Blindman (Ferdinando Baldi)

Par Sylvain PERRET • 25 fév 2011 • Categorie: Films 1KultContacter l'auteur

Blindman, pistolero aveugle, a pour mission d’escorter 50 épouses en Californie où les attendent leurs maris mineurs. Doublé par son associé, il part en chasse pour une vengeance sans concession…

Blindman le justicier aveugle // Affiche

Blindman, le justicier aveugle est un western un peu particulier. On peut le considérer avec Keoma de Enzo Castellari comme une sorte de parenthèse qui se refermerait sur le western italien. Réalisés alors que le genre sombrait en pleine décadence, les deux films font figure de chants du cygne alors que la tendance était plutôt à la parodie et à l’auto-dérision, amorcées par On l’appelle Trinita de Enzo Barboni.

Face à l’humour potache qui métamorphose les productions, Blindman apparaît comme un véritable OVNI dans le sens où il va transcender ce qui se faisait alors. Alors que certains réalisateurs ne veulent pas céder à la gaudriole avec un résultat souvent sans originalité, Ferdinando Baldi décide d’aller au bout de la surenchère.

La carrière de Ferdinando Baldi est assez particulière. Fidèle et solide artisan, il s’épanouit pleinement dans le western auquel il offre les œuvres les plus folles et les plus improbables du genre. Django, prépare ton cercueil est la préquelle du film de Sergio Corbucci Django, où Terence Hill, serrant les dents et tout vêtu de noir remplace Franco Nero dans le rôle principal. Le Dernier des salauds décalque avec brio le mythe d’Agamemnon dans l’Ouest sauvage, et Texas Addio se détache un peu des productions de l’époque par son allure volontairement très américaine.

Mais Ferdinando Baldi a aussi signé bon nombre de productions humoristiques, et ce bien avant la vague des Trinita. Rita Nell West avec ses bazookas et ses apaches citant Platon est déjà une parodie du genre, et le réalisateur signe deux copies des aventures de Terence Hill et Bud Spencer avec les sosies officieux du duo : Michael Coby et Paul Smith, avec Si ce n’est toi… c’est donc ton frère et Mon nom est Trinita. Sa dernière contribution au genre se fera en 1982 avec La Vengeance impitoyable, dont la particularité est d’être en trois dimensions.

Blindman, le justicier aveugle // Photo 1

Au regard de ces westerns, nous pouvons dire que Baldi est une sorte de trublion capable de s’adapter au désir du spectateur avec une certaine efficacité, tout en pouvant faire preuve par instants d’un intérêt plus prononcés pour son sujet. C’est le cas de Blindman, le justicier aveugle.

Rarement western aura été aussi fou. Avec un œil tourné vers le Japon (la trame est fortement inspirée de celle de Zatoichi, le masseur aveugle de Kenji Misumi), Baldi compose une œuvre baroque et excentrique qui laisse pantois son spectateur. Si un combat au sabre avec un non-voyant pouvait garder un minimum de crédibilité, il n’en est pas de même pour des duels aux armes à feu. Pourtant, Blindman (interprété par Tony Anthony, qui signe aussi le scénario du films) et ses coups de feu qui font mouche à chaque fois ne cherchent jamais la crédibilité, mais plutôt l’outrance décomplexée.

Du coup, cette tranche de récit, où le début est éclipsé et où la fin semble ouverte, doit être vue comme une suite de morceaux de bravoure où tout est possible. Ici, ce sont les duels à l’aveuglette. Là, notre héros se venge en dynamitant son ancien associé. Plus loin, il philosophe avec son cheval. Quelques minutes plus tard, arrive le frère du grand bandit, interprété par Ringo Starr (notons que le film est produit par l’ancien manager des Beatles via la société ACCKO).

Autre point qui risque d’en surprendre plus d’un, c’est la représentation de la figure féminine. Considérées comme du bétail, traquées, tuées, poursuivies, sans âme, il n’est pas rare de voir nos chères demoiselles mises à nues au sens propre et figuré. On a sans aucun doute ici le western italien le plus misogyne qu’il nous ait été donné de voir. Mais ce qui aurait pu être intolérable dans un autre film devient ici un ajout à la folie ambiante.

Blindman, le justicier aveugle // Photo 2

Finalement, même si le film s’adresse aux amateurs et s’il risque de décevoir les puristes ou les néophytes, il est certain que Blindman est à classer parmi les films les plus incroyables d’un genre qui l’est pourtant grandement, et mérite bien son appellation d’œuvre culte. Alors que Sergio Leone donna naissance au genre (malgré lui) avec Pour une poignée de dollars, remake d’un film de Kurosawa, Baldi, aussi tourné vers le Japon, amorce son irrémédiable extinction.

Blindman // jaquette du DVD

Wild Side a une fois encore fait du très bon boulot : belle copie, sous-titrage et langue originale, bonus court et passionnant du toujours très juste Jean-François Giré. Notons qu’un second DVD est inclus avec en bonus Zatoichi de Kenji Misumi, dont s’inspire ce Blindman.

FICHE DU FILM

TITRE(S) : Blindman (Blindman, il pistolero cieco)
RÉALISATEUR : Ferdinando Baldi

ANNÉE : 1971 | PAYS : Italie | GENRE : Western

Vous aimerez peut-être...

Graine de prostituée (Chusei Sone)
Marie Poupée (Joel Séria)
Roi, dame, valet (Jerzy Skolimowski)

Enfin 2 commentaires. Et vous ? »

  1. [...] Blindman (Ferdinando Baldi) [...]

  2. [...] Johnny le batard (John Il Bastardo) de Armando Crispino (Italie, 1967) – Blindman, le justicier aveugle (Blindman) de Ferdinando Baldi (Italie, [...]

Laisser un commentaire