L’Ame d’une vache & Amour aveugle (Daisuke Goto)

Par Anthony Plu • 7 juil 2010 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Si le Pinku Eiga des années 60-70 commence doucement mais sûrement à devenir accessible, les films contemporains du genre dépassent très rarement les barrières du Japon et arrivent encore moins souvent (jamais ?) en France.

Le Sexy International Paris Film Festival (SIPFF) a ainsi eu la bonne idée de programmer deux œuvres de Daisuke Goto : L’Âme d’une vache (2003) et Amour aveugle (2005), qui ont le mérite de briser un stéréotype, à savoir la misogynie et l’image dégradante de la femme au sein du genre.

Ici, il n’en est rien, et Goto nous offre deux belles et touchantes histoires d’amour à l’émotion évidente. Les surprises ne manquent pas non plus avec des scénarios déjà pour le moins extravagants.

Dans L’Âme d’une vache, nous suivons la passion qu’a une jeune veuve pour son beau-père fermier. Puisque celui-ci est devenu à moitié fou après la mort de son fils et de sa vache préférée, elle se substitue à cette dernière lors des traites qui, forcément, ne donnent pas beaucoup de lait.

Cette introduction décalée et la scène suivante, qui montre un rapport sexuel entre le vétérinaire et son assistante, laissent à penser que nous sommes dans une grosse farce. Bien que le ton soit à la comédie, le drame n’est pourtant jamais loin. Ainsi, L’Âme d’une vache alterne scènes saugrenues et séquences de sexe plus mélancoliques.

Goto possède une réelle sensibilité et son film, malgré son pitch casse-gueule, évite le pinku détraqué et pervers pour filmer une impossible histoire d’amour. Malheureusement, sa mise en scène n’est pas du niveau de son scénario. Elle se révèle très inégale, capable du meilleur (une scène de fellation masquée par une liasse de billets qui résume brillamment la psychologie de deux personnages secondaires) comme du médiocre. Le rythme en dents de scie n’est pas aidé par une photo assez moche trahissant une source vidéo qui n’a rien de stimulant. Quant aux acteurs, si le couple principal est plutôt convainquant, les autres comédiens sont mauvais.

Un ennui timoré s’installe avant que les dernières scènes magnifiques ne viennent conclure le film sur un excellent ressenti, à l’instar du triste poème en guise de conclusion.

Amour aveugle est pour sa part une réussite totale. La réalisation de Goto est cette fois beaucoup plus maîtrisée : mouvements de caméra élaborés, plans-séquences, sens du cadrage affiné, photo plus soignée, gestion du son et des hors-champ originale, musique délicate, direction d’acteur harmonieuse  et mélange tragi-comique encore plus abouti.

L’histoire, moins « radicale » que le précédent film, est tout de même bien torturée : une aveugle tombe amoureuse d’un ventriloque mais c’est le corps de son assistant que celle-ci touche au début. Le ventriloque timide doit donc regarder littéralement impuissant les deux se rapprocher tout en devant quand même parler à la place de son assistant… ce qui n’est sans poser problème quand la jeune fille décide de faire l’amour.

La aussi, loin d’être un simple vaudeville dénudé, cette subtile relecture de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand surprend par sa mélancolie dans la représentation des rapports humains tout en délivrant occasionnellement des scènes décalées (la prostituée dont l’appartement reproduit un métro ou d’autres séquences de copulations « naturalistes », mais jamais vulgaires). On se prend vraiment à ce scénario émouvant et on serait presque tenté de verser quelques larmes tant la situation est écrite et jouée avec une justesse inhabituelle pour le genre.

L’histoire ne manque pas non plus de surprise, mêlant cruauté, poésie, crudité et humour. Le réalisateur/scénariste effectue ainsi un beau parallèle entre une femme aveugle et un homme ventriloque qui possède une voix, mais pas de corps. Il annonce immédiatement les difficultés de communication à venir, et un épilogue pourtant inattendu en décuple la beauté dramatique.

Ces deux films de Daisuke Goto étaient pour la première fois diffusés en France et, pour l’occasion, le SIPFF avait fait sous-titrer les films dans la langue de Molière. Dommage d’ailleurs que le public fut si peu nombreux à s’être déplacé, tant les deux longs métrages méritent d’être découverts. Fort heureusement, l’éditeur américain Pink Eiga a sorti les deux titres en DVD pour ceux qui voudraient faire une séance de rattrapage, mais cette fois uniquement sous-titrée en anglais. Séance de rattrapage « chaudement » recommandée par 1kult.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : L’Ame d’une vache (Chikan gifu: Musuko no yome to… // A Lonely Cow weeps at dawn) & L’Amour Aveugle (Blind Love//Waisetsu sutêji: Nando mo tsukkonde)
RÉALISATEUR : Daisuke Goto

ANNÉE : 2003-2005 | PAYS : Japon | GENRE : Pinku Eiga


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