Black Christmas (Bob Clark)
Par Sylvain PERRET • 24 déc 2010 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurCe sont les vacances de Noël et les jeunes filles d’une pension préparent leur retour dans les familles pour les fêtes de fin d’année. Or, un serial killer qui harcèle les pensionnaires de cette confrérie par téléphone depuis quelques mois arrive dans la maison et cache sa première victime dans le grenier…

Voilà un slasher qui se présente comme une énième copie du Halloween de John Carpenter et du Vendredi 13 de Sean S. Cunningham. Oui, mais voilà, un point le différencie des deux films connus pour avoir lancé le genre : le film de Bob Clark précède de quatre ans le premier et de six ans le second.
On peut donc dire que Black Christmas est probablement le premier slasher, dont les prémices sont trouvables dans le giallo, son pendant italien. A mieux y regarder, c’est chez Mario Bava que tout se passe, ouvrant la parenthèse avec le séminal La Fille qui en savait trop, et la refermant symboliquement quelques années plus tard avec La Baie sanglante, auto-parodie et massacre du genre qu’il a lui-même lancé.
Pourtant, avec ce film, il préfigure le mouvement américain, mais avant d’inspirer Cunningham et surtout Carpenter, il fera un tour au Canada avec ce Black Christmas.
A ce titre, il est passionnant de mettre côte à côte les quatre films, révélant ainsi plusieurs similitudes, constituant une sorte de passation d’un cinéma à un autre. Des formes visuelles apparaissent même (les fameux plans subjectifs, l’importance du hors champ), rendant déjà sur le papier le film de Bob Clark passionnant.
Nous aurions pu nous arrêter après cette introduction sur l’intérêt historique de Black Christmas, mais fort heureusement, le film possède d’autres qualités qui lui permettent de fait d’être vu indépendamment des œuvres citées ci-dessus.

Dès la brillante introduction accompagnée de plans en vue subjective, Bob Clark nous prouve sa maîtrise du suspense et de l’étrange. Loin de céder à des dérives macabres, il prend son temps et distille une atmosphère angoissante voire parfois même extrêmement dérangeante. Dès le début, nous savons que la présence invisible rôde dans la maison, et l’insécurité en devient constante et étouffante.
Une séquence montre le savoir-faire évident du réalisateur. Grâce à un classique champ-contre champ, le spectateur découvre la présence d’une personne derrière des vêtements. Le découpage de la séquence avec de légers et souples mouvements de caméra suffisent à créer jusqu’au bout un véritable choc, décuplé par l’absence de musique ou d’artifices sonores. Cet effet est d’autant plus impressionnant après 30 années d’effets codifiés du genre.
La création d’un tueur-entité augmente encore la puissance évocatrice des séquences. D’une incroyable violence, elles ont deux raisons à cela. Tout d’abord, nous ne voyons jamais même furtivement le tueur, mais seulement son point de vue subjectif. Nous ne pouvons pas clairement identifier et rattacher à quelqu’un, à une entité rationnelle, les meurtres.

De plus, l’utilisation du grand angle lors de ces plans, déformant la réalité, plonge le spectateur dans un univers quasi-fantastique, et se situant à cheval entre le réel et le surnaturel. Les coups de fils jouent sur cette déformation de la réalité. Le tueur, à plusieurs reprises, appelle sa victime, et tient des propos incohérents tenant de la schizophrénie, et on ne peut qu’être fasciné et horrifié par les bruits et changements de tons. Des indices sont alors distillés à travers ces appels, que l’on pourrait croire en provenance d’une autre dimension.
Là où il serait possible de découvrir la justification rationnelle à toute cette histoire (l’outrance de didactisme est le propre du slasher), le récit n’y reviendra pas. En fait, et c’est là sa grande habileté, le scénario ne fait qu’ouvrir des portes, lancer des clés de lecture sans jamais y revenir.
Cela a pour effet de laisser le spectateur quelque peu désarçonné, face à cet apparent trop plein d’indices et de pistes pour n’en garder qu’une mince quantité. De plus, la fin ouverte (encore un élément que l’on retrouvera chez John Carpenter) pourra en déconcerter plus d’un, dont l’inspecteur interprété par John Saxon, baladé durant tout le récit.
Pourtant, et même si il faut avouer que le rythme sombre quelque peu dans la seconde partie de Black Christmas, le charme opère tant qu’on arrive à comprendre que Bob Clark, tout en jouant avec son spectateur, testait à travers des expérimentations différentes formes d’idées toutes plus hypnotisantes les unes que les autres. Mais paradoxalement, c’est grâce à cet aspect de pot-pourri que Bob Clark allait malgré lui donner naissance au slasher, qui deviendra un genre extrêmement codifié et rigide.
Black Christmas apparaît à l’inverse du genre qu’il va fonder, comme un film libre non seulement diablement efficace, mais qui nécessite en plus plusieurs visions afin d’en découvrir les nombreux secrets. John Carpenter, quelques années plus tard, fera de son Halloween une œuvre plus cartésienne et rangée, mais nourrie des essais et morceaux de bravoure de Bob Clark, avec le succès qu’on lui sait.
Black Christmas, pointe du doigt une Amérique à la dérive, où il ne reste plus rien du conte de Noël. Ici, les pensionnaires de la sororité sont vulgaires, hypocrites, alcooliques, égoïstes, carriéristes et le Père Noël ne vient pas distribuer des cadeaux mais des châtiments à tout ce petit monde. Joyeux Noël…

Le DVD est sorti chez Wild Side au sein de sa collection Les introuvables. La copie est très propre, et les bonus nombreux, mais les puristes pourront se tourner vers les USA où il existe un Blu-ray à la réputation flatteuse, même si cela implique une perte de sous titrage (même si il y a une piste française) et des bonus différents.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : Black Christmas
RÉALISATEUR : Bob ClarkANNÉE : 1974 | PAYS : USA | GENRE : Horreur – Slasher
http://www.youtube.com/watch?v=QRXiD0g6gQI

[...] et de petites perles parfois oubliées dont nous nous plaisons ici à vous parler. Souvenez-vous de Black Christmas, par [...]