Etranges visions du cinéma bis
Par Sylvain PERRET • 13 avr 2010 • Categorie: Dossiers, Uncategorized • Contacter l'auteurLe cinéma bis est un terme polysémique, et il n’est pas rare de ne pas être tout à fait d’accord sur sa définition. Nous ne nous risquerons pas ici à en proposer une, mais sachez que les quelques œuvres que nous allons présenter correspondent à ces productions atypiques et excentriques qui, si elles s’inscrivent dans un genre codé d’exploitation, arrivent à dépasser le simple statut de film de genre artisanal. Le cinéma bis peut même révéler de véritables petits maîtres.
C’est le cas de Paul Bartel, à qui l’Etrange festival de Lyon a consacré un hommage cette année, et ce à travers 3 films reflétant chacun une facette de ce réalisateur peu connu mais pourtant assez intéressant.

La course à la mort de l’an 2000, remaké il y a peu, est sans conteste le film le plus connu de Bartel. Dans cette production de l’écurie Roger Corman, surfant sur le succès de Rollerball de Norman Jewison, Paul Bartel adapte Les Fous du volant à la sauce trash. Ici, des conducteurs s’affrontent sans merci dans une course à travers les Etats-Unis où chaque quidam écrasé rapporte son lot de points.
Fortement inspiré par le cartoon, le réalisateur pousse le délire assez loin et nous retrouvons déjà les thèmes forts du bonhomme : un humour grivois et grinçant ne tombant jamais dans la vulgarité, une vision acerbe de l’Amérique et de ses petites manies, mais surtout un amour sincère des personnages fous et hors normes.

Notons ici la présence au casting de David Carradine et Sylvester Stallone dans un de ses premiers rôles. Les deux acteurs retrouveront Bartel dans son film suivant, Cannonball, beaucoup plus faible, même si toujours efficace dans sa mise en scène.
L’univers iconoclaste et déjanté du réalisateur prendra alors totalement son envol dans Eating Raoul, quelques années plus tard. Le film raconte les petits travers de la vie d’un couple d’Américains moyens qui se retrouve obligé de tuer des pervers sexuels en les attirant grâce à des petites annonces. Confrontant avec ironie deux visions de l’Amérique (l’une puritaine, l’autre décadente), Paul Bartel (aussi acteur) nous offre ici son chef d’œuvre. Le film est un concentré d’humour noir à la fois bon enfant et gentiment transgressif, à voir absolument.

On a souvent comparé les films de Paul Bartel à ceux de John Waters. Lust in the Dust semble être le lien entre les deux univers. Parodiant l’univers des westerns à l’Italienne, Paul Bartel remplace au pied levé le réalisateur de Pink Flamingos, ce dernier abandonnant le projet car il n’en a pas signé le scénario. Divine est d’ailleurs au casting, accompagnée de Henry Silva et Woody Strode, dans cette parodie délirante des westerns transalpins où encore une fois, des personnages à la fois monstrueux et caricaturaux deviennent finalement attachants. Même si le tout tend à s’essouffler un peu en cours de route, Lust in the Dust est une étrangeté qui mérite qu’on s’y attarde.
De la carrière de Paul Bartel, d’autres titres restent encore à découvrir, et nous espérons que d’autres œuvres apparaissent très vite. Et peut-être que nous vous reparlerons un de ces jours d’autres films comme Naughty Nurse ou Private Parts…
Filmographie de Paul Bartel :
- 1968 : The Secret Cinema
- 1969 : Naughty Nurse
- 1972 : Private Parts
- 1975 : La Course à la mort de l’an 2000 (Death Race 2000)
- 1976 : Cannonball!
- 1982 : Eating Raoul
- 1984 : Not for Publication
- 1985 : Lust in the Dust
- 1986 : Les Bons tuyaux (The Longshot)
- 1989 : Scenes from the Class Struggle in Beverly Hills
- 1993 : Shelf Life
- 1996 : Clueless (série TV)

Morgane et ses nymphes de Bruno Gantillon est une étrangeté française qui avait parfaitement sa place dans le cycle Alice. S’inspirant du livre de Lewis Caroll, ce film inclassable et étrange est une sorte de voyage initiatique dans la sexualité d’une jeune fille arrivant sur une île mystérieuse dont elle ne peut s’échapper. Portée par la belle musique de François de Roubaix, qui se cache ici derrière un pseudonyme, un ambiance véritablement onirique se dégage de ce récit atypique. Pourtant, Morgane et ses Nymphes possède la même faiblesse qu’un autre film de son réalisateur, Sans Sommation, sympathique mais anecdotique polar, à savoir une baisse de rythme dans une seconde partie devenant au final un peu soporifique.
Pourtant, le film mérite le coup d’oeil pour quelques séquences notables, une photo impeccable et de jolis décors, ainsi que le jeu étrange d’Alfred Baillou.
Restons dans le bis français avec la vision de la grande déception de ce festival, à savoir le traditionnel porno de l’Etrange. Alors que l’année dernière, Dans la chaleur de Saint Tropez de Gérard Kikoïne avait conquis le public, Les Tringleuses d’Alphonse Béni est le seul film de tout le festival où l’auteur de ces lignes n’a pu tenir jusqu’au bout. Premier film réalisé par l’acteur congolais, et titré lors de sa sortie en 1974 Les mecs, les flics et les putains, le film est en fait un érotique remonté et adjoint de séquences X pour devenir un porno.

Le résultat est au final extrêmement mauvais, se prenant au sérieux, incohérent, et surtout à aucun moment excitant. Certes, on pourra trouver un plaisir coupable ou plus exactement méchant en considérant le film comme un nanar. Il est dommage d’avoir choisi un tel film quand on sait que le cinéma pornographique hexagonal regorge de perles, surtout à une époque où le genre semble s’installer un petit peu plus dans les mœurs du public, comme semblent le prouver les collections Wild Side ou encore les soirées à la cinémathèque.
Autre nanar du festival, Devil Story est un film de Bernard Launois qui a fait grand effet durant la carte blanche au site nanarland.com. Totalement hallucinant, c’est en fait une version que le réalisateur a poussé de 52 à 80 minutes afin de le sortir en salle. Nous vous en avons déjà parlé, en vous annonçant la sortie de ce titre en DVD chez le jeune éditeur Sheep Tapes. Sachez néanmoins que la vision du nanar a plusieurs fois fait débat chez nous. Faut-il se déplacer pour aller en voir un, quitte à rire de tout et de n’importe quoi ? Pour l’auteur de ces lignes, le meilleur moyen reste le format vidéo, accompagné de quelques amis, contrairement à la salle. Le débat fait rage, et c’est une véritable question cinéphilique que pose ce genre de soirée, à l’instar de la Nuit Excentrique…

Enfin, finissons avec Blackaria. Giallo tourné en France l’année dernière quasiment sans moyens, il apparaît comme un hommage sincère au genre transalpin. De plus, il faut noter quelques séquences véritablement intéressantes, comme un passage onirique dans l’ascenseur. François Gaillard connaît les codes du genre, et ses références se situent principalement du côté de Lucio Fulci. Utilisant comme ce dernier un savant mélange entre fantastique et sexualité, tout en s’intéressant à la thématique du regard, François Gaillard livre une petite bande au charme certain, mais qu’il faut plus voir comme une sorte de maelström d’idées graphiques ou scénaristiques mises bout à bout qu’une vraie oeuvre.
Pourtant, nous sommes impatients de découvrir les prochains travaux du bonhomme, car il est certain que François Gaillard risque de refaire parler de lui à l’avenir.

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