Satoshi Kon (1963-2010)

Par Anthony Plu • 26 août 2010 • Categorie: Dossiers, FocusContacter l'auteur

Il y a des nouvelles dont on se passerait bien. C’est avec une profonde tristesse que nous apprenions mardi la mort de Satoshi Kon à 47 ans à la suite d’un cancer. Le metteur en scène ne laisse derrière lui qu’une courte filmographie, mais celle-ci demeurera comme l’une des plus passionnantes et riches de ces dernières décennies.

Après un début de carrière comme mangaka (avec par exemple le décevant Kaikisen : retour vers la mer, disponible en France chez Sakka), Satoshi Kon fait ses vrais débuts dans le cinéma comme scénariste de Magnetic Rose, premier segment du film à sketches Memories. Il passe ensuite à la réalisation en 1994 avec Perfect Blue qui fait l’effet d’une bombe dans le monde de l’animation japonaise. Ce brillant exercice de style offrait sans aucun doute le thriller le plus vertigineux qu’on ait vu depuis… depuis… depuis quand déjà ? A l’instar du Duel de Steven Spielberg, Perfect Blue était prévu pour une diffusion télé mais sa réussite artistique est telle qu’une sortie en salles est mise en place. Le film obtient rapidement un succès critique international qui hisse son auteur au même niveau qu’un Alfred Hitchcock, David Lynch ou Brian de Palma.

Son nouveau projet, Millenium Actress sort en 2001 sur les écrans. Attendu par beaucoup comme le messie, il ne déçoit pas, bien au contraire. Variation de Perfect Blue avec son principe de mise en abyme cinématographique, Millenium Actress se situe cette fois dans le registre du drame. Cette fresque intimiste bouleversante, doublée d’une déclaration d’amour au 7ème art d’une évidente sincérité, est un authentique chef d’œuvre qui ne connut malheureusement pas une distribution à la hauteur de ses qualités.

Nous n’avons en revanche toujours pas vu Tokyo Godfathers (2003) qui jouit également d’une excellente réputation. Sa réalisation suivante fut une série télé : Paranoia Agent (2004). 13 épisodes hallucinants pour un scénario aussi audacieux que jubilatoire. Chaque épisode était différent du précédent grâce à une remarquable construction d’une rare maîtrise mélangeant avec bonheur et virtuosité les registres et les genres. Ce sera encore une fois un succès.

Sa dernière réalisation remonte à 2006 avec Paprika qui, s’il manque un peu d’émotion, propose un univers et une mise en scène éblouissants et d’une puissance imaginative impressionnante.

Satoshi Kon travaillait actuellement sur un nouveau film intitulé The Dreaming Machine, titre ô combien révélateur de son cinéma et de son impact sur le spectateur. Nous ne savons pas jusqu’à quel stade il a pu mener ce projet.

Sans aucun doute, la carrière de Satoshi Kon est l’une des plus belles, personnelles, radicales, intenses et poétiques qu’il nous ait été donné de voir. Nous tenions à saluer cet authentique génie du 7ème art qui aura été la preuve, s’il en fallait une, que l’animation peut offrir et ouvrir des possibilités que le cinéma en prise de vue réelle ne peut concrétiser. Son génie de la narration, son habileté à jouer avec la perception du public pour mieux déjouer ses attentes, sa capacité à donner vie aux personnages les plus complexes ont fait de lui un des cinéastes les plus importants de son époque.

Il disparaît en laissant un trou béant dans le monde du dessin animé japonais, que beaucoup d’amateurs ont découvert grâce à lui.

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Enfin 2 commentaires. Et vous ? »

  1. [...] Retrouvez notre dossier consacré à Satoshi Kon ici. [...]

  2. Voici les derniers mots du réalisateur… émouvant et forçant le respect !
    http://www.makikoitoh.com/journal/satoshi-kons-last-words

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