Cinéma de genre français : l’offensive !

Par Sylvain PERRET • 20 déc 2010 • Categorie: Dossiers, FocusContacter l'auteur

Depuis quelques mois, nous vous parlons plus souvent du cinéma de genre en France. Pour certaines personnes, celui-ci n’a jamais existé, et à ceux-là, nous les renvoyons vers notre rubrique du Cinéma de Tonton qui s’agrandit petit à petit, et qui a pour objectif de vous présenter une centaine de ces films oubliés.

Une quinzaine de titres est déjà traitée en profondeur, et nous essayons le plus souvent possible de vous présenter en plus interviews et dossiers sur le sujet. Aujourd’hui, revenons sur plusieurs films sortis chez nous en DVD chez des éditeurs indépendants. Commençons par deux films arrivant sur le support et sortant ainsi d’un oubli certain.

La Brune et moi est une des bonnes surprises de cette fournée. Nos amis du Chat qui fume exhument ce moyen métrage de 30 ans, qui sous couvert de nous raconter une histoire d’amour unilatérale entre une jeune punkette et un homme d’affaire (Pierre Clémenti), n’est qu’un prétexte à nous montrer le meilleur la scène musicale française de 1979.

Véritable témoin de son époque, filmé en quelques jours avec comme personnage principal une certaine Anouschka (disparue après avoir sombré dans la drogue, qu’elle consommait déjà en quantité importante sur le tournage) par Philippe Puicouyoul. Scénariste, réalisateur, monteur et producteur du film, ce dernier est présent dans les bonus et revient sur son envie de capter cette vague du punk en France. A ce sujet, le reste des suppléments s’avèrent passionnants : Léone Jaffin (productrice), Olivier Assayas, Patrick Eudeline ou encore Hervé d’Ici Paris vous révèleront les secrets de la Brune et moi mais aussi de toute une époque aujourd’hui révolue.

C’est chez Artus Films qu’il faut se tourner pour découvrir Si j’avais 1000 ans, de Monique Enckell. Ce conte fantastique filmé en Bretagne au casting de seconds couteaux comme Jean Bouise (le Dernier Combat), Marie Dubois (les Grandes Gueules) et Dominique Pinon (Delicatessen) peine malheureusement à convaincre. Les intentions sont certes très louables, mais le personnage principal joué par Daniel Obryschski apparemment peu concerné, un scénario aux velléités multiples et une réalisation maladroite gâchent le tout. Soulignons pourtant une envoutante musique de Alan Stivel ainsi que quelques beaux plans, mais qui ne sauvent pas l’essai.

L’édition DVD fait de son mieux en proposant une interview de la réalisatrice, son premier court métrage et le commentaire audio de cette dernière sur des photos de tournage. La copie est assez abîmée, et bizarrement granuleuse. Il est vrai que les plans filmés en plein brouillard et de nuit n’aident en rien la compression, mais c’est surtout la rareté de Si j’avais 1000 ans qui a dû handicaper l’équipe de Artus Films, qui après avoir sorti deux perles (Messiah of Evil et Le Spectre du docteur Hichcock).

La sortie de Climax chez le même éditeur est plus positive. Le second film de Frederic Grousset après Aquarium (offert en bonus avec le DVD Artus) raconte une histoire de serial killer dans une maison où un couple tente de se réconcilier. Le film dans le film (Climax est présenté comme une histoire d’une émission télévisée type Faites entrer l’accusé) arrive à être suffisamment efficace pour tenir l’attention pendant une heure trente. Fait avec une passion et une bonne volonté évidente, Grousset joue avec les points de vue avec assez de savoir-faire pour faire oublier un budget qui handicape quelque peu le film. Nous sommes curieux sur la suite de la carrière du réalisateur qui commence à agrandir suffisamment son Curriculum Vitae pour pouvoir s’attaquer à des projets plus ambitieux, pour peu qu’on lui donne les moyens à hauteur suffisante.

Ouvert 24/7 et Blackaria partent du même constat de jeunes réalisateurs qui au lieu de passer leur temps à villipender la frivolité des producteurs, préfèrent faire des films. Les deux films sortent en DVD chez Le Chat qui fume qui signe une fois de plus deux éditions riches en suppléments passionnants, et même de la Bande originale de Blackaria.

À l’instar de Climax, nous découvrons une volonté de faire fi d’une absence de moyen afin de signer des longs métrages tels qu’ils l’entendent. Ouvert 24/7 de Thierry Paya revient sur trois histoires racontées dans un relais routier isolé. Le concept est malin et permet de raconter trois courts métrages où le mot d’ordre est gore et fun. Ici, deux lesbiennes cannibales vont faire les courses. Là, une ogresse doit faire face à une victime trop bavarde, et plus loin, deux jeunes sœurs sont plongées dans l’enfer du vice et du monde urbain.

Le tout est foutraque et recherche systématiquement le mauvais goût. On accrochera ou non aux essais cartoonesques de Paya et de son équipe d’acteur prenant un plaisir évident à nous offrir ce projet fou.

Revenons un instant sur Blackaria dont nous vous parlions déjà lors du dernier Etrange Festival de Lyon. Tout aussi fauché que des deux films plus haut, François Gaillard et Christophe Robin réalisent un giallo dans la plus pure tradition du genre. Du gore et du sexe (Gaillard maîtrise parfaitement bien ce dernier point), pour notre plus grand plaisir où la passion transpire tout le long de ce film sinusoïdal où des morceaux de bravoure (l’ascenseur, la baignoire) sont distillés ici et là entre quelques séquences plus ordinaires. Vous pouvez retrouver l’interview de François Gaillard et de son actrice ici.

Une équipe qui ne demandait qu’à trouver un peu de moyen, et c’est chose faire avec Last caress, produit par Le chat qui fume qui, en plus de signer des excellents DVDs, s’est lancé dans la production du nouveau film de l’équipe de Blackaria. Les premières images laissent entrevoir un film que nous attendons dès à présent avec impatience.

Nos amis d’Oh my Gore, après l’excellent Il Gatto Dal Viso d’Uomo, nous offrent avec Survivant(s), un court métrage intéressant par plusieurs aspects. Malgré un abus du shakycam et quelques maladresses scénaristiques, ce film de zombie en milieu carcéral mâtiné de télé-réalité arrive à tenir en haleine le spectateur tout au long de ce jeu de massacre. Vincent Lecrocq tente de masquer une production qui atteint ici ses limites, mais dont nous restons convaincus du savoir faire de ce jeune réalisateur qui avait signé un très beau They Were in Normandy.

Finissons avec le coup de cœur du moment qui sort directement en téléchargement gratuit. Enfoiré de président , moyen métrage de 50 minutes signé Julien Fournet et Mathieu Sans, est une petite bombe dans le paysage du net. ultra référencé, bénéficiant d’un scénario à la hauteur de son génial pitch (Coluche, élu à la présidence en 1981, doit lutter contre la résistance qui essaye de le faire tomber), nous vous en parlons plus en détail ici :

Enfoiré de président – la critique

Cette fournée qui devrait être suivie par d’autres essais (en plus de Last Caress, Le Chat qui fume prépare deux autres sorties vidéos de films autoproduits), si elle ne convainc pas systématiquement le spectateur, a le mérite de mettre en place une alternative qui pourrait peut-être titiller plus qu’on ne le pense le cinéma de genre de chez nous. Réponse dans quelques mois sur les nouveaux essais du cinéma français de genre, que ce soit en salle, en DVD ou sur le net.

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