Private parts (Paul Bartel)

Par Sylvain PERRET • 29 oct 2010 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Cheryl, une adolescente, se dispute avec sa colocataire et se retrouve seule dans les rues de New York. Elle décide alors d’aller demander l’hospitalité à sa vieille tante, qui tient un hôtel pour le moins étrange.


Paul Bartel est un réalisateur qui reste trop méconnu malgré une carrière intéressante. La Course à la mort de l’an 2000, Lust in the Dust, et surtout Eating Raoul ne sont que quelques unes des réussites de ce metteur en scène excentrique et fascinant. Nous en voulons pour preuve son premier long-métrage, Private parts, dont le titre permet à lui seul de résumer son univers bicéphale. En effet, la double signification (« parties génitales » et « parties privées ») évoque à la fois la teneur sexuelle, gentiment graveleuse et provocatrice de sa carrière, mais aussi le mystère qui entoure cet étonnant film.

Ce qui fait la force du cinéma de Bartel est sans conteste son habileté à parasiter un genre ou un sujet pour livrer en plus d’un solide divertissement, une œuvre ironique et allumée où se côtoient prêtres adeptes du bondage, pilotes automobiles meurtriers et couple de tueurs éliminant leurs victimes à renfort de poêles à frire. Un maelström cartoonesque, en quelque sorte.

Après deux courts métrages (malheureusement invisibles après quelques recherches), Paul Bartel signe ici son premier long métrage et rend un hommage touchant à Hitchcock et à son Psychose dont l’ombre plane sans cesse sur Private Parts (l’héroïne fuyant avec de l’argent, la maison où chaque pièce est une sorte de miroir à deux faces, le caméo de Paul Bartel à la manière du maître du suspense, jusqu’aux derniers instants du film).

Les personnalités des protagonistes, dont les contours rappelant des dessins animés semblent dessinées au feutre, ont tous plusieurs facettes, et chacun suit sa propre quête. La principale est bien évidemment celle de Cheryl, dont le seul but est de devenir une femme et sortir de l’enfance. Dès les premières images, elle nous est montrée « derrière le rideau », espionnant un couple d’amis en plein acte sexuel. Découverte, elle se sauve alors que sa colocataire lance un « elle n’est qu’une gamine ».

Elle s’enfuira à la manière de Marion Crane avec la cagnotte (ici, le portefeuille de son amie avec une poignée de dollars), pour se retrouver chez sa vieille et inquiétante tante (après avoir pris soin de se maquiller pour paraître plus âgée, pour faire femme).

Pour Cheryl, tout le film est un parcours à la recherche du dépucelage. Nous la voyons tantôt lire des revues sur le sujets, prendre conscience de son propre corps et de l’attirance qu’il crée dans la salle de bain (avec encore un hommage à Psychose au programme), tantôt séduire le déménageur et le dévorer du regard, avant d’aller flirter avec son voisin de palier.

Le désir sexuel est d’ailleurs au centre du film. Tous les personnages ont un problème avec leurs pulsions, soit de manière triviale (l’homme en soutane adepte d’hommes virils et de tenues SM), soit de manière plus inquiétante, à l’instar du mystérieux voisin de palier. Sans rien révéler, son rituel étrange réussit à être original et parfaitement inquiétant.

Avec sa galerie de personnages improbables interprétés avec justesse, sa belle réalisation et son scénario beaucoup plus malin qu’il n’y paraît, Paul Bartel signe ici un premier film à découvrir d’urgence (comme le reste de sa carrière, sur laquelle nous reviendrons certainement), qui dépasse la simple promesse du film d’exploitation pour offrir une des relectures les plus savoureuses de Psychose d’Hitchcock.

Inédit en DVD chez nous, Private parts existe en DVD américain au format (1.85:1) et sous titré dans notre langue.

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  1. [...] d’abord, parlons de Private Parts de Paul Bartel. Nous vous parlions du bonhomme déjà après qu’un hommage ait été rendu à [...]

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