Mammuth (Delépine & De Kervern)
Par Sylvain PERRET • 24 mar 2010 • Categorie: Films 1Kult, Focus • Contacter l'auteurMis à la retraite, Serge Pilardosse est un inadapté qui n’a cessé de travailler toute sa vie. Un peu benêt, il va traverser le pays afin de retrouver quelques fiches de paye qui manquent à l’appel. Il enfourche sa vieille moto et part sur les routes à la recherche de de sa propre identité.
Voilà déjà quatre longs métrages qu’enchaînent les réalisateurs Gustave de Kervern et Benoît Delépine, livrant des bandes à la fois totalement différentes et pourtant cohérentes. A chaque fois, quatre ovnis révélant différentes facettes de l’univers des deux comparses attendus dès le début au tournant par les nombreux fans de l’émission Groland pour laquelle ils officient. En effet, il est délicat d’adapter un tel format télévisuel durant une heure trente. Mais c’est surtout extrêmement vain, et Kervern et Delépine l’ont parfaitement compris. Le cinéma est pour eux une fenêtre ouverte sur leur propre univers, qui ne se limitent pas à l’émission télé.
Et même si l’humour trash est toujours présent, ils ont réussi à atteindre l’élément fondamental pour un passage sur grand écran : une poésie, un regard qui leur est propre et dont les quatre essais fonctionnent en symbiose.

Mammuth fonctionne à la fois comme une continuité et un aboutissement du duo Delépine-Kervern. Le road movie avec Aaltra, l’amour de l’art et des situations absurdes avec Avida, un amour des marginaux face aux grandes puissances de notre monde avec Louise Michel, mais surtout cette soif de liberté sans pareil qui atteint ici son paroxysme.
Tant formellement que scénaristiquement, Mammuth, à l’instar de tous les films de nos deux réalisateurs, ne se résume qu’à ce simple mot : liberté. Bien évidemment, ce voyage initiatique sur les routes permet à Serge de se retrouver face à lui-même, sa propre existence et ses peurs. Et à ce titre, il n’est pas étonnant que le titre du film soit celui du modèle de la moto et du surnom de Serge dès qu’il l’enfourche. Car c’est sur son gros deux roues que sa vie commence et c’est aussi là qu’elle s’est arrêtée.
Pour bien comprendre cela, pour pouvoir rentrer chez lui (et donc faire face à lui-même), Serge devra croiser un vieux cousin pervers, une prostituée arnaqueuse, des anciens collègues et employeurs, mais surtout cette nièce étrange qui saura lui indiquer la voie.
Il aurait été possible d’imaginer que la présence de Depardieu aurait pu compromettre le style iconoclaste et délicieusement fauché des deux réalisateurs. Il n’en n’est rien. D’ailleurs, précisons que cela faisait longtemps que le comédien ne nous avait pas autant satisfait sur un écran. Il est ici entouré de la bande des deux réalisateurs (Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoit Poelvoorde, Philippe Nahon, Bruno Lochet, mais aussi Gaetan Roussel qui signe la très jolie musique berçant les chevauchées motorisées), et est rejoint par Isabelle Adjani et Anna Mouglalis.

Tout ce beau monde interprète donc ce qui a toujours été au centre des films des deux réalisateurs : les rebuts de la société, les faibles, les inadaptés sociaux. Tout ce petit monde d’allumés prend autant de plaisir à l’écran qu’il en donne, dans des situations grotesques et décalées.
Delépine et Kervern filment avec justesse et précision, n’hésitant pas à préférer l’aspect sensitif d’un plan plutôt que sa lisibilité ou sa joliesse, comme cette courte séquence où Serge se lave dans une rivière. L’image est extrêmement granuleuse, les couleurs terreuses, la lumière sature, la caméra est fixe. Nos deux réalisateurs ne cherchent pas à cacher leur manque de moyen (en comparaison d’une production plus traditionnelle) mais à garder leur sincérité, prégnante tout au long de leurs œuvres.
Ce n’est peut-être que comme cela que Kervern et Delépine peuvent filmer, car il est probable que leur poésie ne peut s’exprimer que dans ces conditions, c’est à dire en adéquation avec leur sujet, et faisant fi de toutes contraintes pouvant lisser leurs films et donc leur univers.
Et c’est d’ailleurs comme ça que nous aimons leur cinéma. Celui avec en gros plan le visage d’un homme sur sa moto, où le cadre et l’état de cet homme tremblent et ne s’impriment pas totalement. Celui aussi qui montre ce même homme dans une piscine flottant sur une rivière. Cette fois le plan est fixe, et notre héros est enfin en harmonie avec lui-même.
Mammuth est le plus mature, le plus poétique, le plus émouvant des films du duo De Kervern et Delépine. Il est aussi le plus sensitif, et il n’est pas aisé de l’aborder de front. Mais qu’on se rassure, même si l’univers des deux réalisateurs a évolué, il porte encore en lui cette folie douce à la fois transgressive et enfantine qui plaira aux fans et bloquera les détracteurs des précédents opus des bonshommes.
Restez connectés, et laissez vos commentaires ci-dessous : nous devrions rencontrer très bientôt Gustave De Kervern à l’Etrange Festival de Lyon, et à cette occasion, nous devrions revenir avec une petite vidéo…

La bande du Groland va encore taper fort avec ce mammuth de la comédie burlesque. Ce road trip contant les aberrations de notre système, je m’attarderai sur Siné cet éternel rebelle de 80 ans à qui on ne la fait pas. Prochainement il sera à l’affiche de « Siné le film Mourir ? Plutôt Crever ! » réalisé par sa fille Stéphane Mercurio. Un documentaire qui dépeint le personnage attachant ou détestable d’un homme provocateur. Le film sera présenté au Cinéma du réel (Festival international de films documentaires ) qui se tiendra du 18 au 30 mars 2010 à Paris. Seulement trois séances de projection et toujours la possibilité de soutenir le film qui a en a besoin pour exister sur
http://www.touscoprod.com/pages/projet/fiche.php?s_id=507.
[...] This post was mentioned on Twitter by 1kult.com. 1kult.com said: Article: Mammuth (Delépine & De Kervern) http://www.1kult.com/2010/03/24/mammuth-delepine-de-kervern/ [...]
décrire Mammuth est impossible, il faut transcender le regard.
voici ce que je dirais en critique
Le reflet de l’âme est la conscience de l’homme
le regard est le transmetteur de pensées.
L’odorat est une ode de partage.
Regarder l’inconnu, c’est se découvrir soit-même…