Grégoire Moulin contre l’humanité (Artus de Penguern)

Par Sylvain PERRET • 12 juil 2010 • Categorie: Films 1Kult, FocusContacter l'auteur

Grégoire Moulin, dès sa naissance, sait que sa vie ne sera pas facile. Après sa venue au monde, ses parents se disputent et meurent. Après 35 ans de vie en Bretagne, il décide de monter à Paris afin de réellement commencer sa vie. Mais c’était sans compter sur la finale de coupe de France de football…


Artus de Penguern, second couteau du cinéma français (on l’a vu notamment dans Amélie Poulain de Jean Pierre Jeunet) est aussi un réalisateur attachant. Après cinq courts métrages qui mettent en scène son univers débridé rappelant Marcel Aymé et Tex Avery, il nous offre Grégoire Moulin contre l’humanité, son premier long métrage.

Pour cela, il remake officieusement After Hours de Martin Scorsese, où un homme se retrouve dans une spirale d’évènements plus fous les uns que les autres. L’idée est simple : Grégoire Moulin doit retrouver la femme qu’il aime à une heure précise pour lui rendre son portefeuille qu’il a « trouvé » dans son sac à main pour pouvoir l’aborder. Or, chaque action va entraîner une réaction qui va à chaque fois compliquer cette rencontre.

Ici, le récit s’attaque à la fois aux footballeurs et à leurs supporters (la finale de coupe de France jouera les empêcheurs de tourner en rond), mais aussi à Paris en général, à ses logements minuscules, ses métros bondés, ses bobos aux mœurs libertines, à ses « dress code party » et au reste.

La galerie de personnages pour le moins cartoonesques de l’univers de ce film est savoureuse à souhait, comme le conducteur de taxi qui revient du Golfe, le supporter de l’équipe adverse, la nymphomane suicidaire, le couple échangiste (et les gags gentiment homophobes qui s’ensuivent), les invités d’un bal masqué peu conventionnel, avec Hitler et De Gaulle en guest stars !

A la vue de Grégoire Moulin, il est clair que les acteurs se sont amusés durant le tournage dans ces déambulations dans une ville-fantôme transformée le temps d’un soir en no man’s land où tout est possible.

La charge comique de cet univers fou est due au personnage principal qui lui fait face. S’inspirant de Buster Keaton pour sa mine impassible, le personnage rappelle tantôt Pierrot lunaire, plus loin Chaplin (et sa danse des petits pains de La Ruée vers l’or lors des séquences chorégraphiées), et la pureté de sa démarche (déclarer son amour) permet de contrebalancer l’invraisemblance de son parcours, renforcée par la finale sportive.

Le tout est au final très enfantin, et la folie marche, même si la première moitié du film, par son mixage sonore, son rythme et son montage s’avère beaucoup plus dynamique que la suite, et vampirise dès lors la seconde partie.

On regrettera aussi certains gags un peu systématiques, mais qu’importe. Son originalité dans le paysage français, ses nombreuses qualités, nous font souhaiter que Artus de Penguern repasse un jour derrière la caméra et nous offre la version longue de la Polyclinique de l’amour, projet de long-métrage tiré de son court métrage éponyme.

En attendant, guettez bien vos programmes télés, car sachez que les DVD de Grégoire Moulin contre l’humanité sont épuisés, et que selon le programmateur de l’Absurde Séance (qui souhaitait projeter le film), les copies 35mm d’exploitation seraient détruites. Et comme une ressortie Blu-ray n’est pas envisagée, il va falloir être patient.

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  1. Une excellente comédie hilarante :)

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