Mario Monicelli // Hommage en 7 films

Par Anthony Plu • 30 nov 2010 • Categorie: Dossiers, NewsContacter l'auteur

Pour une fois Mario Monicelli ne nous fait pas rire. L’annonce de son suicide à 95 ans nous plonge dans une profonde tristesse et pourtant la journée nous avait déjà bien mise en condition suite aux décès de Leslie Nielsen et Irvin Kershner.

Né en 1915, Mario Monicelli rentre dans le cinéma en 1936 d’abord comme assistant-réalisateur puis scénariste. En 1949 il se lance dans la réalisation en duo avec Steno avec qui il réalise sept films dont le plus connu reste Gendarmes et voleurs avec Toto (photographié par Mario Bava). Il dirigera d’ailleurs ce dernier dans plusieurs films de la série qui lui est consacré. C’est d’ailleurs avec Toto et Carolina en 1953 que Monicelli se lance enfin en solo dans la mise en scène. Il accède à la célébrité internationale cinq ans après avec le fameux Le Pigeon, fleuron et chef d’œuvre absolu de la comédie à l’italienne où gags burlesques, galerie de losers et arrière-fond social se marient à merveille pour un film où l’humour monte crescendo pour culminer dans une dernière partie délirante.

Malheureusement ce Pigeon est un peu l’arbre qui cache une forêt riche tout de même de 65 films. C’est pourquoi nous décidons de revenir sur une sélection de sept titres remarqués lors de sa rétrospective à la Cinémathèque il y a de cela deux ans.

  • Mes chers amis (1975)

On pourrait comparer ce film à un pendant italien de un éléphant ça trompe énormément. Nous suivons les virées « tziganes » de quatre quinquagénaires (bientôt cinq) qui s’enfuient du quotidien ennuyeux pour se réfugier dans les blagues potaches et régressives.

Immédiatement attachant et truffé de saynètes irrésistibles qui sont autant de scènes cultes à se tordre de rire (la scène de la gare, l’hôpital, les toilettes de la soirée mondaines, les géomètres dans l’arrière village, tout le passage avec Blier…), Monicelli réserve aussi quelques changements de style où la gravité et le désespoir ne sont jamais bien loin. Le rire revient toujours sur le devant de la scène à l’image de la conclusion qui pourrait presque s’apparenter à un manifeste philosophique que l’on pourrait résumer par « rien ne sert de prendre la vie au sérieux, personne n’en sort vivant de toute façon ».

Que dire enfin de ce casting incroyable dont l’alchimie et le complicité font oublier les quelques baisses de régime. La même équipe tournera une suite quelques années plus tard qui est parait-il encore mieux mais nous n’avons pas pu juger sur pièce.

  • Romances et confidences (1974)

Sur la trame simple du mari-femme-amant, Monicelli brode un vaudeville drôle, touchant et ironique où la narration décalée ajoute beaucoup de plaisir.

De plus les situations sont vraiment très bien écrites, à la fois très humaines et hilarantes avec un tempo impeccable tant dans les dialogues, les réactions que dans la gestion des flash-backs. Ugo Tognazzi est magistral dans un jeu entre consternation et tendresse. On trouve énormément de scènes où l’émotion, la justesse et la mélancolie sont contrebalancées par la distanciation ironique.

Et dire que Studio Canal a annulé sa sortie DVD il y a plusieurs années…


  • Toto et les femmes (co-réalisé avec Steno – 1952)

Ce film parle des femmes, et pas forcément en bien : les folles du ménage, les adorable casse-pieds, les tête-en-l’air, les démones imprévisibles, les épouses étouffantes, les futures épouses manipulatrices…

Évidement, c’est pour rire et la misogynie n’a absolument rien de méchante même si le film va très loin avec un Toto allumant tout les soirs un cierge devant la photo de Landru ! Mais ça reste bonne enfant et la fin inverse la situation dans un dernier acte encore plus jubilatoire.

Les situations que nous raconte Toto sont typiquement le genre de moments plus ou moins familiers dans lesquels il est facile de se retrouver même si le trait est assez exagéré. Avec ses différentes histoires, le film prend donc des allures de film à sketch d’où certaines inégalités, mais dans l’ensemble on rit souvent et de bon cœur. Il faut aussi saluer l’acteur Toto, véritable machine à gesticulation, grimaces et autres tics pour une énergie et un abattage qui force le respect.

Sinon, il faut louer l’originalité de la mise en scène qui ose un sacré paquet de liberté : introduction filmée comme un muet, flash-back, flash-back fantasmé, personnage s’adressant à la caméra, parodie d’un tournage cinéma, etc…

  • Larmes de joie (1960)

Monicelli touche cette fois avec la comédie mélancolique à l’élégance et au raffinement qui renvoie aux meilleurs Blake Edwards. Le film aborde des sujets assez graves comme la solitude, la vieillesse, la pauvreté avec autant de cruauté que de bulles de champagne.

Le trio d’acteur est époustouflant, surtout Toto et Anna Magnani bouleversants et dont toute la fragilité est captée dans un cinémascope noir et blanc splendide aux plans très longs. Le choix de tourner en décors naturels offre en plus des cadres inédits qui rajoutent à l’isolement des personnages. Le scénario une nouvelle fois très astucieux, permet de mettre les sentiments de ces derniers à nus. Cela est d’autant plus remarquable que la progression dans les malheurs des protagonistes est très bien dosée, et ce jusqu’au dernier quart où l’on subit quelques répétitions dommageables.

En tout cas, l’absence de moralité et le regard à la fois tendre et acéré de Monicelli sur cette galerie de héros font de ces larmes de joie, des pleurs qu’il serait regrettable de vouloir sécher.

  • La fille au pistolet (1968)

En se moquant des mœurs de la Sicile et en détournant les codes du polar, Monicelli nous offre une comédie délirante et jouissive, truffée de dialogues décalés, de seconds rôles mémorables et de situations idiotes.

Et surtout il y a Monica Vitti ! Loin de ses rôles qui l’ont rendu célèbre chez Antonioni, elle révèle là un talent pour la comédie qui fait mouche à tout les coups. Chacune de ses répliques ou de ses gestes est un régal pour les zygomatiques.

L’humour oscille entre les deux pays où se déroule l’histoire : la Sicile et l’Angleterre. D’un coté, la farce grotesque et de l’autre le flegme sérieux et impassible. Sans être hilarant, on rit franchement et souvent malgré quelques baisses de régimes avant la dernière ligne droite irrésistible.

Cerise sur le gâteau, la musique swinging london groove grave !

  • L’armée de Brancaleone (1966)

Si le film n’est peut-être pas à la hauteur de sa réputation, voilà une excellente comédie qui se savoure mieux si on sait parler l’italien. On y rit régulièrement grâce à quelques moments cocasses (le combat près du champ de blé, le piège contre les sarrasins), les acteurs sont au top de leur forme et l’histoire est très bien écrite et rythmée même si elle manque encore un peu de folie.

Là où le film surprend agréablement en revanche, c’est dans sa peinture du moyen-âge qui semble particulièrement crédible. La suite, Brancaleone s’en va-t-aux croisades, ira d’ailleurs encore plus loin dans cette idée. Notons enfin que Monicelli en a fait un remake lointain avec I Picari (1987) qui est plus amusant mais moins original.

  • Les camarades (1963)

Un nouveau fleuron de la carrière de Monicelli qui croise une nouvelles fois les registres avec un talent égal. Nanti d’un budget confortable, il se permet une mise en scène plus ample et fluide que d’habitude pour une fresque sociale aussi drôle que déprimante.

Ce qui frappe, c’est la précision de la réalisation. En une scène d’introduction, le réalisateur pose la direction qu’il donne à son histoire : celle de tourner en burlesque le drame. Ainsi, malgré ses 130 minutes, il n’y a strictement rien à jeter tant tout est génialement raconté, rythmé, interprété et filmé avec un noir et blanc somptueux et une reconstitution criante de vérité.

Et il y a donc l’humour, la farce, le burlesque, la justesse et la lucidité de sa dimension sociale (voir par exemple comment est abordé le thème de l’immigration en seulement 2 phrases !). Le film n’a d’ailleurs pas pris une ride y compris dans la description du monde capitaliste en quête du profit. Monicelli a beau œuvrer dans une certaine caricature, elle est toujours ancrée dans le réel et dessinée avec finesse.

On a beau connaître les ruptures de style du cinéaste, certaines ici sont d’une brutalité et d’une noirceur déchirante à l’image d’un ultime plan désespérant au possible.

Le seul vrai problème vient du DVD français médiocre qui ne propose que la VF dans un copie letterbox bien usée. A croire d’ailleurs que Monicelli est mal considéré en France puisqu’un autre de ses chef d’oeuvres, La Grande Guerre, est présenté dans une copie simplement immonde. Un comble quand on sait que Patrick Brion a diffusé l’an dernier une magnifique version au Cinéma de Minuit bien mieux définie et plus propre.

Heureusement Carlotta, après avoir sorti l’anecdotique Casanova 70, devrait laver cet affront l’an prochain avec l’un de ses films les plus réputés : Nous voulons les colonels (dont nous n’avons pas pris le temps de regarder notre DVD italien).

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Enfin 4 commentaires. Et vous ? »

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by silverparticules and Christophe Beney, 1kult.com. 1kult.com said: Article: Mario Monicelli // Hommage en 7 films http://www.1kult.com/2010/11/30/mario-monicelli-hommage-en-7-films/ [...]

  2. Merci pour cet inventaire

  3. De rien, je transmet à l’auteur, ce qui lui fera certainement plaisir…

    Bien à vous.

  4. Oui, ça fait plaisir.
    J’en profite pour corriger une erreur : « nous voulons les colonels » ne sortira pas chez Carlotta mais chez SNC/M6

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