Cinéma de genre français : une solution ?

Par Sylvain PERRET • 1 juil 2010 • Categorie: Dossiers, FocusContacter l'auteur

Nous vous avons déjà exprimé notre pessimisme quant à une présence accrue d’un cinéma de genre dans les salles. Les exploitants ne jouant pas forcément le jeu, le public non plus, l’avenir pour les films d’exploitation hexagonaux pourrait paraître sombre, si une sorte de mutation ne semblait se mettre en place.

Penchons-nous pour l’occasion sur deux éditeurs DVD. Le premier, c’est Oh my Gore. Pour ces nouveau venus dans le monde de la vidéo, le portage sur support physique est la preuve par trois d’une réelle envie de diffuser notre cinéma au plus grand nombre.

Tout d’abord, le premier titre de l’éditeur est une anthologie de courts métrages fantastiques de chez nous. Onze petits films dont la durée oscille entre 6 et 34 minutes. Bien évidemment, la qualité aussi varie, avec du bon et du moins bon.

Penchons-nous sur les courts métrages intéressants. Il faut saluer Le Chasseur de rêves de Patrick Gablin, une plongée onirique dans un univers apocalyptique étrange. Même si nous pouvons regretter une direction d’acteurs approximative et un film un peu trop figé par moments, l’ambiance est bien là, et nous suivons avec plaisir ces deux personnages dans cette montagne mystérieuse. Le cadrage permet de créer une véritable identité visuelle et les effets spéciaux, chose rare pour ce type de production, sont parfaitement bien intégrés.

Certes, il se peut que Le Chasseur de rêve déroute, mais Patrick Gablin est probablement un nom à suivre. Tout comme Guedro de Nicola Dulion, dont le film, même si le tout manque un peu de consistance, possède son lot d’idées et fait encore encore une fois preuve d’une vraie touche personnelle. Ici, un homme au volant de sa voiture avale quelques pilules et se retrouve poursuivi par une femme lapin qui cherche à le découper à la machette.

On aurait aimé que le délire soit poussé jusqu’à ses derniers retranchements à l’instar des courts métrages de Jan Kounen par exemple. Pourtant, le travail sur le visuel de l’œuvre est assez plaisant et original pour susciter notre intérêt.

Citons enfin le très joli Reptil de Pascal Stervinou (avec Julien Guiomard, s’il vous plaît…) et son homme-caméléon, le sympathique Monsieur Méchant de Fabrice Blin et Au Royaume des Cendres de Michael Massias, avec son cadre atypique se situant durant la première guerre mondiale.

La non-présence de bonus ici se doit d’être relativisée. Tout d’abord, plusieurs des protagonistes ont déjà été interviewés par le site Oh My Gore, dont la collection DVD est une extension. De plus, le DVD est plein jusqu’au maximum de courts métrages, et c’est finalement ce qui importe.

Dommage que certains films soient en 4/3 (mais au format) ou que parfois le sous titrage ne soit pas amovible, mais qu’importe. Nous attendons dès lors les prochains opus avec impatience dont ce DVD est apparemment le premier volume.

Deuxième titre de l’éditeur, Spécialité du chef de Grégory Sacré connaît pour sa part un traitement de faveur. Les amateurs de bonus apprécieront la quantité astronomique de making of, de teasers, de commentaires audio. Par contre, le film peine à cacher ses manques de budget, ses problèmes de production (c’est une des victimes du tristement célèbre Terror Project) mais aussi l’absence de vraie idée.

Même si l’envie de tourner est évidente, l’histoire se déroule sans aucune originalité, et la réalisation mélange vengeance culinaire, élevage de zombies et combats avec des cuisiniers ninjas. Un fourre-tout plein de bons sentiments, qui peine pourtant à digérer toutes ses influences. Mais après tout, le court métrage est fait pour essayer, applaudissons donc la démarche.

Passons désormais à Il Gatto Dal Viso d’Uomo. Le giallo semble avoir le vent en poupe en cette année 2010, et après Amer, c’est tout d’abord Marc Dray qui va voir son moyen métrage auto-produit sortir chez Oh My Gore. Il ne faut surtout pas passer à côté de ce dernier. Sous ses aspects extérieurs de moyen métrage de potes, le film révèle, à peine le DVD lancé, la maîtrise du réalisateur.

Tout d’abord, même si son format de 43 minutes pourra sembler problématique, cela confirme que Marc Dray a fait son film comme il le voulait, sans chercher à rentrer dans un quelconque formatage de durée d’exploitation. On a tellement vu de couts métrages gonflés inutilement pour avoir l’honneur de débarquer dans une salle que la tentative se doit d’être saluée.

Ce faux handicap ne doit pas vous affoler, bien au contraire. Il Gatto dal viso d’uomo est un film à découvrir de toute urgence, tant il est rare de trouver dans ce genre cinématographique, et même chez ses homologues plus aisés financièrement, un jeu d’acteur qui tient la route, un éclairage soigné, un cadrage réfléchi et un scénario efficace.

Il Gatto dal viso d’uomo est pour nous une des preuves les plus flagrantes de la légitimité de la mise en place de films produits pour une sortie sur support vidéo.

Celui-ci a l’avantage indéniable de posséder des coûts de diffusion plus souples, tout en permettant des projections exceptionnelles dans des festivals ou des rendez-vous cinéphiles spécialisés. Mais surtout, sa qualité (comme ici) n’a pas systématiquement à rougir devant la plupart des productions audiovisuelles, tout en ayant un avantage séminal : la liberté totale.

Last Caress, une production du Chat qui Fume

Le Chat qui Fume l’a bien compris, car il va non seulement diffuser à la rentrée en DVD Blackaria de François Gaillard et Christophe Robin, mais il se lance aussi dans la production de Last Caress de la même équipe. Le tournage est dans sa dernière ligne droite et fait déjà parler de lui.

L’auteur de ces lignes a eu la chance de voir un trailer monté pour Cannes et le résultat est plus qu’alléchant. Filmé avec le fameux Canon EOS 5D, qu’utilisaient déjà La Casa Muda et Rubber, les premières impressions montrent une aisance et une maîtrise de l’outil (qui avouons-le, était la faiblesse de Blackaria).

Ouvert 24/7, bientôt chez le félin…

Nous n’avons pas de date de sortie à l’heure actuelle, mais il est certain que nous risquons fortement de vous reparler de ce nouveau giallo (avec Amer, Blackaria et Il Gatto dal viso d’uomo, 2010 est clairement une année jaune) qui risque de faire parler de lui.

Le Chat qui Fume sortira à la rentrée un autre film auto-produit (Ouvert 24/7 de Thierry Paya), et il est fortement probable que d’autres éditeurs indépendants suivront cette nouvelle voie de liberté créatrice. Durant quelques années, il faudra compter avec l’actualité vidéo pour peut-être découvrir les grands réalisateurs de demain. Et qui sait si ce média ne pèsera pas de plus en plus lourd dans le paysage cinématographique de chez nous…

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Critiques : pas une, pas deux, mais 3 !

Un commentaire seulement ! »

  1. Merci les gars !

    Sinon, pour les intéressés, on a reçu les DVD de « IL GATTO DAL VISO D’UOMO » donc c’est par ici pour commander :

    http://www.ohmygore-shop.com/476-il-gatto-dal-viso-d-uomo-dvd-digipack.html

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