Silip / Daughters of Eve (Elwood Perez)
Par Sylvain PERRET • 31 déc 2010 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurAu milieu de nulle part, avec sauvagerie, Simon décapite et dépèce un buffle, sublimant ses mouvements sous le regard fasciné d’un groupe de jeunes enfants. Pia, une adolescente, un peu gênée et émoustillée, découvre avec horreur que du sang lui coule entre les jambes…

Silip, également connu sous le titre Daughters of Eve, est un violent pamphlet libertaire philippin qui pointe furieusement du doigt les dérives de la religion et de toute forme de fanatisme. Baroque, filmé sans concession, peu aimable avec son spectateur, c’est aussi un film érotique (à la lisière de la pornographie) sans équivalent possible dans le monde du septième art.
Réalisé par Elwood Perez, à l’époque où les Philippines connaissent un dégel artistique et politique (c’est la fin du règne du dictateur Ferdinand Marcos), est interprété par son lot de jolies jeunes filles peu frileuses, dont Maria Isabel Lopez, ancienne Miss Philippine. Mais malgré ses qualités plastiques, il serait bien réducteur de limiter Silip à ses arguments sexuels.
Silip signifie voyeur en philippin. C’est d’ailleurs un des moteurs du film, où jusque dans les derniers instants, le désir et la curiosité affrontent la morale religieuse, qu’elle soit chrétienne ou tribale. Nous découvrons alors un moment-clé où plusieurs femmes vont être confrontées à leurs pulsions érotiques bridées par des éducations ancestrales et primitives.
Ici, Tonya tente de calmer ses excitations en se masturbant avec des morceaux de pierre de sel. C’est elle qui conseillera à Pia de calmer son désir face aux hommes, ce désire qui, selon elle, serait le signe du diable durant l’adolescence.
Les tensions exploseront lorsque Selda, une amie de Tonya, revient au village, en prônant le libertinage…

Elwood Perez nous présente tous les aspects de la sexualité de ses protagonistes tournant exclusivement autour de Simon, figure érotisée dès la violente ouverture du long métrage. Cette séquence aura d’ailleurs des répercussions sur toute la suite du film, jusque dans sa dernière partie.
On peut se demander si Silip ne cache pas en fait un étonnant et subtil film fantastique, si la décapitation en ouverture du film n’aura pas pour conséquence toute la suite du récit. Nous ne sommes pas loin du genre en effet, mais le principal attrait de cette œuvre est bien évidemment à rechercher du côté de l’érotisme.
Acte saphique, humiliations sado-masochistes lors d’un triolisme troublant, voyeurisme, viols punitifs, les scènes sexuelles ne manquent pas jusqu’à la violente conclusion du film. La mise en scène sèche et agressive d’Elwood Perez, violente et sans concession, confère à Silip une ambiance rugueuse et sauvage, due à son apparente simplicité en terme de réalisation. La caméra peu mobile ne cède pas aux artifices, pour finir par voir son auteur s’effacer en apparence au profit du récit.
L’effet est aussi efficace que surprenant, Elwood Perez arrive à ne pas nous montrer son point de vue, pour ainsi ne pas influencer le nôtre. Preuve du talent du réalisateur, malgré sa durée de plus deux heures, Silip possède un rythme d’une efficacité redoutable, qui dès les premières minutes, dépasse ainsi son statut de simple captation, pour apparaître sous nos yeux comme une très grande œuvre sulfureuse et étouffante.

Mais malgré cela, le film ne manque pas de finesse dans sa brutalité. Jeu de séduction et de confrontation idéologique fascinant, un des axes majeurs de Silip porte sur l’éducation. Les voyeurs, les filles d’Ève, ce sont ces enfants qui entendent des discours contradictoires en provenance du monde adulte. Chasteté d’un côté, maquillage et Like a Virgin de Madonna de l’autre, mise à mort érotisée d’un animal et premières menstruations avec son lot d’émois adolescents.
Elwood Perez finit même avec ironie par une pirouette qui fera grincer des dents bon nombre de croyants, et prouve s’il en était encore besoin des influences de réalisateurs comme Bunuel et Pasolini. Mieux, Silip mériterait sans hésitation de figurer entre Viridiana et La Ricotta, et il est dommage que l’aspect érotique et exotique de cette perle semble nuire à la reconnaissance du film chez nous.
Notons qu’un remake du film a été tourné il y a quelques années aux Philippines.

Film inédit chez nous, c’est une fois de plus Mondo Macabro qui nous propose ce film dans les meilleures conditions possibles. Les bonus sont proposés sur un second DVD pour ne pas nuire à la compression de Silip, proposé dans une copie propre en version originale sous-titrée anglais (doublage anglais également disponible).
Sur le second DVD, vous pourrez retrouver une interview du réalisateur et de l’actrice du film Maria Isabel Lopez, ainsi qu’un texte assez intéressant sur le cinéma philippin. Avis aux anglophones, donc, qui auront la chance d’acquérir ce film aussi rare et méconnu que passionnant et qui mériterait une reconnaissance sans plus tarder.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : Silip / Daughters of Eve
RÉALISATEUR : Elwood PerezANNÉE : 1986 | PAYS : Philippines | GENRE : Erotique
RUBRIQUES TRANSVERSALES : Mondo Macabro

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