Festival Franco-Coréen du Film 2009 // Itw partie 2

Par Guillaume PERRIN • 21 oct 2010 • Categorie: DossiersContacter l'auteur

Il y a beaucoup de films qui ne datent pas de 2009…
GC : nous ne pouvions pas projeter uniquement des films de 2009 et de toute manière, pour les français, la majorité des films sont « nouveaux » même ceux de 2007. Mais nous nous sommes restreint à ne pas choisir des films au-delà de 2007, cela nous permettait aussi d’avoir plus de choix pour notre sélection.

1kult : Pourquoi avoir choisi la projection vidéo et non pas du 35mm ?
Gilles Collot : Le coût (rire)

J’imagine facilement (il faut savoir que le prix d’une copie monte vite pour le loueur : une bobine pèse en moyenne 30 kilos et est fragile, il y a la location du film + frais de stockage, le rapatriement en France et le renvoi des bobines en Corée). Mais est ce que la Corée vous soutient ?
Minchol Cha : Le festival est subventionné par le ministère coréen de la culture. Cependant même si il y a toujours du soutien il faut reconnaitre que le budget alloué au cinéma indépendant diminue à l’inverse des gros films comme ceux de Bong Joon ho, ou de Park Chan Wook.

Les réalisateurs indépendants ne sont-ils pas propriétaire de leur film ? Dans ce cas ne pourraient-ils pas vous les envoyer directement ?
GC : Non car la plupart des films ont un distributeur qui s’occupe de la distribution international (ex : Indiestory et Mirovision). Malheureusement, ils ont tous une politique pratiquement fixe là dessus, par exemple un film pour 2 séances c’est 500 Dollars. Les négociations sont pas si compliqués que ça à de très rares exception. Par contre il est vrai que certain distributeur comme CJ Entertainment privilégie les festivals plus important comme Cannes et Deauville.
MC : Cette année sur les 39 films, 4 sont en 35 mm.
GC : Pour Breathless, c’était plus facile puisqu’il y a un distributeur français. La copie existe déjà, elle est aussi passée dans plusieurs festivals. Au final le prix est forcément moins élevé que si on avait choisi d’importer une copie directement de Corée.

Le choix de la vidéo est donc plus rentable pour vous ?
MC : Pour la vidéo on ne paye, à l’origine, que les droits de diffusions ! Mais il y a encore du travail car il faut transcoder ces vidéos en PAL, faire des sous titres français ce qui veut dire traduire les films, prendre quelqu’un pour faire la synchronisation, etc. Ce sont d’autres contraintes mais c’est tout de même plus avantageux pour nous au vu de notre budget.

Plusieurs des films que vous proposez sont spécialement sous-titrés français à cette occasion. C’est un effort appréciable pour le confort du spectateur et ce même si, pour une minorité de films présentés, le double sous-titrages français/anglais prend un peu trop d’espace sur l’image.
GC : C’est sûr que c’est mieux quand on nous envoie des copies non sous-titrés.
DongSuk Yoo : On les demandes sans mais nous avons quelquefois des surprises.
GC : Le problème c’est qu’ils n’ont, bien souvent, qu’une seule copie en Beta. Ils ne vont pas faire l’effort et nous offrir le luxe d’en digitaliser une deuxième sans sous titre à partir du négatif original. Donc on fait avec le matériel que l’on nous envoi.

Comment ont été choisis les courts métrages croisés ?
GC : les courts métrages sélectionnés s’inscrivent autour d’une thématique en rapport avec l’un de nos partenaires : le Festival Gay & Lesbien. Et les films sur les homosexuels coréens, il faut les trouver ! (rire) Il y a un très gros travail de recherche pour s’apercevoir une fois ce travail fini qu’il y en a eu au final que tout juste 10 qui ont été tournés dernièrement. De plus pour en visionner certains il faut vraiment faire preuve de bonne volonté. Je ne les trouve pas tous exceptionnels, mais il y en a 5 qui sortent vraiment du lot et qui tentent d’apporter quelque chose de nouveau sur le sujet.
En Corée ce n’est pas un sujet qui est facile à aborder. Les coréens  n’osent pas traiter ce thème car ils ressentent le poids de la société qui considère que l’homosexualité n’existe pas. Il y a bien une loi contre l’homophobie mais il y a toujours un décalage entre la loi, son application et son acceptation par la société.
Enfin pour les séances « Regards Croisés » nous avons mélangé les courts coréen et français afin que le spectateur puisse constater qu’il y a une nette différence dans l’approche de la sexualité. Les français ne se fixent pas de limites sur ce que l’on peut montrer ou pas, tandis que les coréens respectent une certaine morale sociale. De mémoire je ne crois pas avoir vu dans le cinéma coréen une scène de sexe entre homosexuels. Si bien que les coréens jouent plus sur la subtilité. Par exemple, 2 des films sélectionnés ont été réalisés par des lycéennes qui tentent de répondre à leurs curiosités avec des questions identitaires et un discours social : qu’est ce que l’homosexualité ? Pourquoi on en parle ? Pourquoi moi ? Etc.

Y-a-t-il plus au moins de facilité d’aborder le sujet selon le sexe en Corée ?

GC : je pense que c’est plus simple en tant que femme car elles supportent moins le poids de la société… Hum je ne sais pas trop comment l’expliquer… La coutume, dans la société coréenne, veut que ce soit le garçon qui transmette et fasse perdurer le nom de la famille. Le garçon a ce devoir qui peut devenir un grave problème s’il ne peut pas s’en acquitter. En Corée, la femme est celle qui traditionnellement sort de la famille, quoiqu’en dise la famille pour donner une bonne image, c’est un fait.

Est-ce qu’il y a encore beaucoup de sujets tabou comme celui-ci en Corée ? Je pense notamment à la drogue, la politique, les SDF ou l’éducation ?
GC : La critique de l’éducation revient régulièrement en ce moment dans les films. La Corée a un esprit ultra compétitif dés le lycée. Comme nous, il y a un examen à la fin du lycée mais cet examen est lourd de conséquences. Selon le résultat obtenu, il permet d’avoir accès aux meilleures universités. Beaucoup rentrent alors dans des « instituts d’études privés du soir » après leur journée au lycée qui commence à 8 heures du matin. Ils sortent souvent de ces instituts privés vers 2 heures du matin et ce n’est pas tout puisqu’ils y travaillent aussi tout le week-end et ce dans l’unique but de rentrer dans les 3 plus prestigieuses universités de Séoul. Récemment la Corée a votée une loi pour interdire ces instituts de rester ouvert après 22h afin que les enfants puissent… dormir !

Comment se porte l’industrie du cinéma En Corée ?
GC : La vague est passée. L’année dernière, en 2008, j’ai pu constater les ravages de la grosse crise financière qu’il y a eu la même année. Le cinéma est principalement financé par des compagnies qui spéculent. Elles amassent de l’argent, qu’elle place dans différentes société de différents secteurs pour ensuite récupérer des intérêts sur les recettes du cinéma. Les gros distributeurs/producteurs comme CJ et ShowBox reçoivent donc moins d’argent de ces compagnies, la production a donc sévèrement chuté en 2008 avec 80 productions contre 130 en 2007. Par ailleurs, moins de films ne signifient pas qu’ils sont meilleurs, la qualité générale baisse aussi. De plus, comme je le précisais plus tôt, 10 films fonctionnent dans l’année, et les autres tentent de se faire une place. 80% des films ne dépassent pas ou très rarement les 50 000 entrées. Beaucoup ne sortent que dans 2 salles pour faire 1000-2000 entrées.

Toujours ce problème de distribution ?
GC : Le système de distribution coréen est basé principalement sur 3 conglomérat qui, en plus d’avoir plusieurs activités comme l’alimentaire, possède chacun une société de production importante : CJ Entertainment, Showbox et Lotte. A eux 3, ils détiennent 90-95% des salles coréennes. En plus de détenir ce nombre conséquent de salles, ils contrôlent aussi toute la « vie » d’un film puisqu’ils sont investisseurs, producteurs, distributeurs et éditeurs. Ainsi ils peuvent décider du succès ou non d’un film, de sa sortie en salle, de son édition en DVD et de sa distribution en VOD ou sur les téléphones portable.
L’ennui c’est que les indépendants ne réagissent pas et ne s’adaptent pas aux changements de la technologie. Depuis, un moment je m’interroge et je leur suggère de se réunir et de créer leur propre plateforme VOD pour distribuer leurs films. La VOD marche extrêmement bien là-bas cela a même causé la mort du DVD. Les coréens trouvent ça plus simple : tu cliques et tu as ton film rapidement ! Malheureusement il n’existe que les plateformes des Majors qui distribue leurs gros et petits films (mais cela reste des films de Majors).
Je ne sais pas si vous connaissez Darcy Paquet, c’est un journaliste américain qui est très connu en Corée. Il écrivait beaucoup pour Variety, il fait aussi de la traduction comme les sous-titrages, il a travaillé aussi pour la KOFIC. Il a d’ailleurs écrit un article sur la KOFIC qui montre comment fonctionne la distribution et l’exportation du cinéma Coréen. Darcy Paquet met en évidence le fait que la KOFIC met l’accent sur 6 réalisateurs (PARK Chan-Wook, KIM Ki-Duk, BONG Joon-Ho, KIM Ji-WunIM Sang-Soo, etc.) et que la KOFIC va concentrer tous ses efforts pour les promouvoir partout dans le monde au détriment de tous les autres films. La KOFIC fait comme le cinéma chinois dans les années 80-90, avec Chen Kaige & Zhang Yimou. Il ne faut pas réduire le cinéma coréen à ces 6 réalisateurs.
Pour ce qui est du cinéma étranger en Corée, il y a bien évidemment le cinéma américain mais aussi chinois, japonais et même français. Ce dernier est d’ailleurs mieux accueilli et apprécié que le cinéma coréen en France (rire). Europa Corp est bien présent et avec un film comme Taken il font 3-4 millions d’entrée ! Après ce sont des films de réalisateurs qui sont un peu connu et qui ont un vrai univers je pense notamment à Agnès Jaoui. En 2008, 14 films français ont été distribué en Corée !

J’ai vu qu’il y a un évènement en parallèle du festival qui se déroule en banlieue parisienne ?
MC : Oui, J’ai rencontré au Centre Culturel Coréen un professeur qui vient de Corée. Nous avons décidé d’un commun accord de faire une séance spéciale à Noisy-le-Grand en partenariat avec l’université de Marne  La Vallée.
GC : Ils ont en fait récupéré deux parties de la programmation du festival étalé sur deux jours : deux documentaires sur la famille dont un qui était passé en clôture du festival de 2007, et les trois films de LEE Myung Se qui était présent pour présenter ses films et échanger avec le public. Ces séances spéciales ont rencontré leurs petits succès.

Vous proposez aussi pour la première fois avec cette édition des films d’archives. Vouliez-vous proposer une alternative opposée aux films de jeunes réalisateurs avec ces vieux films qui sont tout autant invisible et inaccessible ?
DS : L’année dernière, nous avons fait un sondage auprès du public pour savoir s’il souhaitait que le festival diffuse des films classiques introuvables qui ne sont pas vraiment connu même en Corée. Nous avons récolté beaucoup de réponses positives d’où la création cette année de la section « KOFA-FFCF Classiques ». Cette section pourra tourner autour d’un cinéaste, d’un genre ou d’un thème comme celui de cette année « Le cinéma coréen des années 60 et 70, un paysage lointain » avec des films qui rendent compte d’un certain état de la société coréenne de l’époque, une certaine idéologie et des films de propagande.
Au départ nous souhaitions projeter un film supplémentaire sur un chanteur d’un groupe des années 70 qui subissait une pression de la part du gouvernement mais le distributeur exigeait que le film soit projeté en 35mm. Malheureusement avec notre budget nous ne pouvions pas accepter.
MC : Dans le cadre de cette section « archives » et les films de propagande des années 70, nous allons faire une conférence avec des intervenants français : Sylvie Thouard de l’université Paris Est Marne-La-Vallée et Frédéric Monvoisin de l’université Paris Ouest Nanterre. Je voudrais ajouter qu’il est très rare de voir des films de propagande d’Im Kwon-Taek car il est généralement réticent. D’ailleurs si il a accepté c’est aussi parce que nous avons expliquer, via cette conférence, le contexte dans lequel ces films ont été réalisé. Im Kwon-Taek a généreusement accepté de réaliser une petite interview vidéo que nous avons diffusé avant cette conférence.

Ces vieux films ont-ils été plus faciles à obtenir ? la KOFA vous aide-t-elle à promouvoir son patrimoine ?
DY : C’est en fait assez compliqué. Par exemple, il est plus difficile de trouver les ayants droits pour les vieux films que pour les films récents. Les droits peuvent être détenus par des particuliers comme par la KOFA. Par contre pour la copie il faut absolument passer par la KOFA. Si bien que nous devons payer les ayants droits pour avoir l’autorisation de projeter le film et la KOFA pour avoir la copie. La traduction est aussi plus complexe, la langue et le vocabulaire a beaucoup évolué depuis les années 70 il est donc difficile de coller au plus près des dialogues.

Je trouve que l’initiative est vraiment bonne. Autant les vieux films que les récents, ce sont aussi des témoignages de l’histoire de la Corée, d’une époque, d’une culture. C’est pour cette raison que j’aime découvrir des films de patrimoine…
GC : Je suis d’accord, surtout qu’aujourd’hui on a le recule nécessaire pour juger et apprécier les vieux films alors que pour les films récents on ne sait pas comment ils vont être perçu plus tard. Aujourd’hui on voit des films à l’instant T, et peut-être que leurs images changera avec le temps et des films qu’on appréciait s’avéreraient sans doute ridicule et inversement.

Quels sont vos projets pour les futures éditions ?

MC : Nous souhaitons développer plusieurs points : créer un réseau en France. Il existe beaucoup de ville en France où il y a une association qui réunit la communauté coréenne ou d’autres festivals avec qui nous pourrions collaborer et faire des séances spéciales. Nous avons à cœur de faire découvrir ce cinéma en dehors de Paris qui est toujours la ville privilégiée.
D’autres par il nous faut trouver d’autres financement français comme l’Action Christine qui est le seul venant de France à ce jour. Nous n’avons pas de soutien français, nous préparons, d’ailleurs, plusieurs dossier en ce moment pour avoir ces soutiens ainsi que des subventions pour notre association. C’est un travail administratif assez lourd.
Enfin, il est nécessaire de réorganiser l’association. Actuellement les membres de l’association 1886 sont restés inchangé depuis sa création alors que normalement un renouvellement doit se faire chaque année.
Pour ce qui est de nos projets futurs, je suis allé récemment en Corée pour le tournage de mon propre film et j’ai rencontré des gens qui s’intéressent à notre festival. Je souhaite absolument dans 3-4 ans faire venir des jeunes talents français à Séoul pour faire un Festival Franco-Coréen à Séoul.

PREMIERE PARTIE DE L’INTERVIEW ICI

Interview réalisée en novembre 2009. Merci à l’équipe du FFCF pour leur disponibilité.

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