Spider Baby (Jack Hill)

Par Anthony Plu • 12 août 2010 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Jack Hill est essentiellement connu pour ses films de blaxploitation et un Switchblade Sisters qui inspira (au moins) le look de Darryl Hannah dans Kill Bill. Sa carrière commence cependant bien avant, au début des années 60, lorsqu’il participe non officiellement à des productions Roger Corman. Il passe à la réalisation seul en 1964 avec ce Spider Baby à l’aura flatteuse chez les amateurs de films d’épouvante.

Avec son générique cartoon amusant et une introduction où l’acteur principal s’adresse à la caméra pour annoncer l’histoire à venir, on s’imagine déjà dans un ersatz des films de William Castle qui rencontraient un certain succès à l’époque. Le premier meurtre avec son humour à froid confirme l’impression, mais passé cette séquence, Jack Hill dévoile une tournure beaucoup plus malsaine, perverse et inquiétante où l’humour enfantin à la Castle se fait rapidement plus discret : le repas et la nuit que quatre personnes doivent passer dans cette famille de freaks met vite mal à l’aise.

Le film est en tout cas plus pesant à cause de son ambiance que de ses images dont l’horreur graphique a tout de même pris un sacré coup de vieux, d’autant que les limites du budget apparaissent trop clairement. L’aspect globalement fauché de l’image annonce d’ailleurs l’aspect un peu télévisuel que l’on retrouvera dans Night of the Living Dead de Romero, mais le film de Hill n’en possède pas la force viscérale. Il faut tout de même avouer que les trois enfants serial killers ont de quoi inquiéter le chaland : physiques étranges, dérangés mentalement, sadiques, meurtriers, mangeurs d’araignées (brrrrr) et de chats… voire cannibales…

Voilà pour le programme réjouissant qui vous attend durant 80 minutes au rythme particulièrement bien soutenu. De ce point de vue, cette famille a le sens de l’accueil et la personnalité de ses membres fait oublier les faiblesses de la réalisation. Car si ses personnages et l’ambiance du film sont assez radicaux, on regrettera les maladresses de la mise en scène dont le découpage imprécis trahit d’évidentes lacunes dans la gestion de l’espace. La conversation autour du repas est ainsi filmée sans trop de lisibilité spatiale. L’architecture de la maison aussi est problématique puisqu’on n’arrive jamais à replacer une pièce par rapport à une autre. C’est bien dommage pour ce genre de film où la demeure joue un rôle majeur dans l’histoire.

Pourtant, au vu des conditions et du temps de tournage (entre 7 à 12 jours selon les sources), avouons que Jack Hill s’en sort avec les honneurs. Il livre d’ailleurs plusieurs scènes de meurtres visuellement soignées. Dans ces moments-là, les plans des filles-araignées se font presque iconiques avec à la clé une apparition en contre-jour du plus bel effet.

Le scénario, lui, est forcément incohérent avec des victimes toutes plus idiotes les unes que les autres. Le personnage de Lon Chaney Jr. manque également de consistance et on aurait pu supposer que s’il avait été mieux écrit, plus « attachant » dans son rôle, la fin aurait mieux fonctionné.

D’ailleurs, en parlant de la fin, il faut évoquer un épilogue à « twist » gratuit et basique pour un résultat prévisible et éculé. Il est vraiment regrettable que ces parenthèses « décalées » ouvrent et concluent Spider Baby de façon humoristique alors que le film repose au contraire sur une atmosphère perverse. Les pellicules ayant été bloquées 4 ans à la suite de la faillite du producteur, on peut se demander si ces séquences n’ont pas été rajoutées tardivement ou si elles ne sont pas là pour permettre au film d’atteindre les 80 minutes.

Cependant, Spider Baby garde pour lui suffisamment de qualités déviantes pour toujours lui conférer une réputation qui n’est pas usurpée. Après, si vous n’aimez pas les araignées, c’est encore mieux*.

Le film sorti dans la collection vintage de Wild Side est évidement perfectible. Toutefois, pour un film libre de droit, c’est plus que regardable avec une copie très propre. En revanche, les noirs sont un peu bouchés, les blancs presque brûlés mais cela peut provenir des conditions de tournage. Précisions enfin que l’image manque de définition, que le son n’est pas d’une première jeunesse et que le film est recadré du 1,66 en 1,77.

*Note : Le rédacteur arachnophobe de ces lignes doit avouer que la vision de nombreuses et repoussantes bêtes velues a sûrement beaucoup pesé dans sa vision pas très rassurée de Spider Baby On peut regarder des Cat III hong-kongais, des zombies de Romero ou du bis rital et trembler dès qu’une (grosse) araignée est à l’écran.

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