La Vie à l’envers (Alain Jessua)
Par Sylvain PERRET • 17 août 2010 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurJacques Valin, petit agent immobilier de Montmartre s’ennuie. Une vie banale, routinière, auprès de sa compagne. Il décide de plonger peu à peu dans une folie heureuse, en se coupant du monde.

Alain Jessua est un réalisateur français malheureusement tombé aujourd’hui dans l’oubli du grand public. C’est dommage, car même si sa carrière compte peu de grands films, les velléités et l’ambition de cet auteur méritent qu’on s’intéresse à sa filmographie.
Cette dernière compte des films sociaux (Traitement de choc), certains portant sur des thèmes forts comme la montée de l’autodéfense (Les Chiens), ou plus souvent sur la solitude, thème récurrent de sa filmographie (Armaguedon, ou encore Paradis pour tous). Des films certes imparfaits, mais souvent remarquables par leurs sujets et leur originalité.
C’est le cas ici de son premier film, La Vie à l’envers au casting prestigieux, notamment le second couteau Charles Denner (L’Homme qui aimait les femmes de Truffaut) dans l’un de ses rares premiers rôles, mais aussi la jolie et mutine Anna Gaylor (vue dans plusieurs comédies hexagonales et une habituée des films de Jessua), ainsi que Jean Yanne en personnage épisodique. Ce dernier retrouvera aussi le réalisateur face à Alain Delon dans le remarquable Armaguedon quelques années plus tard.

La grande force de La Vie à l’envers est son point de vue. Impossible de savoir clairement que penser de ce personnage de Pierrot lunaire décidant de petit à petit se détacher du monde réel afin d’y trouver le bonheur. Pour cela, après plusieurs tentatives de retour dans la marche traditionnelle de la société, il quittera son boulot, sa femme épousée quelques jours avant par dépit, et perdra progressivement toute notion du réel.
Le temps devient flou, les choses perdent leur forme jusqu’à l’abstraction. Jessua exploite la notion psychologique de « scotomisation » (quand vous n’entendez pas votre réveil le matin de manière récurrente, c’est que vous scotomisez ce moment, vous l’effacez ou l’ignorez inconsciemment). Jacques Valin fait de même avec ceux qui l’entourent au quotidien, préférant se concentrer sur les choses simples, qu’il ne cesse de fixer. Folie ou trip spirituel ? Philosophie ou psychologie ?

Nous laissons le soin au spectateur de se forger sa propre opinion, et la réalisation de Jessua, inspirée et intelligente, servie par une magnifique photographie monochrome, et par un scénario hypnotisant, accouche finalement d’une petite pépite dont la patine du temps n’a rien ôté de sa force évocatrice depuis sa sortie en 1964. Enfin, notons que le cinéaste continuera d’explorer les thèmes du rêve et de l’escapisme avec Jeu de massacre, son film suivant, puis Paradis pour tous.
Le film sera diffusé durant l’Etrange Festival de Paris en septembre 2010. Il est aussi disponible en DVD avec la version novélisée du scénario par Jessua lui-même, chez l’éditeur Léo Scheer.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : La Vie à l’envers
RÉALISATEUR : Alain JessuaANNÉE : 1964 | PAYS : France | GENRE : Drame
RUBRIQUES TRANSVERSALES : Cinéma de Tonton
