Rubber (Quentin Dupieux) – SPECIAL CANNES
Par Sylvain PERRET • 25 mai 2010 • Categorie: Films 1Kult, Focus • Contacter l'auteurSous le soleil du désert californien, des spectateurs assistent aux aventures d’un pneu tueur et télépathe, mystérieusement attiré par une jolie jeune fille…

Devant l’objectif, un pneu comme acteur principal. Et derrière, le réalisateur d’un bide commercial et d’un moyen métrage quasi-invisible, qui tourne ici son film en 14 jours avec non pas une caméra mais un appareil photo. Après une telle introduction, le spectateur passera probablement son chemin, et manquera de fait l’un des films les plus intéressants de l’année, voire au-delà.
Quentin Dupieux, connu dans le monde de l’électronique sous le pseudonyme de Mr Oizo, est sans conteste l’un des réalisateurs les plus passionnants de sa génération. Signant avec Non Film un délire nonsensique étouffant, absurde et grandiose, Dupieux fait son entrée fracassante dans le monde du septième art. Il y décrit les arcanes d’un film dans le film, où l’œuvre arrive à nous hypnotiser et nous manipuler, et rappelle Perfect Blue de Satoshi Kon, mâtiné de burlesque et d’étrange.
Mais même si le film est drôle et furieusement habile, tant en terme de rythme et de découpage, il y plane aussi une lourdeur crépusculaire, une tristesse indescriptible qui, paradoxalement, crée une distanciation supplémentaire entre le spectateur et ce moyen métrage indescriptible. Il existerait une version longue d’à peu près 75 minutes, visible un temps dans les festivals.

C’est à cette occasion que les comiques Eric et Ramzy découvrent Non Film. Emballés, ils contactent immédiatement son réalisateur afin de le rencontrer et pourquoi pas monter un projet ensemble. Ce sera Steak, film encore une fois inclassable où l’absurde côtoie une incroyable charge contre les modes et les apparences. Vendu comme une comédie franchouillarde de plus du duo, le film sera un bide en salles, déconcertant la majorité du public, mais conférant à Steak un statut de film culte et maudit, et à son auteur un vrai public de fidèles.
Dupieux ne cache cependant pas sa déception sur le processus de fabrication de ce dernier. « J’ai beaucoup souffert en faisant Steak de la lenteur du tournage, de la lourdeur du cinéma », dira-t-il. Il en résulte donc comme réponse Rubber, filmé avec le fameux Canon 5D Mark 2 en un temps record.
L’introduction du film, dans un univers proche de Non Film, où un protagoniste nous exprime qu’il ne faut pas chercher d’explication (« No reason« ) donne d’emblée le ton. Bien évidemment, il serait trop simple de dire que le réalisateur se cache derrière cet adage pour faire n’importe quoi, car il n’en est rien. On pense aux réponses consciencieusement évasives de Buñuel et Dali, à propos d’Un Chien Andalou, que l’on peut sans conteste comparer à Rubber et les explications faussement naïves de Dupieux à son propos.

Une fois encore, l’œuvre est méta-cinématographique, et c’est par un incroyable jeu de miroir que le spectateur est omniprésent, observant comme nous Rubber, et intervenant même dans son déroulement. Une mise en abyme qui n’empêche pas Dupieux de nous livrer non un simple film de genre grotesque et hilarant (ce qu’il est néanmoins) mais surtout une réponse à ses précédents essais filmiques. Le désert de Non Film, la passion des personnages marginaux et caricaturaux de Steak, le vide comme pureté, tout est ici fait pour rechercher la liberté, que l’ultime plan du film annonce clairement. Il faut être fou pour avoir envie de rendre un pneu charnel, sensuel et humain, et il faut du génie pour y parvenir, et Dupieux y arrive haut la main, à grand renfort de longues focales, de sonorités et de gros plans.
La technique est aussi remarquable. On a du mal à croire que l’image est celle d’un appareil photo, et laisse voir une vraie révolution, que le DV promettait à une époque sans l’atteindre, et que la 3D annonce cyniquement et vainement. Mais il n’est pas question de prouesse ici, simplement un auteur qui a découvert l’outil parfait pour offrir sa vision sur grand écran. Réalisateurs en herbe, ne cherchez pas plus loin, l’appareil photo offre un piqué incroyable et permet d’alléger considérablement la manière d’envisager la production d’un long métrage.
Mais il est probable aussi que le résultat ne sera pas aussi pur que le film de Quentin Dupieux, qui utilisera de nouveau l’appareil lors de son prochain projet appelé Réalité. 3D, DV, 35 mm, téléphone portable, qu’importe au final, tant que le résultat qui nous est offert est le regard d’un véritable auteur.

C’est le cas de ce Rubber, qui gagne haut la main le prix 1Kannes d’or 2010 que nous avons mis en place cette année après le visionnage d’une quinzaine de films sur la Croisette. Et s’il ne fallait qu’un argument de plus pour vous inviter à découvrir non seulement cette histoire de pneu, mais aussi les autres œuvres de Dupieux…
No Fuckin’ Reason !

Signalons que Les Cahiers du Cinéma 656 de ce mois-ci consacre à Rubber plusieurs articles intéressants, notamment un entretien du réalisateur avec Jean-Philippe Tessé dont est tiré un extrait ci-dessous, et dont nous ne saurons que trop vous conseiller la lecture. Une interview vidéo du réalisateur que nous avons réalisés arrivera d’ici quelques jours sur le site.

Un film déjà « kult » pour ma part ! (J’ai même foutu le petit sticker du film sur l’arrière de la bagnole, c’est dire ! ^^)
[...] la critique de ce Rubber qui n’a toujours pas de date de sortie chez nous et l’interview de son interprète [...]
[...] Rubber de Quentin Dupieux [...]
[...] du public, malgré ses qualités évidentes. Soulignons donc que le film, à l’instar de Rubber, s’inscrit dans une vague cinématographique contemporaine qui utilise un matériel [...]
[...] probablement la bonne nouvelle de cette fin de semaine. Rubber, déjà largement traité dans nos pages et coup de coeur du dernier festival de Cannes, va avoir [...]
[...] http://acrossthedays.com/2010/05/06/rubber-de-dupieux-extrait/ http://www.1kult.com/2010/05/25/rubber-quentin-dupieux-special-cannes/ http://cinema.fluctuat.net/blog/43831-rubber-la-bombe-theorique-de-quentin-dupieux.html [...]
[...] pourtant pas le récit, grâce à l’interprétation de Wings Hauser (vu récemment dans Rubber) dans le rôle du proxénète qui cabotine tout en torturant les personnages sur son passage avec [...]