Jean Louis Trintignant réalisateur (cinéma de tonton)
Par Sylvain PERRET • 11 juin 2010 • Categorie: Dossiers, Focus • Contacter l'auteurJean Louis Trintignant possède une carrière aussi étrange que passionnante et remarquable. Cet acteur est bien connu du grand public pour ses interprétations de jeune premier dans Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim ou Un Homme et une femme de Claude Lelouch. Mais ces succès cachent aussi des choix de rôles plus méconnus mais non moins intéressants, avec notamment un détour par l’Italie.

Là-bas, Trintignant travaille avec Umberto Lenzi, Giulio Questi ou Tinto Brass dans des gialli psychédéliques et érotiques ou encore Sergio Corbucci dans un des plus grands westerns spaghettis de cette époque. Il tente aussi chez nous plusieurs films noirs efficaces avec notamment le vigilante l’Agression de Gérard Pirès ou encore le sympathique Sans Mobile apparent de Philippe Labro.
Mais beaucoup de cinéphiles ignorent que Jean Louis Trintignant signa deux œuvres en tant que réalisateur. Deux films fous qui révèlent une nouvelle facette de son immense et inclassable talent. Une Journée bien remplie, réalisé en 1972, raconte la journée d’un homme étrange au volant de son side-car, accompagné de sa mère, parcourant les routes pour tuer des personnes selon un plan machiavélique.

Très baroque, ce petit bijou d’humour noir est quasiment muet et se présente comme une oeuvre étrange et cartoonesque. De Tati à Keaton, de Tex Avery à Chapeau Melon et Bottes de cuir, le film évolue dans un style unique à la fois très enfantin et âprement misanthrope. Il en résulte cette histoire de vengeance sans fin à la sauce italienne un peu foutraque où un homme décide de se lever contre les institutions et l’ordre établi. Pour cela, Jacques Dufilho interprète brillamment ce bourreau qui met en scène ses mises à mort de manière la plus surréaliste possible. Un film méchant et méchamment drôle…
Il faudra attendre six ans pour que Trintignant retourne derrière la caméra pour Le Maître-nageur, un nouveau film inclassable et féroce où un chanteur raté, suivant les conseils de sa femme, postule pour devenir le maître-nageur d’un milliardaire excentrique. Ici, les personnages pervertis par l’argent et l’ennui écrasent le petit personnel dans un monde onirique concentré autour d’une piscine, où tout est possible. Encore une fois, les acteurs prennent un plaisir évident à donner vie à cette bande dessinée noire sur pellicule, avec un Guy Marchand baladé, le milliardaire Moustache et surtout Jean Claude Brialy, dans le rôle d’un majordome haut en couleur.

Même si les films peuvent sembler un peu décousus de prime abord, ils fascinent sans conteste et le spectateur suit avec plaisir ces errances dans des univers uniques et sans équivalent. Les amateurs de films ovnis se jetteront sur les deux réalisations de Jean Louis Trintignant, regrettant au passage que ce dernier n’ait pas continué par la suite dans cette voie.
Les deux films ouvrent la rubrique du Cinéma de Tonton, et deviennent les deux premiers titres de notre liste. Pour rappel, celle-ci comptera une centaine de titres au final.
