Le Vagabond du sexe (Koji Wakamatsu)

Par Anthony Plu • 21 jan 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Après une soirée trop arrosée, un salaryman se réveille dans un train arrivé dans une gare bien loin de Tokyo où il vit et travaille. Comme il a du temps à tuer avant de rentrer, il flâne dans cette ville portuaire et pense à sa femme et son travail… Est-ce que tout cela mérite vraiment de rentrer ?

Koji Wakamatsu // Retrospective

Avec ce titre original d’une immense richesse, Wakamatsu abandonne l’aspect violent, torturé et sadique de ses pinku eiga de cette période. Le cinéaste restant lui-même, on n’ira évidemment pas jusqu’à évoquer un film grand public mais on est bel et bien devant un film presque « sage » vis-à-vis de ses autres réalisations.

Le Vagabond du sexe est avant tout une comédie de mœurs qui égratigne le monde japonais avec un bonheur permanent. Société de consommation, sexe, famille, télévision, police, média, monde de l’entreprise : tout est remis à plat par un personnage qui s’interroge sur sa vie. Ces questions sont très bien intégrées au récit et abordées de manière naturelle sans appuyer le trait ou sans en rajouter dans l’aspect sociologique comme pouvait le faire parfois maladroitement le réalisateur dans Crimes sexuels, tourné la même année. Il a même l’audace de parodier (sous forme de clin d’œil) L’Evaporation de l’homme de Shohei Imamura sorti quelque mois avant, en terminant son film là où commençait celui de son confrère : une équipe de cinéma interviewant la femme d’un homme ayant disparu sans explication.

L’acteur principal, Hatsuo Yamay impose immédiatement l’image de l’employé sans personnalité, écrasé par sa vie professionnelle et familiale. Ses dérives et son retour à un état presque animal où il essaye d’écouter ses instincts et ses pulsions livrent un film décalé très en avance sur son temps qui pourrait par certains aspects évoquer un Fight Club des années 60.

Vagabond du sexe // Photo 1

Wakamatsu reste centré sur ce salaryman en le mettant dans presque tous les plans. Accentuant sa marginalité et son vagabondage, il opte pour des plans en longue focale qui le détachent (au sens propre comme figuré) de tout environnement. Il choisit aussi régulièrement des plans très larges (parfois au grand angle) qui l’isolent dans une nature sauvage, loin de toute civilisation. Son périple le fera alors croiser une multitude de personnages secondaires et lui donnera autant d’occasions d’aborder les thèmes évoqués précédemment : une prostituée, une employée voleuse, un policier trouillard, des routiers, une actrice de télé, etc…

Sans être pour autant décousues, ces péripéties donnent un rythme soutenu, jamais répétitif, avec un humour décalé et réjouissant, grâce notamment à une musique jazzy entrainante, chantée en scat*. L’environnement sonore du film a quelque chose d’expérimental tout en restant toujours cohérent avec la psychologie de ce « vagabond », jusqu’à culminer dans les séquences où il s’imagine (ou se remémore) l’image de sa femme l’attendant nue chez lui et qui le réprimande d’une façon castratrice.

Ainsi, Wakamatsu trouve régulièrement l’occasion de donner libre cours à des expérimentations visuelles et sonores, là aussi très pertinentes et dans la logique du personnage avec de nombreuses images en surimpressions ou en ayant recours à un mixage avant-gardiste.

Wakamatsu // Photo

Le film a été présenté à la Cinémathèque Française dans une copie restaurée magnifique pour ne pas dire époustouflante qui rendait hommage à la beauté et aux qualités de la photographie et du cadrage du Vagabond du sexe . Espérons qu’elle serve bientôt de base à une édition DVD et surtout Blu-Ray, ce ne serait que justice.

(*forme d’improvisation vocale où des onomatopées sont utilisées plutôt que des paroles)

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Le Vagabond du sexe (Sei no Hōrō // Vagabond of sex)
RÉALISATEUR : Koji Wakamatsu

ANNÉE : 1967 | PAYS : Japon | GENRE : Pinku Eiga

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Enfin 2 commentaires. Et vous ? »

  1. A noter que la musique d’intro est tiré de http://www.youtube.com/watch?v=PAJQjlMq-nM , film d’un pote à Adachi (le scénar étant signé d’un autre pote à Adachi, Isao Okishima)
    N’oublions pas que Wakamatsu a un peu bcp tendance à oublier ses collaborateurs pour tirer la couverture à lui :p
    Sex Zone de Adachi ressemble un peu à ce film par son coté « évaporation », mais en bcp plus nihiliste(et moins bon)

  2. C’est sûr, et vu la roublardise du bonhomme il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il se tire la couverture :s Mais il a au moins le mérite d’avoir lancé ou participé à la carrière de futur bons techniciens ;)

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