Wall Street 2 (Oliver Stone) – SPECIAL CANNES

Par Sylvain PERRET • 3 juin 2010 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Un jeune trader, Jacob Moore, cherche à venger la mort de son mentor, dont le suicide est lié au krach boursier de 2008. Il va alors s’associer à Gordon Gekko, mais les deux hommes vont rentrer dans un jeu de manipulation où la seule finalité est le gain d’argent.

(Attention cet article contient des spoilers sur Wall Street et Wall Street 2 – Money never Sleeps)

1987. Oliver Stone livre Wall Street, probablement l’un de ses films les plus célèbres, si ce n’est son chef d’œuvre. La confrontation entre le jeune yuppie Bud Fox (Charlie Sheen) et  son père d’adoption Gordon Gecko (Michael Douglas), l’incarnation du Capitalisme américain, débouche sur une sorte de prophétie étrange. Impossible en effet de voir aujourd’hui ce film sans penser au récent krach boursier qui a touché la planète.

Il était donc légitime que Gordon Gecko, plus puissant et présent que jamais, réapparaisse sur nos écrans. Pourtant, à l’instar d’Indiana Jones 4 de Spielberg, ce sequel sonnera comme un coup de trop pour beaucoup. Pourtant, le nouvel opus d’Oliver Stone est tout aussi bien déroutant que passionnant.

Penchons-nous tout d’abord sur la séquence introductive, où nous voyons revenir parmi nous avec un plaisir évident Gordon Gecko. Narrativement parlant, beaucoup de spectateurs verront comme un détail les années qui séparent cet évènement du reste du film (durée d’ailleurs omise dans le pitch « officiel » du film). Il se passe 7 ans entre la sortie de prison de Gecko et le début de l’intrigue, comme le rappelle brièvement un plan qui indique que la libération du « mal » qu’incarne Michael Douglas se déroulait en septembre 2001.

Oliver Stone a déjà prouvé à quel point il était attaché à cette date, à tel point qu’il consacra World Trade Center aux attentats du 11 septembre. Est-ce pour lui un moyen de nous dire que le krach boursier y prend ses racines ?

Si l’on prend le film dans sa globalité, il est probable que le spectateur y voie une simple bluette profitant du succès du premier opus et de la mode aux suites et remakes pour capitaliser sur un projet commercial. Oliver Stone semble en avoir conscience et nous livre ce qui peut paraître de loin comme un film hollywoodien classique.

Jacob Moore (Shia laBoeuf), notre héros, doit d’un côté venger la mort de son père adoptif, tout en regagnant le cœur de sa femme qu’il risque de perdre en chemin. Pour cela il devra s’associer à bon escient à Gordon Gecko, tout en prenant soin de ne pas tomber dans son piège.

Ce qui aurait pu être un produit commercial calibré, donc cynique, devient au contraire une œuvre mettant en lumière ce même cynisme. Rarement un film aura été si purement critique envers sa diégèse et ses codes.

Dans le premier opus, Bud Fox gagnait moralement contre Gecko et l’envoyait derrière les barreaux. Ici, une rencontre entre les deux personnages s’opère de nouveau. Clin d’oeil grossièrement appuyé, cadeau aux fans du précédent film ? Non, car Oliver Stone démystifie ces retrouvailles avec une violence rare. Le jeune idéaliste nous apprend alors que la reprise de la société aérienne il y a 20 ans a très bien fonctionné. Puis il a troqué son entreprise contre des billets verts et deux jeunes suédoises qu’il ballade avec lui en soirées. Il est aujourd’hui milliardaire et profite des bienfaits du capitalisme.

Et qu’en est-il de notre « héros » ? Ce jeune trader nous annonce clairement qu’il croit en l’écologie comme avenir. Pourtant, il précise bien que cette mode du vert n’est intéressante que parce qu’elle représente aussi la couleur de billets. de banque .Sa motivation n’est que financière, et non plus morale.

Enfin que dire de la conclusion du métrage ? Notre héros reviendra tenter de reconquérir Winnie, sa dulcinée. Il s’y prendra en lui offrant pour son projet de site internet un scandale économique. Pourtant, peu avant dans le déroulement de l’histoire, nous apprenons que l’enjeu de ce buzz n’est pour la fille qu’un moyen de faire vivre ledit site. Comprenez un moyen de faire monter les statistiques et ainsi de rentabiliser le projet.

Pourtant, cette méthode ne marchera pas. Il faudra l’apparition de Gecko pour convaincre le couple de se reformer. Pour cela, celui-ci utilisera une forte somme d’argent (sur un compte offshore) à Winnie pour qu’elle se remette avec son jeune trader.

C’est dans les larmes que celle-ci accepte ce « compromis » et plongera dans les bras de son amant pendant que Gecko, qui dans le premier épisode partait en prison, s’en ira cette fois reprendre la tête de sa société. Là où le premier film finissait de manière dramatique sur un espoir, ici il est question de pessimisme au travers d’un happy end purement dans les codes du cinéma hollywoodien.

Finalement, alors que dans plusieurs films d’Oliver Stone, le héros devait faire face à un système pour survivre moralement (Wall Street, bien évidemment, mais aussi L’Enfer du Dimanche), quitte à perdre ses privilèges, aujourd’hui les temps ont changé. Il n’est plus question de se battre, la révolte étant impossible. Tous les Gecko ont gagné et Oliver Stone préfère nous offrir dans ce film d’apparence raté l’ampleur de notre échec. L’immoralité des années 80 a cédé la place à une amoralité contemporaine.

Il est juste dommage que le résultat manque de dynamisme et que la réalisation et les effets utilisés, tant graphiques que narratifs soient aussi ratés. Mais faisant abstraction de ces éléments, Wall Street 2 – L’Argent ne dort jamais peut être vu comme l’un des plus grands films sur la défaite de notre économie, voire de notre génération, face aux principes fondateurs de notre société.

Certes, l’œuvre divisera lors de sa sortie chez nous le 29 septembre prochain. Mais il serait dommage que vous n’alliez pas vous forger vous-même votre propre opinion et prendre part à un débat qui s’annonce déjà comme passionnant.

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