avec son amante, il fait la rencontre de Mateo. Ce dernier lui propose de tuer sa femme si celui-ci assasine son frère…

Pierre Clémenti, vu chez Philippe Garrel et Pasolini rencontre Tomas Milian dans ce remake inavoué de L’Inconnu du Nord Express d’Alfred Hitchcock. Les rapports ambigus des deux personnages est cette fois bien mis en avant, et Luis Bacalov signe une musique une fois encore très agréable. Certes le plagiat n’égale pas le matériau originel d’Hitchcock, mais offre un film solide, plaisant, qui vaut pour le jeu impeccable des deux acteurs troublants et l’ambiance vénicienne à la fois délicieusement seventies et mystérieuse…

Un DVD existe chez Shameless en VO sous titré anglais.

  • Le Orme de Luigi Bazonni

Il n’est pas étonnant de noter que le personnage principal de ce labyrinthe surréaliste possède le nom d’Alice, référence évidente au roman de Lewis Caroll. Luigi Bazonni mélange l’enquête propre en genre et la quète d’une femme errant dans une atmosphère fantasmagorique et unique dont la conclusion finira de placer cette rareté au rang de curiosité à découvrir d’urgence. Surtout que Florinda Balkan et Klaus Kinski (certes dans un rôle anecdotique) filmés par Luigi Bazonni et cadrés par Vittorio Storano est sur le papier un film intéressant à plus d’un titre.

Plus d’informations via notre critique du film ici, disponible chez Shameless entertainment en VO sous titré anglais.

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Enfin 3 commentaires. Et vous ? »

  1. Moi qui ne connaissait pas très bien le Giallo (du fait que je me suis pris dans la tronche l’Ulitima Profondo Rosso), je vais pouvoir me plonger plus en en apnée dans ce genre culte et fascinant !
    Comme toujours, Merci !

  2. De rien ! Une seconde partie arrivera, dont vous pouvez déjà deviner le titre… ;)

  3. Sylvain, je ne suis pas très sur que l’on puisse ranger La Victime désignée dans les gialli.
    Quant à “Le Orme” , c’est pas vraiment un giallo non plus et autant un film fantastico-expérimental.
    Enfin ce que j’en dis, après tout, je n’ai pas la science infuse et tu as peut-être raison.
    C’est en tout cas une belle liste de films, tous intéressants à plus d’un titre.

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