René Laloux, maître de l’animation française
Par Sylvain PERRET • 19 juil 2010 • Categorie: Dossiers, Focus • Contacter l'auteurLa France n’est pas connue pour son cinéma d’animation ou de science fiction. Pourtant, un homme a su incarner et réunir en trois longs métrages ces deux facettes du septième art.

René Laloux naît en 1929, et très rapidement il se découvre deux passions : la bande dessinée et le cinéma. Quittant très tôt les bancs scolaires, il se dirige alors vers de petits boulots, comme marionnettiste, mais des soucis de santé l’obligent à quitter ce métier. Durant tout ce temps, il continue à développer sa passion pour la culture.
C’est en 1956 qu’il intègre une clinique en tant que moniteur pour s’occuper d’activités artistiques avec les malades.
« Je dirigeais un atelier de peinture, et avec les malades, montais des spectacles de marionnettes et d’ombres chinoises. Un jour, avec le cinéaste Jacques Brissot, nous avons filmé (en 16 mm noir et blanc) un de ces spectacles d’ombres chinoises, manipulé « en direct » par les malades. Un ami a vendu cet essai à Frédéric Rossif pour son émission sur le cinéma qui passait à l’époque à vingt heures trente. J’ai harcelé cet homme charmant pour qu’il m’aide à monter un autre film, un « vrai », en animation, 35 mm et couleurs. Grâce à ma rencontre avec les producteurs Samy Halfon et André Valio, à La Borde, nous nous sommes lancés dans l’aventure.« *
Ce sera Les Dents du singe, qui remportera plusieurs prix. Déjà, le ton à la fois enfantin et grotesque de Laloux sera présent dans cette première œuvre.
A cette époque, le réalisateur rencontre celui avec qui il signera plusieurs de ses chefs d’œuvre : Roland Topor. Accompagné du père du futur Téléchat et de Marquis, ainsi que du compositeur Alain Goraguer, René Laloux signe Les Temps morts en 1964 puis Les Escargots un an plus tard.
Ils adapteront en 1973 le roman Oms en série de Stefan Wul, inspirés par son univers onirique, où les hommes réduits au statut d’animal de compagnie auprès d’extra-terrestres géants, se rebellent et tentent de gagner leur indépendance. Ce sera La Planète Sauvage, film d’animation pop et philosophique, dont le magnifique univers visuel inventé par Topor est au service des thématiques comme la politique, la hiérarchie, la liberté, le savoir, la rébellion, etc.
La musique, sous influence psychédélique, et la poésie de ce film l’imposent dès sa sortie comme un des très grands films d’animation pour adulte, face à des productions américaines plus formatées pour le jeune public. Le succès est au rendez-vous pour ce film qui aura mis quatre ans à voir le jour en Tchécoslovaquie.
« Avec Topor, la collaboration se situe surtout au niveau de la conception. Roland (Topor) est un auteur d’une richesse d’imagination tout à fait extraordinaire et quand il dessine, par exemple, on prend tout ce qui vient. Le problème, s’il y en a un, c’est, au stade de l’écriture, de choisir parmi les idées qu’il offre, et de les canaliser, en fonction des impératifs du récit cinématographique, vers ce que l’on estime être un bon scénario. Un bon scénario étant, selon la définition d’Hitchcock (et en la précisant), « une élaboration de paroxysmes successifs » — chacun découlant du précédent — à l’intérieur d’une lente, linéaire et inexorable montée dramatique, dont le sommet s’ouvre comme une trappe sur la chute de l’histoire. »*

Fort de cette renommée, René Laloux monte en 1977 un studio d’animation et cherche à adapter Les Hommes-machines contre Gandahar, de Jean-Pierre Andrevon. Malheureusmeent, le projet n’aboutit pas, et Laloux se retourne de nouveau vers le travail de Stefan Wul, à travers son roman L’Orphelin de Perdide.
Ce projet sortira en 1981 sous le titre Les Maîtres du temps. Le dessinateur Moebius arrive à créer avec Laloux un univers futuriste fascinant et un récit dont le rythme narratif soutenu arrive en permanence à frustrer le spectateur pour mieux le surprendre. Et malgré un ton enfantin, le film remporte un petit succès à travers le monde, notamment aux USA, probablement grâce une nouvelle fois à une poésie et un univers graphique riches.
A l’origine, le film était envisagé comme le premier d’une série de plusieurs opus en collaboration avec l’équipe du magazine Métal Hurlant. Seul celui-ci verra le jour malheureusement, probablement à cause d’un résultat qui ne satisfait pas totalement le réalisateur.
« Le style réaliste et remarquablement élaboré de Mœbius aurait nécessité, pour Les Maîtres du temps, un budget plus élevé que celui dont j’ai disposé. Si je peux considérer que le scénario de ce film est excellent, je ne peux pas en dire autant de toutes les séquences, pour le dessin des personnages et l’animation.« *
Il faudra ensuite attendre 1987 où, après quelques courts métrages, René Laloux arrive à monter son projet Gandahar, entamé quelques années plus tôt.
Pourtant, le résultat s’avère plutôt raté, surtout quand on sait que le réalisateur tenait beaucoup à ce projet.

Les décors et le design sont trop épurés, l’animation approximative, et l’histoire manichéenne est tristement ancrée dans son époque (la peur de la standardisation et la comparaison maladroite avec le nazisme).
En première partie, un court-métrage de Laloux est projeté, Comment Wang-Fô fut sauvé, un conte d’inspiration asiatique adapté d’une nouvelle de Marguerite Yourcenar. Cette histoire nous montre la fuite d’un vieux sage et de son disciple dans leur imaginaire, face à un monde dirigé par un Empereur insensible à l’art.
La fin de ce court métrage, où le héros disparaît dans les abîmes de son propre tableau, sera malheureusement prophétique, le film étant la dernière réalisation de René Laloux. Il essayera bien de monter A l’ombre du dragon, d’après un roman de Serge Brussolo et sur la base de dessins de Patrice Sanahujas, qui ne verra pas le jour mais dont subsiste un pré-teaser visible ci-dessous. Il se consacrera ensuite à enseigner l’imagerie numérique à Angoulême. Il décèdera en mars 2004.
Il laisse derrière lui trois longs et une dizaine de courts métrages, hissant l’animation française au-delà de son carcan habituel, majoritairement à destination du jeune public.
Ci-dessous, une présentation de Jean-Pierre Dionnet de Gandahar dans l’émission Cinéma de Quartier :
* Source : http://gciment.free.fr/caentretienlaloux.htm

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[...] Nous n’avons pas vu ce film, et n’en savons guère plus. Plusieurs solutions s’offrent à vous : regarder le teaser ci-dessous, pré-commander ce titre qui sortira le 28 septembre prochain, prier pour que Sony nous réédite Métal Hurlant – le film, et bien entendu relire notre formidable dossier consacré à René Laloux. [...]
[...] La Planète sauvage de René Laloux (accompagné des Escargots du même réalisateur) [...]