Festival Paris Cinéma 2010 // suite et fin

Par Guillaume PERRIN • 11 août 2010 • Categorie: Chroniques de cinéphages, FocusContacter l'auteur

Samedi 10 Juillet, dernière ligne droite vers la fin de cette 8ème édition du Festival Paris Cinéma avec un programme moins dense que les précédentes journées mais tout aussi excitant, à commencer par Mai Mai Miracle de Katabuchi Sunao. Nous avons pu découvrir le réalisateur lors sa conférence au Forum des Images le 9 février dernier. Homme de l’ombre de l’animation, il a pourtant assisté les plus grands (Hayao Miyazaki, Katsushiro Otomo) avant de réaliser son premier film en 2001 pour le compte du Studio 4°C (Mind Game) : Princesse Arete, qui toujours inédit en France.

Lors de ce rendez-vous mensuel en deux sessions au Forum des Images, un réalisateur d’animation présente d’abord une sélection de films l’ayant influencé puis son propre travail. C’est là que nous avons pu découvrir les premières images alléchantes de Mai Mai Miracle (2008). Malheureusement l’éditeur Kaze, qui était présent, a précisé que les deux films du réalisateur sortiraient directement en DVD sans passer par la case cinéma. Cependant, nous apprenions avec joie que Kaze distribuait le film en 35mm au hasard de quelques manifestations comme le festival Paris Cinéma. Mais c’était sans compter sur la grève générale du cinéma MK2 Bibliothèque

Malheureusement nous n’avons donc pas pu voir Mai Mai Miracle qui, pour les retardataires parisiens, sera une nouvelle fois projeté le 14 août au cinéma Le Nouveau Latina. Cela nous a tout de même permis de chiner dans la bonne humeur à la brocante cinéma qui se situait sur le parvis du MK2 Bibliothèque, et bien sûr de soutenir nos amis du MK2 bibliothèque.

Hirokazu Kore-eda jouit d’une solide petite réputation en France. Quatre de ses sept films ayant bénéficié d’une sortie en salles (2 des 3 inédits sortent en DVD en août 2010), le dernier en date étant le très inégal Air Doll. En effet, Air Doll bénéficie de rares mais réellement somptueuses séquences noyées au milieu de clichés sur une poupée gonflable (gonflante ?) qui se découvre une âme humaine. Bien que le film soit redondant et beaucoup trop long, Kore-eda y montre une réelle maîtrise dans la mise en scène, privilégiant la sobriété avec de petits travellings. On était alors en droit de présager que son incursion dans le Jidai-geiki, avec le film Hana, transcenderait son style.

C’était placer beaucoup trop d’espoir en Kore-eda. En comparaison, Air Doll, s’avère finalement dynamique. Hana met en scène les bas-fonds d’Edo (aujourd’hui Tokyo), capitale du Japon alors en paix depuis plusieurs années avec comme toile de fond la vengeance des 47 ronins.

Chez Akira Kurosawa et Sadao Yamanaka, les bas-fonds, malgré la misère qu’ils reflètent, respirent la joie de vivre. Chez Hirokazu Kore-eda, il ne se passe strictement rien… L’ennui s’installe durablement dès les premières minutes. Entre la bluette digne d’une production AB, des dialogues d’une banalité affligeante et  des temps de pause interminables, rien n’est laissé au hasard par le cinéaste pour alimenter notre lassitude.

La perspective de voir un film de Seijun Suzuki au cinéma est, vous en conviendrez, exaltante. Malheureusement, si le réalisateur n’a pas perdu ni son sens de la mise en scène osée et précise ni la beauté colorée de ses plans travaillés, il perd avec l’âge de son énergie et de son efficacité. Mélodie Tzigane (1980), premier film d’une trilogie thématique, nous présente la rencontre fortuite entre un professeur respecté, un ancien collègue vagabond et une geisha.

Malgré le scénario de Yozo Tanaka (déjà auteur du merveilleux The Catch présenté pendant le festival), on ne comprend pas le déroulement, le propos et la finalité de cette histoire totalement abstraite. Perdu dans une déconstruction narrative métaphysique de 2h24, le spectateur ne peut, à aucun moment, se raccrocher à un élément du film et rentrer dans ce conte onirique. Irrémédiablement hermétique, Suzuki pousse l’exercice à son paroxysme via une mise en scène astucieuse, dupant le spectateur qui perd alors tout repère et ne peut plus différencier le rêve de la réalité et le passé du présent. Déconcertant, voire pénible mais intéressant.

Deuxième film de Shinji Somai projeté dans une copie neuve, Typhoon Club est présenté comme l’œuvre emblématique du cinéaste. L’impatience de découvrir ce film est de taille, surtout après la découverte de The Catch et autant dire que les espérances sont amplement comblées.

Typhoon Club est un film sensitif et sensoriel. Un constat sur une jeunesse japonaise reposant avant tout sur une atmosphère. Le film parle de la fin de l’innocence, de l’insouciance de la jeunesse, de la prise de conscience des responsabilités liées à l’âge adulte, du poids de la société. Ce chaos psychologique est imagé par une ambiance de fin du monde pesante (le fameux typhon du titre du film). Même si Typhoon Club dans son traitement a une résonance évidente auprès du spectateur japonais, les thèmes abordés parlent tout autant au public étranger.

Une nouvelle fois Shinji Somai nous éblouit tant avec sa mise en scène (un plan séquence saisissant avec une caméra passant par un trou de porte) qu’avec sa direction de jeunes acteurs d’une fraîcheur et d’une authenticité naturellement spontanée. Deuxième réussite pour le réalisateur. A quand la prochaine découverte d’une de ses œuvres ?

En pleine préparation de son projet mystère, 1kult ne pouvait manquer une des dernières séances clôturant le festival, avec le Pinku Tandem réalisé par Toshiki Sato en 1994. Léger, drôle, durant tout juste une heure, fin et intelligent – même excitant par moment, – Tandem est en quelque sorte le film parfait pour terminer ce festival en beauté après s’être goinfré de films pendant 10 jours. Le film commence par une hasardeuse rencontre entre deux mâles se retrouvant dans un bar suite à une déception « amoureuse » pour ensuite basculer vers un road movie.

En l’état, le film est une divertissante réussite à défaut d’être mémorable. En revanche, pour ceux qui connaissent un tant soit peu le genre du Pinku Eiga et ses codes (structure et histoire souvent identique entre chaque film), le film est alors une vraie bouffée d’air frais !

Toshiki Sato s’amuse à détourner les codes du genre comme la traditionnelle scène de viol qui, grâce au montage, dévoilera sa vraie nature. De la même manière, le montage et le soin apporté au choix du cadre amorcent  à la fois des séries de gags (celui sur l’autoroute avec les arrêts aux différents feux de signalisation) et développent l’histoire. Étonnant aussi de constater que visuellement le film se détache de la production actuelle du cinéma Pink (essentiellement réalisé pour le marché de la vidéo) même si le rendu est à l’opposé des Romans Porno avec son cinémascope et ses couleurs chatoyantes, le cinéaste nous réserve de jolies scènes contemplatives aux couleurs naturelles.

Il est 23h30 quand nous sortons de la séance de Tandem ce mardi 13 juillet et cette 8ème édition de Paris Cinéma prend fin…

Nous attendons avec impatience l’année prochaine !

N.B. : La rédaction d’1Kult tient à remercier toute l’équipe du Festival Paris Cinéma et tout particulièrement Lucie Pedrola, qui s’est impliquée afin de nous obtenir les interviews, autorisations, ainsi que les réservations aux séances spéciales.

Première partie du dossier Festival Paris Cinéma 2010 : ICI

Deuxième partie du dossier Festival Paris Cinéma 2010 : ICI

Vidéos 1stantanées du Festival Paris Cinéma 2010 : ICI

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