Survivre à sa vie (Théorie et pratique) (Jan Švankmajer)
Par Sylvain PERRET • 17 nov 2010 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurEugène s’ennuie dans sa vie. Il se console en s’échappant dans ses rêves où il retrouve une femme. Un jour, il tente d’interpréter ses rêves avec l’aide d’une psychanalyste.

Jan Švankmajer est depuis près de cinquante ans un cinéaste reconnu pour ses nombreux courts métrages d’animation, comme Les possibilités du Dialogue. Pourtant, on oublie un peu trop souvent dans sa carrière ses longs métrages, au nombre de six, et dont la dernière pièce est le film qui nous intéresse ici.
Survivre à sa vie (Théorie et pratique) s’ouvre, à l’instar du précédent film de son réalisateur, Les Fous (Sileni), sur une introduction de Švankmajer en personne qui nous explique ce que nous allons voir. Jouant avec nous, il nous explique, montre à la main, que cette comédie « ne fera rire personne », que les raisons de ne pas avoir pris des vrais acteurs au profit de l’animation provient du fait qu’un acteur coûte plus cher qu’une photo, et il nous salue en se félicitant d’avoir gagné quelques précieuses minutes pour faire durer son long métrage.
A la fois ludique et sincère, ce discours ne cache-t-il pas une véritable difficulté pour le metteur en scène de monter financièrement ses projets ? C’est d’ailleurs un des longs métrages les plus courts de ce cinéaste (80 minutes). Pendant ce temps, nous suivons un personnage perdu entre rêve utopique et réalité ennuyeuse. Tout se bouscule alors, et il est impossible de distinguer plastiquement dans quel univers nous évoluons. Mélange de photographies et d’animation, le délire et la folie ne sont évidemment jamais loin.

Les photos s’animent alors, des serpents sortent par les fenêtres, des mains géantes applaudissent les action des protagonistes et les portraits de Freud et de Jung se battent sur le mur de la psychanalyste. Pas de doute possible, nous sommes bien chez Švankmajer, surtout que les symboles récurrents du maître sont présents (les poulets, la présence de la nourriture systématique, les langues, etc…)
D’ailleurs, notons que le film possède une forte part autobiographique. L’anecdote, entre autres, du personnage qui, petit, rêvait qu’il était poursuivi par des soldats vient, de l’aveu même de son auteur, de son enfance.
Voilà d’ailleurs la grande force de Survivre à sa vie (Théorie et pratique) : son indéfectible sincérité, une œuvre à la fois à fleur de peau et absurde, où le spectateur a l’impression d’évoluer dans l’esprit de Švankmajer. C’est malheureusement aussi sa grande faiblesse, car le film souffre d’un didactisme beaucoup trop systématique. Film psychanalytique, nous suivons alors la quête de son personnage principal rassemblant les indices afin de trouver une vérité, à savoir son secret traumatique enfoui et oublié. Oui, mais voilà, le film ayant démarré sur une intrigue psychanalytique, le spectateur ne peut s’empêcher d’espérer être surpris, saisi au dépourvu par un ressort narratif différent. Mais, hélas, la résolution du mystère psychanalytique n’offre rien de plus. Un comble quand on sait que le talent du réalisateur réside dans sa capacité à créer des œuvres qui résistent à une analyse trop linéaire.
Malgré tout, de belles séquences (comme l’hilarant combat des deux théoriciens de la psychanalyse dans leurs cadres) assurent le plaisir qu’a toujours su nous offrir le metteur en scène, à l’aune de cette ultime image dans la salle de bain.
Survivre à sa vie (Théorie et pratique) a fait l’ouverture de l’intégrale Jan Švankmajer que consacrait le Forum des Images au réalisateur. Il devrait sortir chez nous dans les prochains mois en salle.



