Cabeza de Vaca (Nicolas Echevarria)

Par Anthony Plu • 26 nov 2010 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

La vie de l’explorateur espagnol Cabeza de Vaca, qui a marché pendant huit ans à travers l’Amérique jusqu’à la côte Pacifique du Mexique après avoir fait naufrage au large des côtes de la Floride en 1528. Il fut le premier européen à découvrir ces terres.

Il y a quelque chose de bizarre à assister à l’avant-première d’un film sorti il y a 19 ans. Dans le cas de Cabeza de Vaca, on dira que pour reprendre l’expression consacrée « mieux vaut tard que jamais« . Il aurait été dommage que cette adaptation du roman autobiographique La Relation de voyage (ou Naufrages) de Alvar Nunez dit « Cabeza de Vaca » ne sorte jamais en France.

C’est un passionnant film d’aventure ethnologique qui évoque les huit années que passa l’auteur, un explorateur espagnol, dans des tribus indiennes et mexicaines. Il fut survivant d’un naufrage, esclave, avant d’être considéré comme une sorte de guérisseur pour finalement être retrouvé par une autre expédition qui l’accusa d’être un hérétique.

C’est un périple fou et difficilement imaginable mais qui demeure véridique (avec cependant quelques libertés prises). Au-delà de cet aspect incroyable qui pourrait presque se suffire à lui-même, le réalisateur Nicolas Echevarria livre un film dont la démarche est très proche du documentaire : les langues des tribus sont respectées et jamais sous-titrées, il « capte » les différents rituels sans les juger ou les expliquer, ni porter de regard moral dessus. On vit donc le destin de Cabeza de Vaca en même temps que lui, découvrant les mœurs des indigènes à travers son regard.

Il en résulte un récit spirituel initiatique dont la force est décuplée par l’absence quasi-totale de dialogues et par l’aspect mystique des rites sorciers. Un voyage fascinant, dépaysant et hors du commun qui repose aussi beaucoup sur un acteur étonnant tout à fait crédible malgré un rôle des plus délicats. Juan Diego joue ainsi une gamme d’émotions et d’expressions variées à la lisière de la folie sans pourtant tomber dans la surenchère ou l’excès.

Il porte le film sur ses épaules, mais ne suffit cependant pas à faire oublier les problèmes de rythme du dernier tiers quand Cabeza de Vaca retrouve plusieurs de ses compagnons. Paradoxalement, le surplus de personnages et le retour de la parole nuit finalement au film, à l’immersion du spectateur et à son originalité. Parmi les autres défauts, il faut aussi évoquer une structure en long flash-back qui n’était pas nécessaire. Il faut surtout passer outre une ouverture brouillonne et bancale située sur les radeaux des naufragés.

Mais ces défauts sont oubliés devant l’intelligence du scénario, l’intégrité de la démarche artistique, la mise en scène à hauteur d’homme et l’univers irréel du film.

Cabeza de Vaca a été diffusé durant L’Etrange Festival de Paris 2010 et sort le 22 décembre 2010 en salle.

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