Ben et Charlie (Michele Lupo)
Par Sylvain PERRET • 10 déc 2010 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurBen sort de prison après trois ans et trouve à sa sortie Charlie, son ancien associé, venu mettre fin à leur collaboration. Mais les deux hommes semblent envers et contre tout systématiquement liés…

Le western spaghetti, genre d’abord méprisé, puis remis sur le devant de la scène par des spécialistes, a été réévalué, notamment via ses plus grands chefs d’œuvre comme les films des trois Sergio (Leone, Corbucci, Sollima) ou quelques étrangetés comme Tire encore si tu peux de Giulio Questi notamment.
Pourtant, on a du mal à se rendre compte qu’entre cette guerre de chapelle, le western transalpin était aussi synonyme de simple film d’exploitation, parfois sans la moindre autre prétention que le spectacle et la distraction, à l’instar des films de Gianfranco Parolini (les Sabata) ou comme ici Michele Lupo.
Bon faiseur typique du cinéma italien à cette époque, il a fait du péplum et du thriller en passant par le drame et le film d’espionnage avec légèreté mais savoir-faire. C’est ici le second des trois westerns qu’il signera avec Giuliano Gemma, après Arizona Colt et avant California.
Michele Lupo ne se déshonore pas dans le comique de bas étage, Méfie-toi Ben, Charlie veut ta peau, sans être une date dans l’histoire du western comique (les gags sont sommairement stéréotypés, de même pour les protagonistes), ne tombe jamais dans la vulgarité. Le film renoue de temps à autre avec l’esprit de l’âge d’or, essentiellement dans l’utilisation de la violence.
Jean François Giré,
Il était une fois… le western européen (éd. Bazaar & co, 2008, page 291)
L’acteur de Texas, Un pistolet pour Ringo et des Derniers jours de la colère forme un duo avec l’excellent George Eastman, un habitué des westerns qui est surtout connu pour ses collaborations avec Joe D’Amato pour qui il jouera et signera plusieurs scénarios. On se souvient de lui notamment dans Anthropophangous. Détail important, c’est d’ailleurs D’Amato qui signe la jolie photographie de ce Ben et Charlie, dont le scénario est co-signé par Luigi Montefiori, plus connu sous le pseudonyme de… George Eastman !

Après plusieurs vagues, le western européen a entamé à partir de 1970 la fatale étape de la parodie inaugurée par On m’appelle Trinita, signé Enzo Barboni et porté par le duo Bud Spencer et Terence Hill. S’enchaîneront alors les suites, les ressorties des films du duo sous un nouveau retitrage (de préférence avec Trinita dedans, même s’il s’agit parfois d’œuvres non comiques), ainsi que de nombreuses copies plus ou moins fumeuses.
Notons par exemple la série des films interprétés Michael Coby & Paul Smith, sosies des acteurs de Trinita (Mon nom est Trinita, Trinita nous voilà, Pour Pâques ou à la Trinita). Pour plus d’informations à ce sujet, nous vous renvoyons vers l’excellent fanzine Diabolikzine numéro trois.
Ben et Charlie est un calque avoué des personnages de Trinita et Bambino. Ben, un blond sautillant et sémillant, et Charlie, le brun barbu taciturne à l’allure patibulaire ne semblent pas vouloir s’en cacher. La grande force du film est de ne pas céder totalement à l’outrance propre au modèle original.
En effet, les péripéties se multiplient, de puissance certes inégale, mais avec une bonne humeur qui évolue petit à petit vers un ton plus grave jusqu’à un final qui rappelle par certains aspects visuels et narratifs une séquence d’un autre scénario que signera peu après le même George Eastman : Keoma.
Pourtant, Ben et Charlie finira là où il a commencé, et à mieux y regarder, une certaine image apparaît alors. Celle du serial, que le film adopte consciemment ou non au travers de séquences parfois interchangeables au niveau du montage, et dont on peut sans mal imaginer une, deux, ou plusieurs suites et préquelles.
Certains enjeux narratifs cèdent la place à d’autres avec décontraction, à l’instar de l’apparition éclair de Merisa Mell, qui ne donnera pas lieu à une intrigue particulière, mais qu’importe : en se concentrant un peu, il suffit de retrouver notre esprit d’enfant, et de retrouver les personnages dans de nouvelles aventures imaginaires. Il est fort probable que c’est de cette manière que Michele Lupo a conçu ce film.
En attendant, il nous offre un solide divertissement préférant la bonne humeur à la parodie ou à la noirceur, balayé par l’ensemble des images du genre (bagarres, duels, poursuites, attaques de banque, etc..), le tout porté par l’entêtante musique de Gianni Ferrio. Certes, aucune comparaison n’est possible avec des chefs d’œuvres comme Keoma, Django, Le Grand Silence ou Il était une fois dans l’Ouest, mais à aucun moment il n’en a la prétention, comme de nombreuses autres productions d’exploitation à l’époque. Ben & Charlie, plus de 35 ans après, garde son ton enfantin, à regarder un sourire amusé aux lèvres, avant de se rendre compte au bout d’une centaine de minutes de l’agréable moment passé, ce qui, convenons-en, ne se refuse pas !

Sorti un temps en VHS recadrée sous le titre de Méfie toi, Ben, Charlie veut ta peau, un DVD est apparu dans les bacs des soldeurs à la jaquette douteuse pour une poignée d’euros chez l’éditeur Grenadine. Or, fait notable, le master reprend celui du DVD américain en remplaçant juste la piste anglaise par un mixage français d’époque qui malgré un léger écho fantôme durant les dernières minutes, ne gène en rien les excellentes conditions du disque. Les fans de westerns spaghettis ne sont pas toujours gâtés avec des vidéos éditées par des margoulins au mépris total du spectateur, et peuvent donc se réjouir ici.

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