Sins of Sister Lucia (Koyu Ohara)
Par Sylvain PERRET • 19 nov 2010 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurRumiko, après avoir séduit son professeur particulier d’anglais, tente de s’enfuir avec ce dernier et l’argent de son père. Ce dernier s’en aperçoit et envoie sa méchante fille dans un couvent afin de la remettre dans le droit chemin. Accueilli sous le nom de soeur Lucia, Rumiko trouvera plutôt les voies de la débauche, du stupre et de la luxure…

Sins of Sister Lucia est un Pinku Eiga de 1978 signé Koyu Ohara. Le Pinku Eiga désigne le cinéma érotique japonais, qui apparut vers 1965 (Neige Noire de Tetsuji Takechi est considéré comme un des premiers films marquants du genre, dû au scandale qu’il suscita) et connut rapidement un engouement populaire. Filmé en très peu de jours, mais en pellicule et généralement en scope, et surtout avec une liberté immense, des réalisateurs comme Koji Wakamatsu ou Masaru Konuma y firent leurs armes et livrèrent certaines de leurs plus grandes œuvres.
Devant le succès de ces films, de grands studios se lancent de près ou de loin dans le genre comme la Toei (avec le Pinky Violence ou le Ero Guro) ou comme ici la Nikkatsu, sous la dénomination de Roman Porno.
Le réalisateur Ohara est l’un des cinéastes le plus sous-estimé de chez Nikkatsu, [dont la valeur a été] finalement reconnue vers la fin des années 1990 lors de son incursion dans le pop art. Il était sans conteste le réalisateur le plus en vogue des studios mêlant la musique contemporaine aux scènes à la mode dans la plus pure tradition des films pinku eiga.Thomas & Yuko Mihara Weisser, Japanese Cinema Encyclopedia: The Sex Films
Koyu Ohara, réalisateur prolifique du genre, a été surnommé le Roi du Pop Art Pornographique pour ses audaces artistiques. On lui doit notamment Fairy in a cage et Wet Rope Confession : Convent Story, peu visibles et méconnus chez nous, à l’instar du reste de sa carrière.

Sins of Sister Lucia appartient au sous-genre du film de nunsploitation (le film de nonnes), dont le Japon est friand et ne retient que les grandes lignes exotiques : le fétichisme, l’austérité et la chasteté. Il ne faut donc pas voir dans des œuvres du genre comme Le Couvent de la Bête Sacrée une provocation, une critique ou une hérésie face à une institution religieuse.
C’est le cas ici où le réalisateur préfère tout simplement nous offrir une vision érotisée de la vie en lieux clos d’un couvent. Bercé de nombreux morceaux de bravoure, le film s’ouvre sur une introduction étrange où des hordes de nonnes fantomatiques assaillent dans les couloirs du couvent la belle Rumiko. Tout l’enjeu du métrage sera pour les religieuses de faire de cette dernière l’une des leurs.
Pourtant cette dernière, renommée malgré elle sœur Lucia, refusera d’accepter son sort, et plongera alors vers la transgression. Notons la belle séquence où, lapidée par des pelotes de fils, notre héroïne se retrouve prise dans une toile d’araignée, métaphore évidente du pouvoir tentaculaire de cette communauté.

Pourtant, Roman Porno oblige, les dérives sexuelles sont nombreuses, surtout chez les religieuses d’apparence prudes et pures : saphisme, bondage et sado-masochisme soft ne sont que quelques-une des séquences que sublime littéralement Koyu Ohara utilisant pleinement les possibilités d’un format scope parfaitement maîtrisé. Les nonnes, en cherchant à attirer vers elles Soeur Lucia, ne feront que produire l’effet inverse. La jeune rebelle verra alors dans l’arrivée de deux évadés un moyen de se venger, se transformant alors en une sorte d’Eve diabolique (plusieurs séquences voient d’ailleurs notre héroïne regarder les châtiments infligés aux nonnes en croquant avec gourmandise une pomme).
D’une durée de 70 minutes (les films du genre dépassent rarement les 80 minutes), Sins of Sister Lucia est un pur produit d’exploitation cherchant à tout prix le divertissement du spectateur. Pourtant, des très nombreuses qualités graphiques du film, il se dégage un parfum sulfureux assez hypnotisant qui assure le plaisir du spectateur, malgré une petite faiblesse du rythme dans la seconde partie du film.
Qu’importe, le spectacle est là, il est splendide et gentiment blasphématoire, et accompagné, cerise sur le gâteau, d’un joli twist final. Nous aurions pu en demander plus, mais cela est déjà amplement suffisant pour notre plaisir. Le film, s’il n’est certes pas un sommet du genre, constitue une jolie introduction pour le néophyte, et fera plaisir aux fans fins connaisseurs, mais que l’on ne s’y trompe pas : Sins of Sister Lucia n’est pas non plus un classique de la trempe de La Femme aux Seins percés, Bondage ou la Bête aveugle.
Mondo Macabro nous offre une fois encore un DVD de haute volée. Le master est très propre, le film est en version originale sous titrée en anglais, et les bonus sont nombreux. Notons cependant que le documentaire sur le cinéma japonais est certes très intéressant, mais il est présent sur les autres volumes de la collection Nikkatsu de l’éditeur.
De plus, la présence de Jasper Sharp est judicieuse, parce que ce dernier a signé un excellent ouvrage sur le sujet : Behind the pink curtain)Encore une fois, Mondo Macabro nous offre une rareté dans un disque au contenu et à la qualité remarquable !

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