La Saison de la terreur (Koji Wakamatsu)
Par Guillaume PERRIN • 21 jan 2011 • Categorie: Films 1Kult • Contacter l'auteurDeux policiers en planque surveillent un étudiant cloîtré dans un appartement soupçonné d’activisme…
Applaudissons le travail effectué par Zootrope Films et Blaq Out autour de Takashi Ito, plus connu sous le nom de Koji Wakamatsu, depuis 3 ans. C’est, en effet, lors de la sortie fracassante en 2007 de l’inédit Quand l’embryon part braconner (1966) que le « grand » public a fait la connaissance de Wakamatsu, une nouvelle fois victime de la censure, en raison d’une retentissante et injustifiée interdiction aux moins de 18 ans (vous trouverez ici un résumé documenté de l’affaire)*. La vision de cette une œuvre emblématique, marquante notamment en raison des expérimentations visuelles et sonores illustrant une rage contenue, ne pouvait qu’attiser notre curiosité !
Pas moins de 15 films de Wakamatsu sont maintenant disponibles en DVD chez Blaq Out qui, par ailleurs, s’associait à la Cinémathèque Française pour nous proposer une rétrospective de 40 œuvres du réalisateur (soit à peine un quart de sa gargantuesque filmographie !) ainsi qu’aux éditions IMHO pour la sortie du livre Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte. Wakamatsu jouit-il enfin de la reconnaissance qu’il mérite ?
Engagé, Wakamatsu est un pur produit du Japon d’après-guerre. Reflet d’une jeunesse en révolte contre le système et contre l’ancienne génération (il a un passé de yakuza), il est devenu l’un des portes-paroles des mouvements révolutionnaires étudiants grâce au cinéma. Après diverses péripéties dont un court séjour carcéral, Wakamatsu va trouver dans le cinéma un moyen de s’exprimer tout en gagnant facilement de l’argent.
Il est indéniable que le réalisateur a toujours su analyser les travers de la société japonaise au cours des décennies, n’hésitant pas à fustiger les dérives des mêmes mouvements révolutionnaires qu’il défendait pourtant auparavant. C’est pourquoi, ce « roublard » de Wakamatsu est une personnalité des plus intéressantes tout comme son cinéma qui se fait l’écho de la société japonaise à l’instant T. Sans parler de son flair légendaire qui lui a permis entre autres d’être le précurseur d’un genre phare du cinéma Japonais, le pinku eiga, ainsi qu’un révélateur de talents (Il produisit notamment L’Empire des sens de Nagisa Oshima / cf. : Kazuo Kimizu).
Cette rétrospective a permis de constater que la majorité de ses films (qu’ils soient courts ou longs, indépendants ou de studios) souffraient des mêmes problèmes de rythme, de narration, de redondance, et d’une certaine mise en scène mécanique. L’ennui n’est jamais loin ! En cela, Wakamatsu est – toutes proportions gardées – comparable à un Jess Franco, par exemple, déclinant une ou plusieurs idées comme un musicien déclinerait plusieurs lignes d’une partition. La formule se laisse alors souvent deviner, mais pourtant il y a un film qui transcende ces défauts pour en faire une des œuvres les plus abouties du cinéaste car justifiées narrativement : La Saison de la terreur.
Comme à son habitude, le réalisateur sait introduire ses films, interpellant le spectateur alors intrigué et impressionné par une mise en scène instinctive et clinique. Puis le rythme ralentit au fur et à mesure que sa mise en scène s’épure afin d’illustrer l’attente des deux policiers en planque agacés par les longues heures d’écoutes infructueuses. La faute à un supposé activiste qui se laisse entretenir par ses deux charmantes colocataires non sans les récompenser par des coïts amoureux machinaux filmés avec distance et froideur. Ce qui donne d’ailleurs lieu à des touches d’humour surréalistes comme lorsque les colocataires essuient les fesses de l’étudiant aux toilettes !
Alors qu’il faut bien avouer que Wakamatsu multiplie parfois les relations/ébats de ses personnages sans réel lien avec le récit, ici la répétition des séquences et la redondance de la mise en scène sont totalement justifiées, que ce soit pour illustrer la passivité de l’étudiant ou l’attente des policiers. De la même manière que dans ses autres œuvres, ce n’est que dans sa toute dernière partie que l’intrigue va s’accélérer pour se terminer de façon marquante.
Si Koji Wakamtsu ne partage pas la même vision du cinéma que pourraient avoir des réalisateurs comme Akira Kurosawa ou David Fincher, il trouve toutefois dans cet art une manière d’extérioriser sa rage qu’il insuffle dans la mise en scène instinctive de chacun de ses films. Films qui forment une œuvre, certes parfois répétitive mais cohérente, et qui s’apprécie de façon ponctuelle sans pour autant oublier que chaque essai, par ses nuances, ses répétitions, ses à-coups, ses tentatives, forme un tout avec le précédent et appelle le suivant.

Le DVD de La Saison de la terreur édité par Blaq Out est à l’image des autres films des 3 coffrets : belles copies sous-titrées français et anglais (pour certains titres). Concernant les bonus, c’est le stricte minimum avec une présentation succincte mais toujours pertinente pour chacun d’eux.
*Des manifestations prestigieuses comme l’Étrange Festival en 1998 avaient déjà rendu hommage au travail du réalisateur, faisant beaucoup pour la reconnaissance de son travail.
FICHE DU FILM
TITRE(S) : La Saison de la Terreur (Gendai kosyokuden: teroru no kisetsu // Season of terror)
RÉALISATEUR : Koji WakamatsuANNÉE : 1969 | PAYS : Japon | GENRE : Pinku Eiga
En bonus, ci dessous une présentation du film par le réalisateur lui-même sous-titrée anglais :


