Kitano l’iconoclaste (2)

Par Guillaume PERRIN • 14 juin 2010 • Categorie: Chroniques de cinéphages, FocusContacter l'auteur

Suite à un coma, un homme proche de la retraite se remémore son enfance où il devait fuir Tokyo pour la campagne afin d’échapper aux bombardements

Décidément après Naissance D’un Gourou cette rétrospective « Kitano l’iconoclaste » au Centre Pompidou réserve d’époustouflantes surprises inédites et prouve s’il est nécessaire que Takeshi Kitano est incontestablement un brillant artiste accompli. Tiré d’une de ses propres idées originales, Kitano nous offre pour notre plus grand plaisir l’occasion de découvrir une facette jusque-là insoupçonné de ses talents qui ne sera que partiellement exploitée par la suite, qui plus est d’une manière différente.

Il faut remettre L’Enfant des étoiles dans son contexte afin d’apprécier l’ambition étonnamment miraculeuse du projet. Vous n’êtes pas sans savoir qu’avant sa première réalisation Violent Cop (et même encore aujourd’hui) Kitano est considéré, sur sa terre natale, comme un bouffon japonais, équivalent de notre Vincent « Le Baltringue » Lagaf national. Or, ce n’est malheureusement pas sa vision nihiliste d’Harry Callahan qui ébranla cette image mais sa reconnaissance internationale qui n’interviendra que bien plus tard.

Réalisé un an après Violent Cop, soit en 1990, par l’improbable Kazuo Kimizu qui était jusqu’alors et est encore aujourd’hui connu pour ses Pinku Eiga produits par Koji Wakamatsu ainsi que pour Battle Girl : The Living Dead In Tokyo Bay (tout est dans le titre), rien ne laissait présager la justesse avec laquelle il allait traiter le délicat sujet proposé par Kitano dont le mérite ne lui est pas exclusif puisque Kimizu officie aussi en tant que scénariste.

Improbable association de talents donc, tout comme celle qui lie Kitano le rigolo à l’idée originale. Qui aurait pu croire à l’époque qu’il était alors capable de nous conter l’histoire enchanteresse d’un vieil homme tout juste licencié, usé par la société, son hypocrisie et ses injustices, tombant soudainement dans un coma. C’est alors qu’il va se remémorer inconsciemment son enfance pendant la Seconde Guerre Mondiale où les jeunes enfants étaient envoyés à la campagne pour échapper au bombardement de Tokyo. Sans conteste son scénario le plus ambitieux.

Deux ans après le merveilleux Tombeau des lucioles d’Isao Takahata, le Japon nous propose une nouvelle vision terriblement émouvante et poétique de la seconde guerre mondiale. Profondément traumatisé par les bombardements nucléaires ayants tué des milliers d’innocents impuissants, c’est précisément en se positionnant à hauteur « d’enfants » (l’innocence par définition) sans jamais infantiliser le propos que L’Enfant des étoiles touche le spectateur.

Surtout que Kimizu a l’intelligence de ne jamais s’apitoyer sur le sort des enfants, évitant ainsi d’en faire des victimes et de tomber dans le mélodrame lacrymal déplacé. Amoral, impartial, Kimizu s’efforce d’illustrer cette tranche de vie insouciante voir apaisante lorsque les enfants rencontrent un vagabond/aventurier incarné par Beat Takeshi. Beat Takeshi y est d’ailleurs surprenant et dévoile une nouvelle couleur inconnue de sa palette de jeu d’acteur. Alors qu’il a fait du tendre bourru maladroitement violent sa marque de fabrique, il interprète ici un guide protecteur inspirant l’espoir, la plénitude, devenant naturellement un père par substitution. Stupéfiant et déchirant.

La prouesse technique (photos, mise en scène, décors, musique, etc.) est évidente mais jamais démonstrative et participe clairement à l’immersion du spectateur qui s’identifiera d’autant plus à ce doux souvenir que Kimizu ne montre jamais le contexte historique pourtant bien présent. Alors, bercé, le spectateur sera bouleversé par un final débordant de tendresse et de joie.

Et de conclure simplement par un Hontôni Arigato (« merci du fond du cœur » en Japonais).

 

FICHE DU FILM

TITRE(S) : L’Enfant des étoiles (ほしをつぐもの // Hoshi wo tsugu mono)
RÉALISATEUR : Kazuo Komizu

ANNÉE : 1990 | PAYS : Japon | GENRE : Drame/Fable

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